En bref
- Donald Trump, en campagne pour les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, met en avant un agenda économique ambitieux, notamment via un accord pétrolier historique avec le Venezuela signé le 31 août.
- Cette stratégie vise à exclure la Russie et la Chine du marché énergétique américain
- La dette publique américaine atteint un record de 40'000 milliards de dollars, soit 130% du PIB. Les sanctions économiques, notamment contre l'Iran, utilisent le dollar comme levier pour maintenir la domination commerciale américaine
Iran, Ukraine, Venezuela: derrière ces trois crises, dont deux guerres qui battent leur plein, Donald Trump a un agenda économique de plus en plus affirmé. C'est cet agenda que son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a présenté à ses collègues ministres des Finances du G20 lors de leur rencontre entamée ce lundi 31 août en Caroline du Nord. Pour l'actuelle administration américaine, en pleine campagne pour les élections de mi-mandat du 3 novembre, les records du marché boursier ne suffisent plus. Il faut engranger encore plus de gains. En obtenant 5 victoires.
Hold-up sur le pétrole vénézuélien
«Drill, baby, drill» (« Fore, bébé, fore »): la formule fétiche de Donald Trump n'a jamais été aussi vraie depuis l'accord annoncé ce week-end entre les Etats-Unis et le Venezuela, dirigé par la vice-présidente Delcy Rodríguez. Jugez plutôt: le pays d'Amérique du Sud, qui dispose des plus grandes réserves d'or noir au monde, a octroyé pour cent ans au consortium North American Blue Energy Partners (NABEP) des concessions sur 17 champs. Cela représente environ 65 milliards de barils de réserves prouvées. Or, qui sera l'actionnaire à 35% de ce futur géant pétrolier? Le Pentagone, c'est-à-dire l'armée américaine! Le hold-up a eu lieu. Cet accord est le résultat direct de l'enlèvement de l'ex-président Maduro, le 3 janvier dernier.
Reprise en main économique du continent
Donald Trump veut toujours conclure un «deal» avec Vladimir Poutine. Mais, pour l'heure, sa priorité est de chasser les Russes et les Chinois du continent américain, que les Etats-Unis veulent mettre sous tutelle énergétique et économique. Contrôler les ressources pétrolières vénézuéliennes revient à priver Pékin et Moscou d'actifs énergétiques, tout en reconstruisant autour des Etats-Unis des chaînes d'approvisionnement stratégiques. Washington utilise aussi les droits de douane pour contraindre l'Inde, grande cliente pétrolière du Kremlin, à réduire ses achats de pétrole russe. Le sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai, qui se tient cette semaine en présence de Vladimir Poutine, Xi Jinping et Narendra Modi au Kirghizistan, va-t-il accoucher d'une riposte?
Le dollar, arme fatale
Donald Trump a démarré son mandat par un soutien affirmé au bitcoin et autres devises numériques, y compris celles qu'il a lui-même lancées. Deux ans plus tard, l'objectif de son administration est d'éviter que la Chine contourne le billet vert, alors que la dette américaine atteint le chiffre record de 40'000 milliards de dollars (130% du produit intérieur brut). Toutes les nouvelles sanctions prises contre l'Iran pour étouffer la République islamique s'appuient sur le dollar comme arme commerciale. Utiliser la monnaie américaine pour commercer avec Téhéran est un crime pour le département du Trésor. Les entreprises chinoises, indiennes ou africaines qui commercent avec l'Iran risquent de perdre tout accès à des financements en dollars.
Les tarifs comme bulldozer
Le président des Etats-Unis, qui vient de tenir un grand meeting de son mouvement MAGA (Make America Great Again) dans l'Etat industriel du Michigan, sait que les Américains renâclent face à l'inflation. Le gallon d'essence coûte environ 3,5 dollars, ce qui est très élevé. Les produits de première nécessité ont nettement augmenté à cause du renchérissement des importations. Mais Trump persiste et signe. Il veut mettre ses partenaires commerciaux à genoux, comme on le voit avec le Canada. Il affirme aussi que le meilleur moyen de lutter contre l'inflation est de supprimer règles et impôts pour les grandes entreprises américaines. Objectif: engranger le plus d'argent possible du patronat pour la campagne du Parti républicain.
Les guerres de l'IA
Donald Trump vient de traiter «d'attardés» les Etats américains qui renâclent à la construction de centres géants de données sur leur territoire. Qu'importent les dégâts écologiques! Pas question de céder au mouvement anti-IA, très présent dans la jeunesse diplômée aux Etats-Unis, qui redoute pour ses futurs emplois. Trump fait la politique que demandent les géants de la tech. Son argument: c'est l'intelligence artificielle qui permettra de reconstruire autour des Etats-Unis un système dans lequel énergie, industrie, défense, intelligence artificielle et capitaux se renforcent mutuellement. L'augmentation des dépenses de défense engendrée par la guerre en Iran va dans ce sens. Le complexe militaro-industriel doit tourner à plein, avec création d'emplois à la clé, pour compenser les frustrations des consommateurs américains.