L'or et l'argent s'effondrent
Le choix de Trump pour diriger la Fed plonge les marchés dans le chaos

L'annonce de l'élection du nouveau président de la Fed provoque un véritable chaos sur les marchés. L'or et l'argent connaissent une chute libre rarement observée.
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Kevin Warsh devrait devenir le nouveau président de la Réserve fédérale américaine. Il est un proche de Donald Trump.
Photo: Getty Images

Cette nomination n'a pas surpris, mais elle a secoué les marchés financiers: vendredi dernier, Donald Trump a choisi l'économiste et banquier américain Kevin Warsh pour diriger la Réserve fédérale américaine (Fed). Les cours ont alors connu des fluctuations d’une intensité rarement observée depuis des décennies. 

«Je n’avais pas vu de fluctuations pareilles depuis les années 1980», confie un professionnel de la Bourse chevronné, qui suit les marchés sur ses écrans au quotidien. Par «fluctuations», il entend des variations brutales des cours, à la hausse comme à la baisse. Récemment, ces mouvements ont été particulièrement intenses sur les métaux précieux: l’or et l’argent ont notamment connu une forte progression, jusqu'à une flambée quasi verticale de leur cours. 

Une chute spectaculaire

Mais la décision de Trump a immédiatement provoqué un plongeon spectaculaire des marchés: l’or a perdu 12% et l’argent jusqu’à 36%. Cette chute reflète les craintes que le nouveau président de la Fed adopte une politique plus agressive contre l’inflation et renforce le dollar. Considéré comme un partisan d'une politique monétaire restrictive, Kevin Warsh s'inscrit dans la plus pure tradition républicaine – à l'inverse de Jerome Powell, sous la direction duquel le bilan de la Fed a considérablement augmenté.

A 7h40 ce lundi, le prix de l'once d'or s'affaissait encore de 9,4% à 4427,13 dollars et celui de l'once d'argent de 14,4% à 72,56 dollars. Le prix du métal jaune avait marqué la semaine précédente un plus haut historique à 5598,04 dollars l'once, quand son pendant blanc avait inscrit un record à plus de 121 dollars l'once. UBS, qui avait récemment relevé sa prévision pour le prix de l'or à 6200 dollars d'ici l'été, maintient cette estimation nonobstant une consolidation anticipée dans l'immédiat entre 4500 et 4800 dollars. 

Avec deux nouvelles baisses de taux attendues cette année, «la politique de la Fed ne devrait pas changer à court terme, ce qui a historiquement marqué la fin des marchés haussiers pour l'or». Les experts de la banque aux trois clés se montrent plus sceptiques concernant l'argent. «Sa volatilité quotidienne n'avait pas été observée depuis près d'un demi-siècle.» Selon eux, le facteur clé à surveiller sera l'Asie, en particulier la Chine, afin d'évaluer si les prix peuvent se stabiliser.

La confiance s'effrite

Vendredi dernier, la réaction des marchés des devises a été immédiate: le dollar a gagné 0,9%, sa plus forte hausse quotidienne depuis mai 2025. Face au franc suisse, il est passé de 0,76.- à 0,77.-. Ces variations restent modestes, mais elles ont suffi à freiner ce que les professionnels appellent le «debasement trade», le mouvement consistant à transférer des investissements en dollars vers l’or, l’argent ou d’autres monnaies refuges comme le franc.

Les marchés actions ont aussi connu de fortes secousses. Bien qu'il n’y ait pas eu de ventes massives, la volatilité a nettement augmenté: les titres de Microsoft et de l’allemand SAP ont reculé respectivement de 10% et 15%. Ces variations, accentuées par les évolutions dans le secteur de l’intelligence artificielle, ébranlent la confiance dans l’évaluation des géants technologiques.

«C'est comme danser sur un volcan», résume un expert boursier. Les observateurs pessimistes, comme lui, voient dans ces turbulences les signes avant-coureurs d'une correction plus importante. Ces derniers jours, il a donc vendu une grande partie de ses actions et privilégie désormais les liquidités. Les optimistes, quant à eux, entrevoient déjà de nouvelles opportunités d'investissement. Ils pensent que la hausse du marché boursier pourrait se prolonger.

La BNS ne peut pas se reposer

Une chose semble quasiment certaine en cette période volatile: le franc suisse restera probablement une valeur refuge. Si cela rassure les investisseurs financiers, la situation se complique pour l’industrie d’exportation suisse. Ses produits, déjà pénalisés par les droits de douane américains, deviendront encore plus chers et la pression sur la Banque nationale suisse (BNS) pour affaiblir le franc devrait s’accroître. Le président de la BNS, Martin Schlegel, ne peut ni se permettre de rester les bras croisés, ni compter sur son peut-être futur homologue américain.

Kevin Warsh ne peut pas faire de miracles: selon de nombreux stratèges en devises, le dollar est entré depuis plusieurs mois dans un marché baissier structurel, c'est-à-dire dans une tendance baissière prolongée. Cette situation s'explique par les énormes déséquilibres commerciaux des Etats-Unis, l'endettement croissant du pays, l'érosion progressive du statut spécial des USA ainsi que la baisse de confiance générale dans les institutions américaines. 

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le dollar a perdu plus de 10% de sa valeur face aux principales devises mondiales; face au franc suisse, la baisse atteint même environ 15%. «Le dollar se porte à merveille», avait déclaré le président américain en début de semaine dernière. C’est pourtant tout le contraire.

Les hypothèques américaines s'envolent

Les économistes estiment généralement que la Fed devrait abaisser ses taux d'intérêt à deux reprises cette année. Son nouveau président mettrait ainsi en œuvre précisément ce que Donald Trump avait exigé de son prédécesseur, Jerome Powell. Le marché anticipe déjà ces baisses: les rendements des bons du Trésor américain à court terme ont légèrement diminué vendredi, tandis que les taux d'intérêt à long terme ont augmenté. 

Mais pour les jeunes familles américaines qui souhaitent acheter une maison, c'est une mauvaise nouvelle. Les taux d'intérêt des prêts hypothécaires à 30 ans ont atteint 6,1%, et ceux des prêts à 15 ans, 5,49%. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les taux hypothécaires ont plus que doublé. Avec de tels taux en Suisse, le marché immobilier s'effondrerait complètement.

En choisissant Kevin Warsh, Trump mise sur un allié de confiance. Le futur président de la Réserve fédérale est marié à Jane Lauder, fille de Ronald Lauder, milliardaire héritier de l’empire Estée Lauder. Ami proche de Trump depuis leurs études à Wharton, Ronald Lauder a financé sa campagne à coups de millions de dollars et soutient ouvertement une possible annexion du Groenland par les Etats-Unis. 

Si le Sénat américain confirme la candidature de Kevin Warsh, il touchera un salaire annuel d'environ 190'000 dollars en tant que président de la Fed. Cela ne devrait pas changer grand-chose au mode de vie de la famille: selon le magazine économique «Forbes», Jane Lauder, son épouse, dispose d'une fortune d'environ 2,7 milliards de dollars.

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