Les entreprises américaines de défense ont signalé mardi un nouveau bond des commandes d'équipements militaires au premier trimestre, avec la guerre au Moyen-Orient qui envenime depuis fin février la géopolitique mondiale. Le secteur avait déjà connu en 2025 une forte croissance, sous l'effet des guerres en Ukraine et à Gaza, d'incursions russes dans des espaces aériens européens, de manoeuvres militaires chinoises près de Taïwan ou encore de tensions en mer Rouge.
Ce regain de tensions pousse les pays du monde entier à accroître leurs réserves d'armements et d'équipements militaires. Et, pour ceux qui sont actuellement engagés dans des conflits ouverts, à reconstituer leurs stocks en temps réel et à assurer maintenance et réparation des matériels déployés.
En présentant leurs résultats du premier trimestre 2026, les groupes américains RTX, Northrop Grumman et GE Aerospace ont tous signalé un nouveau bond des commandes. Après avoir exprimé l'espoir d'une «résolution durable» au Moyen-Orient, le PDG de RTX Chris Calio a indiqué lors d'une audioconférence avec des analystes que l'entreprise travaillait avec le ministère américain de la Défense «pour accélérer la production de munitions».
Besoin accru d'armement
Ces derniers mois, le ministère a multiplié les accords et contrats avec des firmes majoritairement américaines pour booster la production d'armements, en particulier de missiles (Tomahawk, Patriot, GEM-T, AMRAAM, etc). Rien qu'avec Raytheon, une filiale de RTX, cinq «accords cadre majeurs» et «vitaux pour la sécurité nationale» ont été signés récemment, a rappelé M. Calio, dont le groupe a déjà investi près de 900 millions de dollars pour augmenter ses capacités de production.
Selon lui, «la situation actuelle illustre clairement le besoin en munitions, en technologies de défense intégrées aériennes et de missiles, et davantage de capacités avancées pour contrer l'évolution des menaces». «Nous constatons une demande vraiment très forte, à la fois nationale et internationale», a-t-il relevé.
Face à cette situation, le groupe a revu à la hausse plusieurs prévisions annuelles. Constats similaires du côté de GE Aerospace, qui a signalé des commandes record sur la dernière décennie pour ses produits de défense, évoquant un «départ solide» de l'année 2026.
Prudence
Pour autant, mettant en avant les incertitudes macroéconomiques, le groupe a conservé ses précédentes prévisions annuelles. «Nous partons actuellement du principe que le conflit (au Moyen-Orient) et ses effets vont se prolonger jusqu'à l'été», a commenté Larry Culp, patron du groupe, lors d'une audioconférence avec des analystes.
En défense, «nous continuons d'exécuter avec rapidité les besoins militaires hautement prioritaires pour soutenir les Etats-Unis et leurs alliés», a-t-il assuré. Mais le groupe, qui fabrique notamment des moteurs pour avions de ligne de Boeing et Airbus, pâtit aussi de l'impact sur l'aviation commerciale au Moyen-Orient où les vols sont réduits. Cela affecte en particulier les activités de maintenance.
Du côté de Northrop Grumman, la priorité est aussi de livrer le plus rapidement possible équipements et munitions, commandés toujours en plus grandes quantités. A l'instar de ses concurrents, le groupe a accru ses capacités de production: une vingtaine de nouvelles usines aux Etats-Unis depuis deux ans, d'après sa PDG Kathy Warden. «Le conflit en Iran a clairement créé un sentiment accru d'urgence», a-t-elle souligné.
Dans ce contexte, tous ces contrats vont offrir une «visibilité de long terme» au secteur, a souligné M. Calio. D'autant que les dépenses gouvernementales de défense continuent de gonfler à travers la planète. «Le président (Donald) Trump a proposé un budget 2027 pour la défense nationale de 1.500 milliards de dollars», a fait savoir Jules Hurst, sous-secrétaire à la Défense, lors d'un briefing mardi matin au Pentagone.
«Cette hausse de 42% va dynamiser notre base industrielle de défense en augmentant la production de systèmes d'armement majeurs, tout en renforçant la chaîne d'approvisionnement et en soutenant des dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises», a-t-il ajouté. Selon lui, «plus de 750 millions de dollars, soit quasiment la totalité du budget de défense 2022», seront dévolus au développement des capacités et à l'achat de systèmes d'armement. Le constructeur Boeing, qui a une branche défense, doit publier ses résultats mercredi matin et Lockheed Martin jeudi.