Quasi inconnu du grand public avant son accession au pouvoir au Canada, l'ancien banquier central Mark Carney s'est imposé comme l'homme qui a dit non à Donald Trump, tentant de naviguer dans les remous de cette guerre commerciale. «Nous sommes maîtres chez nous», a martelé samedi le Premier ministre, quelques heures seulement après avoir rompu les négociations commerciales avec les Etats-Unis et ordonné à ses troupes de regagner Ottawa.
En dépit des risques que fait peser cette décision sur l'économie canadienne, très dépendante des Etats-Unis, Mark Carney peut se targuer d'un large soutien de l'opinion publique, 76% des Canadiens saluant sa posture à l'égard des Etats-Unis, selon un sondage publié ce week-end. «Mark Carney a les moyens de ses ambitions car le pays est derrière lui», estime Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa.
Ancien banquier central peu connu pour son charisme – à l'opposé de son flamboyant prédécesseur Justin Trudeau, issu du même Parti Libéral –, il n'était pourtant pas destiné à gouverner ce vaste pays et à raviver la flamme patriotique de Canadiens las des attaques américaines. Ce sont les tensions commerciales avec les Etats-Unis qui le feront accéder au pouvoir, les Canadiens voyant en lui un gage de sérieux économique.
Remplaçant Justin Trudeau à la tête de sa formation et du gouvernement en mars 2025, il remporte à la surprise générale les élections un mois plus tard. Il «s'est transformé en politicien de façon assez rapide, ça a été la surprise», affirme Geneviève Tellier.
Le tournant de Davos
Le Forum économique mondial en janvier dernier marque un tournant pour le Canadien sur la scène internationale. «Si nous ne sommes pas à la table (des discussions), nous sommes au menu», avait-il alors déclaré dans un appel aux puissances moyennes à s'allier car l'«ancien ordre mondial» ne «reviendra pas».
Selon le professeur de science politique à l'Université d'Alberta, Frédéric Boily, ce discours a été pensé «pour replacer le Canada sur la scène internationale». Il s'y positionne, à la veille du discours de Donald Trump dans la station suisse huppée, «comme un leader international qui a une vision différente, crédible», abonde Geneviève Tellier.
Révélé durant la crise de 2008
Après avoir étudié à Harvard et Oxford, Mark Carney a fait fortune en tant que banquier d'affaires chez Goldman Sachs, à New York, Londres, Tokyo et Toronto. En 2008, en pleine crise financière mondiale, il est nommé gouverneur de la Banque du Canada par le Premier ministre conservateur, Stephen Harper.
Et cinq ans plus tard, il est choisi par le Premier ministre britannique David Cameron pour diriger la Banque d'Angleterre, devenant le premier étranger à la tête de l'institution. Un poste où il sera confronté aux turbulences économiques provoquées par le vote du Brexit.
Rapprochement avec l'UE
Face à ce qu'il décrit comme une «Amérique qui a changé», le dirigeant canadien avance avec détermination: recherche de nouveaux partenaires commerciaux, lancement de grands projets, augmentation substantielle des dépenses militaires...
Mark Carney s'est notamment particulièrement rapproché de l'Union européenne, avec qui il va prochainement discuter d'un renforcement de leur partenariat. Invité au mois de mai à la grand-messe de la famille européenne élargie en Arménie, il avait martelé que l'UE et le Canada n'étaient pas «condamnés» à subir un ordre international «brutal».
La suite sera plus compliquée?
Ce natif de Fort Smith, dans le Grand Nord canadien, a été élevé à Edmonton en Alberta, province riche en hydrocarbures qu'il veut relier avec un nouvel oléoduc au Pacifique afin d'exporter le pétrole canadien vers l'Asie et réduire ainsi la dépendance au marché américain.
Mais selon Frédéric Boily, après avoir «tapé du poing sur la table» face à Donald Trump, Mark Carney «va maintenant entrer dans une phase un peu plus difficile» où il lui faudra gérer l'impact sur l'économie du pays. Et sur sa popularité.