Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait été averti du «risque» posé par les liens de Peter Mandelson avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein avant de le nommer ambassadeur aux Etats-Unis, selon des documents publiés mercredi par le gouvernement. Peter Mandelson, ex-ministre et figure du parti travailliste britannique, avait été rappelé de Washington par Keir Starmer en septembre 2025, après la publication dans la presse de nouvelles informations témoignant de sa proximité avec Jeffrey Epstein.
Cette affaire a fragilisé le chef du gouvernement britannique, cible de critiques depuis plusieurs mois en raison de sa décision de nommer cet ami du financier américain, décédé en prison en 2019, à l'un des postes les plus prestigieux de la diplomatie britannique. Sous la pression des députés, le gouvernement s'était engagé en février à publier les documents relatifs à la nomination et à la révocation de Mandelson.
Le gouvernement britannique était au courant
La pièce principale est une courte note de «vérification préalable» du 11 décembre 2024, rédigée par le Cabinet office et transmise au gouvernement, avant l'annonce publique de sa nomination le 20 décembre. Celle-ci avertit de l'existence d'un «risque réputationnel», s'appuyant sur plusieurs éléments qui résument les liens entre Peter Mandelson et le criminel sexuel américain. Parmi eux, un rapport commandé en 2019 établit que Jeffrey Epstein aurait entretenu «des relations particulièrement étroites» avec Peter Mandelson. Ce dernier «aurait séjourné dans la maison d'Epstein alors qu'il était en prison en juin 2009», est-il aussi indiqué.
De quoi confirmer que le gouvernement britannique était au courant que l'ex-ambassadeur est bien resté en contact avec le financier après sa condamnation pour crimes sexuels en 2008. Figure aussi dans le dossier un compte-rendu d'un appel du 12 septembre 2025, au lendemain du limogeage de Peter Mandelson, dans lequel le conseiller à la sécurité nationale du Royaume-Uni, Jonathan Powell, indique avoir trouvé le processus de nomination «inhabituel» et «étrangement précipité».
Enquête en cours
Ces documents «ne révélaient pas la profondeur et l'étendue» des liens entre les deux hommes, a défendu mercredi devant les députés le secrétaire d'Etat britannique aux relations intergouvernementales, Darren Jones. «Jeffrey Epstein était un individu répugnant, et la décision de Peter Mandelson de faire passer leur relation avant ses victimes (...) est répréhensible», a-t-il ajouté. Le gouvernement a annoncé dans la foulée «un renforcement» du processus pour les nominations officielles.
Keir Starmer avait nommé l'influent ex-ministre à Washington pour tenter de consolider les liens entre son gouvernement et la nouvelle administration Trump. Après son renvoi, le Premier ministre a affirmé que Peter Mandelson avait «menti de manière répétée» à Downing Street sur l'étendue de ses liens avec le criminel sexuel. Keir Starmer a présenté ses excuses début février, notamment aux victimes de Jeffrey Epstein, et exprimé ses regrets d'avoir nommé Peter Mandelson. Son chef de cabinet comme son directeur de la communication ont démissionné.
Peter Mandelson n'a fait aucune déclaration publique
Les documents publiés mercredi révèlent que le Trésor a accepté de verser 75'000 livres (78'445 francs) d'indemnité à l'ex-ambassadeur pour mettre fin à son contrat. Ce dernier avait réclamé une compensation de plus de 500'000 livres (522'000 euros). Tout le dossier n'a pas été rendu public: une partie des documents, potentiellement sensibles pour la sécurité nationale, ont été préalablement filtrés par une commission parlementaire.
Le gouvernement a également convenu avec la police d'un cadre permettant la divulgation de documents sans nuire à l'enquête en cours sur Peter Mandelson. De nouveaux documents tirés des dossiers Epstein, publiés fin janvier par le ministère américain de la Justice, suggèrent que Peter Mandelson aurait transmis au financier des informations susceptibles d'influer sur les marchés, notamment lorsqu'il était ministre dans le gouvernement de Gordon Brown, de 2008 à 2010.
La police a ouvert une enquête et perquisitionné deux résidences de l'ex-ambassadeur. Il a été arrêté et interrogé à ce sujet, avant d'être libéré sous caution. Peter Mandelson n'a fait aucune déclaration publique depuis le début de l'enquête.