Quatre ans de guerre. Plus d'un million de pertes militaires. Près de 60'000 victimes, blessés ou tués, parmi les civils ukrainiens. Des attaques par drones et missiles qui atteignent des niveaux records. Un chaos total qui rend l'accès aux informations et aux bilans difficile. La guerre qui fait rage en Ukraine après l'invasion russe de 2022 est considérée comme «le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale», selon le dernier rapport de la mission de surveillance des droits de l'homme de l'ONU.
L'armée ukrainienne est soumise à une forte pression, tentant de repousser l'ennemi russe qui se veut toujours plus agressif. Soumis à une infériorité numérique et matérielle, les soldats ukrainiens sont épuisés et le moral des troupes est au plus bas. Si les rumeurs du taux de désertion élevé circulent depuis quelques mois sur le front, la tendance semble se confirmer dans de nouvelles révélations dévoilées par le ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, selon les informations de la CNN, publiées le mercredi 14 janvier.
Plus de 2 millions manquent à l'appel
Devant le Parlement ukrainien, le nouveau ministre fraichement nommé a révélé pour la première fois l'ampleur du problème. Kiev estime que 200'000 de ses soldats sont absents sans permission officielle (classés AWOL), c'est-à-dire qu'ils ont quitté leur poste sans autorisation. Un chiffre qui explose davantage du côté des Ukrainiens qui refusent d'effectuer leur service militaire. Selon les informations de Mykhailo Fedorov, environ 2 millions d'Ukrainiens sont «recherchés» pour ne pas s'être présentés.
Or, selon la loi ukrainienne, tous les hommes âgés de 18 à 60 doivent obligatoirement s'inscrire auprès de l'armée, et doivent être mobilisables à partir de 25 ans. Ils sont également contraints de porter constamment leurs documents sur eux. Par conséquent, la loi martiale en vigueur depuis le début du conflit interdit à tous les Ukrainiens en âge d'effectuer leur service militaire de quitter le pays. Mais des dizaines de milliers d'entre eux auraient déjà fui illégalement, s'exposant à des représailles.
Des conséquences sévères
Selon le Code pénal ukrainien, cette absence non autorisée (AWOL) peut être considérée comme un crime si elle dure plus de 3 à 10 jours en temps de guerre. Une fois le temps imparti écoulé, les soldats qui fuient peuvent être condamnés à des peines de prison de 5 à 10 ans.
Quant à la désertion, qui requiert l'intention d'éviter le service militaire obligatoire, elle constitue une infraction pénale distincte. Elle est sévèrement punie en temps de guerre ou sous loi martiale. Les Ukrainiens qui désertent s'exposent ainsi à 5 à 12 ans d'emprisonnement (pouvant aller jusqu'à 15 ans dans des conditions aggravantes).
Concrètement, l'Assemblée ukrainienne a adopté de nouvelles lois permettant à certains soldats qui ont déserté de réintégrer volontairement leur service sans peine, s'ils le font pour la première fois. Plusieurs cas concrets ont démontré que des soldats ayant abandonné leur unité peuvent être arrêtés, poursuivis et incarcérés, mais aussi se voir permettre de retourner au front.
Remplacer les soldats par la technologie
Pour palier à cette problématique, Mykhailo Fedorov mise sur les avancées technologiques pour combler la mobilisation humaine. Celui qui était vice-Premier ministre et ministre de la Transformation numérique en Ukraine a notamment supervisé le programme de drones de combat ukrainien et s'est appuyé sur cette perte militaire pour faire valoir les progrès technologiques qu'il qualifie de «cruciaux».
«Plus de robots signifient moins de pertes, plus de technologie signifie moins de morts. La vie des héros ukrainiens est de la plus haute valeur», a-t-il déclaré. Il a notamment indiqué que 500 entreprises ukrainiennes produisent actuellement des drones, 200 fabriquent du matériel de brouillage et plus de 20 compagnies privées se chargent des missiles. Le renforcement de la composante technologique des forces armées ukrainiennes sera l'une des priorités de Mykhailo Fedorov dans ses nouvelles fonctions, a déclaré le président Volodymyr Zelensky.