Un levier superpuissant
En tenant tête à Trump, le Canada donne une leçon à l'Europe

Mark Carney semble se fier à une devise claire: «œil pour œil, dent pour dent». Le Premier ministre canadien tient tête à Donald Trump. Ottawa poursuit une stratégie qui va faire mal aux Etats-Unis et donner une leçon à l'Europe.
L'industrie automobile américaine est touchée par les droits de douane punitifs imposés par le Canada.
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En bref

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  • Depuis le 22 août 2026, les Etats-Unis imposent des droits de douane de 50% sur les produits canadiens. En réponse, le Premier ministre canadien Mark Carney a instauré des taxes de rétorsion équivalentes sur des produits américains à partir du 8 septembre.
  • Ces mesures concernent des secteurs clés tels que l'acier, l'automobile et les produits manufacturés. Elles pourraient rapporter 20 milliards de dollars à chaque pays tout en exacerbant les tensions commerciales bilatérales.
  • En 2025, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 880 milliards de dollars. Environ 70% des exportations canadiennes sont destinées aux Etats-Unis, mettant en lumière leur interdépendance économique.
Guido Felder

Donald Trump ne s’y attendait sans doute pas. Comble de l'ironie, c'est le Canada, son plus proche voisin pourtant bien moins puissant que les Etats-Unis sur les plans militaire et économique, qui ose lui tenir tête. Face aux droits de douane punitifs de 50% imposés par Trump, le Premier ministre canadien Mark Carney a réagi fermement en instaurant des taxes de rétorsion d'un montant équivalent.

Malgré le déséquilibre évident de pouvoir, le petit Poucet canadien dispose d'un levier considérable face au géant américain. Ottawa est parvenu à toucher le talon d'Achille de Washington. Une leçon de rébellion contre Trump dont l'Europe devrait s'inspirer.

Jusqu’à présent, la coopération entre le Canada et les Etats-Unis fonctionnait à merveille. L’année dernière, les échanges de biens et de services ont atteint 880 milliards de dollars. De nombreux Canadiens travaillent aux Etats-Unis, tandis que de nombreux Américains gagnent leur vie au Canada.

Un véritable coup de massue

Depuis samedi, Washington impose des droits de douane punitifs de 50% sur les produits canadiens tels que l'alcool, les produits laitiers, les meubles, le contreplaqué et les cannes de hockey. Le motif: Trump estime que le Canada exploite les Etats-Unis. 

A partir de 2027, le président américain prévoit également d’augmenter à 50% les droits de douane sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier. Ces droits de douane sur les importations canadiennes devraient rapporter environ 20 milliards de dollars.

Le coup de massue douanier de Trump frappe durement le Canada. Environ 70% de toutes les exportations canadiennes sont destinées aux Etats-Unis.

Trump est hors de lui

Au lieu de se plaindre et de céder, le Premier ministre Mark Carney n’a pas tergiversé longtemps. Après l’échec des négociations, il a lancé la contre-attaque le 8 septembre, annonçant des droits de douane de rétorsion pouvant atteindre 50%.

Ces droits de douane s’appliqueront à des produits américains tels que l’acier, l’aluminium, les appareils électroménagers, le matériel agricole, la pâte à papier, le papier et les produits électroniques. A l’inverse, les droits de douane sur les importations en provenance des Etats-Unis devraient également rapporter au Canada l’équivalent de 20 milliards de dollars américains.

Donald Trump est furieux. Face à la riposte canadienne, il a brandi la menace de représailles «bien pires» que les droits de douane imposés. Mais Mark Carney peut faire face à ces nouvelles menaces avec une relative sérénité. En effet, il a plus d’un tour dans son sac, de quoi servir d'exemple aux autres pays sanctionnés.

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Un effet de levier sous-estimé

Certes, les Etats-Unis sont largement supérieurs au Canada en termes de population, de performance économique et même de puissance militaire. Mais le Canada peut porter un coup fatal au géant. En tant qu’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney connaît les points faibles de l’économie américaine.

Une stratégie vise les Etats abritant des industries clés. Une autre stratégie touche les entreprises américaines situées près de la frontière, pour lesquelles le Canada est le principal débouché. Dans ces régions, la pression exercée par les lobbies locaux sur la Maison Blanche va considérablement s’intensifier.

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Les répercussions

Le Canada souhaite se tourner vers de nouveaux partenaires fiables. Les tensions constantes avec Trump vont si loin que le président finlandais Alexander Stubb avait proposé en juin d’accueillir le Canada au sein de l’UE. Alexander Stubb avait déclaré: «Ne serait-ce pas merveilleux que le Canada soit le 28e Etat membre de l'UE plutôt que le 51e Etat des Etats-Unis?»

On n’en arrivera sans doute pas là, car selon le traité de l’UE, seuls les Etats européens peuvent demander à adhérer à l’Union. En revanche, l’accord de libre-échange CETA entre l’UE et le Canada prend une nouvelle importance stratégique. Ce simple accord commercial se transforme en bouclier contre l’arbitraire américain.

Mark Carney ira même plus loin. Il a laissé entrevoir ses intentions en janvier lors du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Il souhaite intensifier la coopération entre le Partenariat transpacifique (CPTPP) – qui regroupe notamment le Canada, l’Australie, le Japon, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande – et l’UE. Si la Chine, candidate au CPTPP, venait à rejoindre ce bloc, cela donnerait naissance à un bloc commercial de 1,5 milliard de personnes représentant 48,5% du PIB mondial.

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Un message à l’Europe

L’intervention de Mark Carney au WEF doit donner matière à réflexion en Europe. Sa thèse centrale: quiconque tente d'éviter le protectionnisme par des concessions s'expose au chantage. Un principe directeur qui a guidé sa réaction face aux droits de douane punitifs de Trump.

En tant que superpuissance, les Etats-Unis peuvent faire pression sur tous les autres Etats. Mais si les pays concernés s'unissent et imposent conjointement des droits de douane de rétorsion sur les produits américains, le rapport coûts-bénéfices s'en trouve radicalement modifié pour Washington. L’UE avait certes adopté des droits de douane punitifs réciproques, mais elle avait jusqu’à présent suspendu ces mesures de rétorsion.

Pour l’Europe, l’attitude de Mark Carney doit servir d'électrochoc. Bien que l’UE soit économiquement bien plus puissante que le Canada, elle s’en tient à une attitude hésitante et attentiste. Si l’Europe et les autres pays victimes de ces droits de douane punitifs ne ripostent pas ensemble, ils resteront à la merci de l’arbitraire de Trump.

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