Une liste (très) longue
Le dossier Epstein a fait tomber de nombreuses figures de pouvoir

Les dossiers Epstein ont provoqué une cascade de démissions dans l'élite mondiale. Voici les politiques, patrons et universitaires qui sont éclaboussés.
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Le délinquant sexuel condamné entretenait un réseau d'élite mondial.
Photo: Capital Pictures
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Marian Nadler

Les relations de Børge Brende avec Jeffrey Epstein, délinquant sexuel condamné, lui a été fatal jeudi. Le patron du WEF a quitté ses fonctions. Depuis début février, les relations du Norvégien avec l’Américain étaient passées au crible. Désormais, l’affaire est close.

Mais il n’est pas un cas isolé. Plus d’une douzaine de responsables politiques, dirigeants économiques et personnalités publiques ont dû abandonner des postes prestigieux et bien rémunérés en raison de leurs liens avec Jeffrey Epstein.

Richard Axel, lauréat du prix Nobel

Mercredi, le biologiste moléculaire Richard Axel a annoncé son départ du poste de co-directeur du réputé institut de neurosciences Zuckerman Mind Brain Behavior. Le prix Nobel enseigne depuis 53 ans à l’Université Columbia de New York, dont l’institut dépend.

Le nom de Richard Axel apparaît plus de 900 fois dans les dossiers, selon le «Columbia Spectator». Parmi les éléments révélés figure un billet aller simple pour l’île de Saint-Thomas. De là, la fameuse île privée d’Epstein n’était qu’à une courte distance. D’après le journal étudiant, le billet aurait toutefois été annulé. Richard Axel a qualifié son lien avec Epstein de «grave erreur» dans une déclaration.

Peter Attia, médecin des célébrités

La chaîne américaine CBS avait récemment engagé le médecin des stars Peter Attia. Peu après, une série d’e-mails adressés à Jeffrey Epstein a été rendue publique. Peter Attia y formulait notamment une plaisanterie de mauvais goût à l’attention du banquier d’investissement. «Pussy est en effet pauvre en glucides», écrivait le spécialiste de la longévité. L’influenceur anti-âge a présenté à plusieurs reprises ses excuses pour ces messages et a assuré ne pas avoir été impliqué dans les agissements criminels d’Epstein.

L'ambassadrice Mona Juul

Epstein voulait lui léguer des millions: aujourd'hui, Mona Juul n'est plus l'ambassadrice de la Norvège en Irak et en Jordanie.
Photo: keystone-sda.ch

Mona Juul a quitté son poste d’ambassadrice de Norvège en Jordanie et en Irak. Elle et son mari, l’ancien diplomate de haut rang Terje Rød-Larsen, auraient chacun reçu l’équivalent de 3,8 millions de francs dans le testament d’Epstein.

L'avocat Brad Karp

Brad Karp dirigeait depuis près de vingt ans le cabinet d’avocats américain Paul Weiss. Son nom apparaît dans un grand nombre de documents. Brad Karp a conseillé Leon Black, l’un des principaux bailleurs de fonds d’Epstein. Selon un rapport du «Financial Times», il aurait qualifié Epstein d’«incroyable» après un dîner auquel participait aussi le réalisateur Woody Allen. Il aurait en outre demandé à Epstein de décrocher un rôle pour son fils dans un film de Woody Allen.

L'ancien ministre Jack Lang

L’ancien ministre français de la Culture et de l’Education Jack Lang ne dirige plus le prestigieux Institut du monde arabe. Son nom apparaît plus de 800 fois dans les dossiers Epstein. L’ex-ministre entretenait apparemment une relation très étroite avec le multimillionnaire américain, également d’ordre financier.

Le parquet financier français a d'ailleurs ouvert une enquête. Jack Lang et sa fille Caroline sont soupçonnés de blanchiment d’argent et de fraude fiscale grave.

L'ancien ministre français de l'Education Jack Lang n'est plus à la tête du prestigieux «Institut du monde arabe».
Photo: AFP

Miroslav Lajcak, conseiller de Fico

Jeffrey Epstein lui aurait proposé des jeunes femmes: Miroslav Lajcak, conseiller du Premier ministre slovaque Robert Fico, a quitté ses fonctions. En échange de l’offre d’Epstein, Miroslav Lajcak aurait mis ses contacts à disposition. 

