Revirement d'un de ses proches
Le premier rapport officiel sur Minneapolis plonge Trump dans l'embarras

Un rapport officiel américain sur la mort d’Alex Pretti à Minneapolis fragilise l’administration Trump. Il contredit la version initiale affirmant que la victime représentait une menace imminente.
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Un rapport officiel sur la mort d'Alex Pretti contredit la version initiale des agents, relayée par le gouvernement.
Photo: keystone-sda.ch
Janine Enderli / Keystone-ATS

Le premier rapport officiel complet des autorités de sécurité sur la mort par balle du citoyen américain Alex Pretti, tué par des agents fédéraux à Minneapolis, place le gouvernement de Donald Trump dans une position délicate.

Selon les médias américains, le rapport d’enquête préliminaire, transmis par courriel par les services des douanes et de la protection des frontières (CBP) aux membres du Congrès, ne mentionne pas qu’Alex Pretti aurait tenté de saisir une arme. Or, cet élément était central dans la première version avancée par les autorités, qui parlaient alors de légitime défense.

Peu après les faits de samedi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, avait affirmé que Pretti avait «brandi une arme à feu», mettant ainsi les policiers en danger. Une version aujourd’hui contredite par les vidéos de la scène et absente du rapport d’enquête, lequel s’appuie notamment sur les images des caméras corporelles portées par les agents. D’après certains médias comme le «New York Times», le document indique qu’un agent de la patrouille frontalière, puis un agent des douanes et de la protection des frontières (CBP), ont fait feu sur Pretti.

Protocole bafoué par les autorités?

Après avoir formulé de lourdes accusations à l’encontre d’Alex Pretti, laissant entendre qu’il représentait une menace mortelle parce qu’il portait une arme et qu'il «voulait faire le plus de dégâts possible et massacrer les forces de l'ordre», plusieurs responsables tentent désormais d’adopter un ton plus mesuré face à l’indignation publique. Le chef de cabinet adjoint de Donald Trump, Stephen Miller, avait dans un premier temps qualifié Alex Pretti de «terroriste intérieur» et l’avait implicitement rendu responsable de sa propre mort.

CNN rapporte que cette figure de la droite dure a ensuite transmis à la chaîne une déclaration au ton nettement différent. Une enquête serait en cours pour déterminer pourquoi les policiers n’auraient pas respecté les protocoles d’intervention avant la fusillade.

La mort de cet homme de 37 ans a provoqué une vague d’indignation à travers les Etats-Unis et mis l’administration Trump sur la défensive, d’autant que des images vidéo contredisent les premières déclarations officielles. Quelques semaines plus tôt, un agent de l’ICE avait déjà abattu la citoyenne américaine Renee Good dans sa voiture à Minneapolis. Avant cela, des milliers d’agents fédéraux avaient été déployés dans la ville et dans l’Etat du Minnesota.

Changements de version

Les policiers, partiellement masqués, participaient à des raids très critiqués, menés dans le cadre de la politique d’expulsion particulièrement dure voulue par Donald Trump. Les autorités municipales de Minneapolis, dirigées par les démocrates, tout comme l’Etat du Minnesota, s’opposent à ce déploiement massif de forces fédérales.

Après la fusillade, le département de la Sécurité intérieure a diffusé des photos d’une arme qu'Alex Pretti aurait portée et a décrit l’incident en affirmant qu’il s’était approché des policiers armé et qu’il représentait une menace imminente. Selon cette version, il aurait résisté lorsqu’ils ont tenté de le désarmer. Le département a ensuite expliqué qu’un policier, craignant pour sa vie, avait tiré en état de légitime défense. Or, les images vidéo montrent qu’Alex Pretti était déjà désarmé au moment des tirs.

Deux agents impliqués dans les tirs

Selon CBS News, le rapport d’enquête précise que lors de l’intervention dans la rue, les policiers ont d’abord été sifflés par deux civiles. Malgré l'ordre de l'agent de quitter la chaussée, les deux femmes auraient refusé d'obtempérer. Repoussées, celles-ci ont vu Alex Pretti intervenir. Il a alors été interpellé. Une altercation s’est ensuivie, durant laquelle un policier a crié à plusieurs reprises qu'Alex Pretti était armé. Des coups de feu ont ensuite été tirés par les deux agents.

Le rapport ne précise pas si toutes les balles ont atteint la victime. Après la fusillade, l’un des policiers aurait déclaré être en possession de l’arme d’Alex Pretti.

Contradictions et fausses déclarations

Au-delà de la mort de cet homme de 37 ans, la gestion de l’affaire suscite de vives critiques. L’Etat du Minnesota a dénoncé le refus des autorités fédérales de donner accès aux enquêteurs et estime que l’enquête aurait dû être menée par les autorités locales.

Sous la présidence de Donald Trump, le gouvernement américain est régulièrement accusé de diffuser des informations erronées ou de présenter les faits de manière sélective. Une pratique qui alimente la défiance et pousse de nombreux critiques à ne plus croire les versions officielles.

Donald Trump a pour sa part déclaré qu’Alex Pretti n’aurait, selon lui, pas dû porter d’arme. «Il avait un pistolet. Je n’aime pas ça.» Le président affirme également que la victime portait deux chargeurs pleins. En parallèle, il a qualifié l’incident de «regrettable», alors même que son parti défend traditionnellement le droit de porter des armes. D’après la police, Alex Pretti était légalement autorisé à en posséder une.

Concernant le déploiement des agents fédéraux, Donald Trump a aussi assuré que personne ne savait quand l’arme d'Alex Pretti avait été aperçue. Une déclaration qui a de quoi suprendre au vu des premières prises de position très affirmées de responsables gouvernementaux sur le déroulement des faits.

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