Donald Trump voue une confiance sans faille à sa ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Avec son tempérament affirmé, l’ancienne gouverneure du Dakota du Sud incarne, aux yeux du président, la personne idéale pour rétablir l’ordre dans le pays.
Mais la relation entre Kristi Noem et le reste de la Maison Blanche semble s'être dégradée. L’équipe de Donald Trump la tient, elle et son conseiller Corey Lewandovsky, pour responsables des interventions brutales de l’ICE à Minneapolis et dans d’autres villes. Celle qui demeure la ministre préférée du président devient soudain un fardeau, voire un risque politique aux yeux du staff présidentiel.
Un tournant qui est directement lié à la mort de deux civils sous les balles de l'ICE à Minneapolis: Renée Good, une mère de trois enfants, âgée de 37 ans, abattue au volant de sa voiture, et Alex Pretti, du même âge, abattu de dix coups de feu alors qu’il était maintenu au sol par plusieurs agents.
Elle a abattu son propre chien
Alors que des vidéos montrent que les agents ont tiré sur des personnes sans défense, Kristi Noem a immédiatement rejeté la faute sur les victimes. Elle est même allée jusqu’à évoquer un «terrorisme intérieur» visant les troupes de l’ICE. Une posture qui lui a valu les félicitations de Donald Trump, lequel continue de la soutenir et lui attribue, même après les incidents de Minneapolis, un «excellent travail».
Donald Trump avait fait entrer Kristi Noem au gouvernement pour son soutien sans faille à sa politique migratoire ultrastricte et pour sa loyauté durant la campagne électorale. Il y a près d’un an, elle s’était mise en scène dans la prison de haute sécurité Cecot, au Salvador, où Trump avait fait déporter 250 ressortissants vénézuéliens. Son message aux migrants en situation irrégulière était sans ambiguïté: «Si vous ne partez pas, nous vous traquerons, vous arrêterons et vous pourriez finir dans cette prison salvadorienne.»
Kristi Noem a même un temps été citée comme possible candidate à la vice-présidence. Mais elle s’est elle-même écartée de la course après avoir suscité une vive polémique. Elle avait en effet raconté avoir abattu son chien Cricket, âgé de 14 mois, sous prétexte qu'il était «ingérable». Une confession qui avait provoqué une vague d’indignation à travers tout le pays.
Un «climat d'agressivité» qui lui est imputable
Aujourd'hui, la pression s’intensifie autour de Kristi Noem. Les démocrates appellent Donald Trump à se séparer de celle qu’ils surnomment «la Barbie de l'ICE», l’accusant d’être liée à une «série de décès» à Minneapolis. A défaut, ils menacent d’engager une procédure de destitution.
Mais les critiques viennent aussi du camp républicain, et ce même au plus haut niveau. Selon le site thedailybeast.com, la cheffe de cabinet de Trump, Susie Wiles, et son conseiller en politique intérieure, Stephen Miller, se seraient rangés du côté des adversaires de Kristi Noem et de Corey Lewandowski.
Ce dernier ne serait pas seulement le principal de conseiller de Kristi Noem, il serait également son compagnon. C’est lui aussi qui aurait recommandé Gregory Bovino – fraîchement démis de ses fonctions – à la tête de l'ICE.
Pour Kristi Noem, l’étau se resserre. Si elle ne porte pas la responsabilité opérationnelle des interventions, la responsabilité politique lui incombe. «Les tirs mortels ne lui sont pas directement imputables, mais le climat d’agressivité, oui», analyse Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l’Université de Bonn.
Trump sous pression
La colère suscitée par les opérations brutales et les critiques visant Kristi Noem ont poussé Donald Trump à intervenir personnellement à Minneapolis. Gregory Bovino a été écarté et une partie des agents de l’ICE ont été retirés du terrain.
Le président n’avait guère d’alternative. Ses propres partisans ont compris ce qui s’est réellement passé à Minneapolis. Même le puissant lobby des armes, la National Rifle Association, ainsi que d’autres organisations proches de Trump, réclament désormais «une enquête complète et transparente». Là où Christi Noem joue son poste, Trump tente surtout de limiter les dégâts.
Pour l’heure, Donald Trump a décidé de maintenir Kristi Noem en fonction. Un limogeage serait perçu comme un aveu de culpabilité. Le lancement d'une procédure de destitution par les démocrates paraît peu probable, mais des auditions et des enquêtes pourraient voir le jour et avoir, à terme, des conséquences politiques.
«Christi Noem pourrait estimer que la controverse nuit au travail de l’ICE et choisir de démissionner», explique Philipp Adorf. Une sortie par le haut pour la ministre. Et, pour Donald Trump, une manière élégante de résoudre un problème devenu explosif.