Risques de dérives policières?
Des gants électriques pour la police de Trump font polémique

L'ICE, déjà critiquée pour des violences, pourrait être équipée de gants électriques. Ce projet, à 20 millions de dollars, alarme élus et ONG face au risque d'abus sur les migrants.
Des agents fédéraux patrouillent dans une rue de Minneapolis le 5 février 2026.
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Le projet d'équiper les policiers américains de l'immigration de gants à impulsion électrique a provoqué ces derniers jours une vague d'inquiétudes sur les potentiels abus d'un tel outil aux mains d'une force de police critiquée pour son zèle et son manque d'expérience.

«Comme si agresser les gens ou leur tirer dessus dans la rue ne suffisait pas», s'est indigné le député démocrate Maxwell Frost: «Ils dépensent désormais 20 millions de dollars de la poche du contribuable pour équiper de gants à impulsion électrique douloureuse leurs hommes de main, masqués, sans foi ni loi.»

L'ICE, cette force de police fédérale chargée par le gouvernement de Donald Trump de mettre en place sa politique d'expulsion massive de sans-papiers, est devenue le symbole des dérives de cette politique vue comme particulièrement brutale.

La mort de deux manifestants américains en janvier à Minneapolis sous les balles d'agents de l'ICE a provoqué une indignation nationale, dopée par des images de raids visant les populations hispaniques et des agents visiblement mal formés. L'information, d'abord rapportée par l'agence AP, d'un contrat entre le ministère qui chapeaute l'ICE et l'entreprise qui fabrique ces gants à impulsion électrique a encore attisé les inquiétudes sur de potentiels abus.

Déjà répandus

Le contrat avec le ministère de la Sécurité intérieure prévoit de dépenser entre 10 et 20 millions de dollars auprès de Compliant Technologies, le fabricant de ces gants. Le compte Instagram de cette entreprise du Kentucky fait la promotion de leur fonctionnement: lors d'une altercation physique, un agent applique son gant sur le bras d'une personne, qui tombe immédiatement au sol, comme sonnée. De nombreuses forces de police et agents pénitentiaires utilisent déjà cet outil à travers le pays.

Le choc électrique transmis est moins fort qu'un Taser, un pistolet à impulsion électrique. L'ICE «évalue en permanence les besoins de (ses) agents sur le terrain afin de s'assurer qu'ils disposent des outils et de l'équipement nécessaires pour procéder en toute sécurité à l'arrestation et à l'expulsion des étrangers délinquants en situation irrégulière», a déclaré le ministère.

«Outil dangereux»

Si le travail des agents de l'immigration est «très difficile», «déployer cette technologie non-létale au moment où vous n'êtes pas vraiment intéressé à former les agents pour utiliser cette technologie, c'est vraiment inquiétant», a déclaré John Sandweg, un ancien directeur par intérim de l'ICE sous Barack Obama. «Il n'en faut pas beaucoup pour imaginer cet outil être utilisé contre une mère qui résiste un petit peu parce qu'elle est séparée de son enfant», s'est-il inquiété sur la chaîne MS NOW, prévenant de possibles dérives «trop faciles» contre «une population qui ne pose aucun danger».

Cet outil «ne va protéger personne et juste donner à l'ICE un nouvel outil dangereux pour s'en prendre à la fois aux citoyens américains et aux immigrants», a dénoncé de son côté la députée démocrate Pramila Jayapal. L'ACLU, la grande association américaine de défense des libertés publiques, marquée à gauche, a dit en juillet avoir déposé plus de 50 plaintes portant sur des potentiels abus des policiers de l'immigration à travers le pays.

Ces critiques ne freinent pas les opérations de cette force de police, qui a vu son budget grimper rapidement, bien au contraire. En juillet, l'ICE a arrêté plus de 51'000 personnes à travers le pays pour des infractions aux lois sur l'immigration, selon des chiffres du ministère cités par des médias américains, le plus haut chiffre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025.



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