L'ambassadeur Peter Mandelson

Début février, l’ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, Peter Mandelson, a quitté la Chambre des Lords. Lundi, il a été conduit par la police devant son domicile londonien avant d’être libéré sous caution. Il fait l’objet d’une enquête pour abus de pouvoir présumé. Il aurait transmis à Epstein des informations sensibles pour les marchés lorsqu’il était ministre des Finances à la fin des années 2000.

Le chef d'état-major Morgan McSweeney

Le chef de cabinet Morgan McSweeney s’est lui aussi retrouvé éclaboussé par l’affaire. Il avait conseillé à Keir Starmer de nommer Peter Mandelson ambassadeur aux Etats-Unis. Morgan McSweeney n’avait toutefois pas de contacts directs avec Jeffrey Epstein.

Morgan McSweeney a pris les dispositions nécessaires pour que Mandelson soit nommé ambassadeur aux Etats-Unis.
Photo: Getty Images

Thomas Pritzker, président d'hôtel

Thomas Pritzker a quitté à la mi-février la présidence du conseil d’administration du groupe hôtelier Hyatt. Selon «Vanity Fair», il aurait participé à plusieurs dîners organisés par Epstein.

Joanna Rubinstein, fonctionnaire de l'ONU

La fonctionnaire suédoise de l’ONU Joanna Rubinstein figure également parmi les démissionnaires. Une visite sur l’île d’Epstein lui a été fatale.

La juriste en chef de Goldman Sachs

Le 30 juin, la juriste en chef Kathryn Ruemmler quittera Goldman Sachs. Avant de rejoindre la banque, elle avait notamment travaillé à la Maison Blanche sous Barack Obama. Kathryn Ruemmler a reçu des cadeaux coûteux de la part d’Epstein et l’a conseillé sur des questions médiatiques. Une porte-parole a affirmé qu’elle n’avait entretenu avec lui qu’une relation professionnelle.

Epstein lui a envoyé des cadeaux coûteux: à partir de cet été, Kathryn Ruemmler ne travaillera plus chez Goldman Sachs.
Photo: keystone-sda.ch

Le professeur d'art David A. Ross

Le curateur David A. Ross n’enseigne plus à la School of Visual Arts de New York. Les dossiers ont mis au jour son amitié avec le financier. «Je suis toujours fier de pouvoir t’appeler un ami», écrivait-il à Epstein en 2009.

Dans un échange évoquant, selon l’agence AP, l’actrice Brooke Shields, David A. Ross aurait affirmé qu’elle avait posé nue dès l’âge de 10 ans. «Bon sang, tu n’avais pas besoin de ça et tu ne le méritais pas», aurait-il également écrit à Epstein après un interrogatoire.

Le dirigeant émirati Sultan Ahmed bin Sulayem

Pendant plus d’une décennie, Sultan Ahmed bin Sulayem et Jeffrey Epstein ont échangé des centaines d’e-mails. Sous pression croissante, le dirigeant émirati a quitté mi-février le groupe DP World, dont il était président du conseil d’administration et CEO. Selon la BBC, il aurait veillé à ce que la «masseuse privée» russe d’Epstein soit formée à «toutes les méthodes de traitement» dans un hôtel turc.

Larry Summers, président de Harvard

Summers avait également visité l'île privée d'Epstein par le passé.
Photo: AP

Larry Summers s’est lui aussi rendu sur l’île privée d’Epstein. Cette semaine, il a démissionné de toutes ses fonctions à l’Université de Harvard. Epstein et l’ancien secrétaire au Trésor américain échangeaient régulièrement sur les femmes, la politique et des projets liés à Harvard.

Autres appels à la démission

Le Premier ministre britannique Keir Starmer subit actuellement une forte pression pour avoir nommé Mandelson ambassadeur aux Etats-Unis malgré ses liens avec Epstein. Une partie de son parti et l’opposition réclament son départ.

Aux Etats-Unis, des appels à la démission visent également le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, après la révélation de contacts plus prolongés qu’admis avec le financier. Lors d’une audition au Sénat, il a reconnu s’être rendu sur l’île d’Epstein dans les Caraïbes en 2012 lors de vacances en famille, tout en affirmant ne pas avoir été témoin d’actes criminels.

En Norvège, l’ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland fait également l’objet d’une enquête. Le député social-démocrate est soupçonné de corruption grave.

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