Une dizaine de pays européens demandent à la Commission européenne de durcir les conditions d’entrée dans l’UE pour les ressortissants russes, selon des sources diplomatiques. Cette initiative intervient alors que Moscou intensifie ses frappes en Ukraine.
«Il est profondément troublant de voir un nombre croissant de touristes russes profiter de voyages de loisirs sur les plages et dans les stations balnéaires européennes», écrivent ces onze pays dans une lettre adressée à la Commission européenne, dont l'AFP a obtenu une copie.
Ces neuf Etats membres de l'Union européenne – la Suède, la République tchèque, le Danemark, l'Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Pologne –, ainsi que la Norvège et l'Islande, réclament en conséquence l'introduction de «nouvelles mesures restrictives et contraignantes» pour limiter le nombre de ces touristes russes en Europe.
Identifier les soldats actifs
Selon cette lettre, 477'878 visas ont été accordés à des citoyens russes l'an dernier, dont la plupart valables pour des entrées multiples dans l'espace Schengen. Cet accès facilité à l'espace Schengen accroît les risques potentiels pour la sécurité, «notamment ceux liés aux déplacements de centaines de milliers de combattants russes en Ukraine», s'inquiètent les signataires de cette lettre.
Ils appellent d'ailleurs aussi la Commission européenne à mieux identifier ces soldats d'active et anciens combattants russes pour les empêcher d'entrer dans l'UE. La Commission a déjà interdit, début novembre 2025, la délivrance de visas à multiples entrées pour les ressortissants russes, en réponse à de multiples attaques hybrides attribuées à la Russie.
Dès 2022, après l'invasion russe de l'Ukraine, l'UE avait suspendu son accord facilitant l'obtention de visas pour les citoyens russes. La Commission affirme que cela a fait chuter le nombre de visas délivrés aux Russes, qui est passé de plus de quatre millions avant février 2022 à environ 500'000 en 2023.
Les pays latins ont la cote
Les destinations touristiques comme la France, l'Espagne et l'Italie figurent parmi les pays délivrant le plus de visas aux citoyens russes. Non signataires de cette lettre, ces pays considèrent que des centaines de Russes sont déjà l'objet de sanctions leur interdisant d'entrer dans l'UE, et qu'il est inutile de pénaliser les citoyens ordinaires, surtout lorsqu'ils viennent dans des pays de liberté.
Pour Ioulia Navalnaïa, la veuve de l'opposant russe Alexeï Navalny, ces restrictions donnent au contraire des arguments au Kremlin lorsqu'il dénonce l'hostilité de l'Occident à l'encontre du peuple russe. «Dans le but de favoriser la paix en Europe, il est contre-productif d'aider les autorités russes à isoler la société russe», a-t-elle ainsi écrit dans une lettre adressée en septembre 2025 à la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, avant que l'UE n'interdise les visas à entrées multiples.