Genève au centre du jeu
Ces 5 faits vont dicter le sort de l'Iran cette semaine

Donald Trump n'a pas envoyé pour rien une impressionnante armada dans le Golfe persique. Sa volonté de frapper l'Iran semble réelle. Sauf si le régime capitule sur ses ambitions nucléaires à Genève, où des négociations devraient à nouveau avoir lieu ce jeudi 26 février.
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L'ayatollah Khamenei, Guide Suprême de la République islamique, est sans doute l'une des cibles prioritaires de l'armada de Trump.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Le nouveau round de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis, annoncé par le sultanat d'Oman, aura-t-il bien lieu ce jeudi 26 février à Genève? Les pressions sont telles, aux Etats-Unis et en Israël, en faveur de frappes aériennes contre la République islamique, que l'on doit poser la question. 

L'envoyé spécial de Donald Trump pour les conflits, son ami Steve Witkoff, s'est d'ailleurs étonné que l'Iran n'ait pas déjà capitulé. Qu'en déduire? Tout va dépendre de ces cinq faits.

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La capacité militaire américaine

Deux porte-avions et leur escorte composée de destroyers, de frégates, de navires de ravitaillement et, sans doute, d'au moins deux sous-marins nucléaires d'attaque. Deux cents bombardiers prêts à décoller pour pulvériser des cibles en Iran. Deux avions espions Awacs capables d'aspirer l'ensemble des données de télécommunications des zones survolées. Des batteries antimissiles Thaad et Patriot pour protéger les navires et les bases de l'US Army dans la région.

Le fait qu'un tiers de la flotte américaine soit déployé dans la région du Golfe donne une idée de la force de frappe que Donald Trump peut activer. Reste le calendrier: ce week-end, le second porte-avions, l'USS Gerald Ford, entrait en Méditerranée. Parallèlement, les unités déployées au Qatar et au Bahreïn ont été très largement évacuées. En clair: cette fin de semaine, cet arsenal sans précédent depuis l'invasion de l'Irak en 2003 sera prêt à être utilisé.

2

Le «deal» proposé par Téhéran

Un seul «deal» est acceptable pour Trump et pour son allié israélien: l'abdication par le régime de Téhéran de tout programme d'enrichissement de l'uranium et le démantèlement de ses stocks de missiles balistiques. Le tout, évidemment assorti d'inspections sur le terrain. 

Tout va donc dépendre de ce que va vraiment proposer le régime des ayatollahs lors de la rencontre agendée à Genève pour jeudi. L'actuel négociateur iranien est le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Le sultanat d'Oman, qui joue les intermédiaires, laisse entendre que les Iraniens exigent en contrepartie la levée de toutes les sanctions économiques. Reste le sort de la population iranienne, qui recommence à manifester malgré le bilan effroyable de la répression depuis la fin décembre, estimé à 40'000 morts.

3

La pression politique à Washington

Donald Trump a un rendez-vous très important ce mardi 24 février. Il prononcera, devant le Congrès, son second discours annuel sur «l'Etat de l'Union ». Or, les sujets d'inquiétude ne manquent pas pour la majorité républicaine au Sénat et à la Chambre des représentants, à sept mois des élections législatives de mi-mandat, le 3 novembre. 

Trump vient d'être giflé par la Cour suprême, qui a invalidé la plupart de ses tarifs douaniers. Son nom revient des milliers de fois dans les documents sur l'affaire Epstein mis en ligne par le département de la Justice. La paix en Ukraine n'est toujours pas au rendez-vous, pile quatre ans après l'assaut russe contre Kiev, le 24 février 2022. Et l'exacerbation des tensions provoquées par les agissements des policiers anti-immigration de l'ICE à Minneapolis a laissé des traces dans tout le pays. Alors va-t-il opter pour une guerre aérienne lointaine qui détournerait l'attention? Ou éviter le danger d'un engrenage?

4

La confusion des objectifs

Une chose est certaine: les Etats-Unis ne déploieront pas de troupes au sol. Les précédents de l'Irak et de l'Afghanistan sont bien trop douloureux, et Trump a juré de ne pas mener de guerre au sol. Alors? Une pluie de missiles Tomahawk et de bombes sur l'Iran peut, bien sûr, mettre à genoux le régime en détruisant ses infrastructures critiques. Pas sûr, en revanche, que la République islamique disparaisse. Pas sûr non plus que ces frappes n'accouchent d'un chaos en Iran et au Moyen-Orient. 

Trump a un problème avec les objectifs de sa guerre aérienne contre l'Iran, s'il la déclenche. S'agit-il d'en finir avec le programme nucléaire du pays, qu'il affirmait avoir achevé en juin lors de la guerre des «douze jours»? S'agit-il d'éliminer des dirigeants clefs de la République islamique pour ouvrir les portes, par exemple, au leader iranien en exil Reza Pahlavi? S'agit-il de décimer les «Gardiens de la révolution», bras armé du régime depuis 1979, et détenteurs des mannes économiques du pays?

5

La peur des alliés arabes

Tous ont peur. Et tous le disent à Trump et à sa famille, qu'ils ont l'habitude, depuis un an, de couvrir de cadeaux et de contrats: le Qatar, Bahreïn, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis… Tous les pays de la région redoutent qu'une guerre aérienne contre l'Iran enflamme le golfe Persique et fasse seulement le jeu du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu, avocat zélé des frappes. 

Ceci, au moment où l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, vient de défendre l'annexion par l'Etat hébreu de la Cisjordanie. Or, Trump est toujours sensible aux arguments de ceux qui le choient et enrichissent son clan.

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