L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a proposé samedi sa démission de l'Institut du monde arabe (IMA), dans une lettre au ministre des Affaires étrangères et consultée par l'AFP, après l'ouverture d'une enquête du Parquet national financier (PNF), pour ses liens supposés avec Jeffrey Epstein.
«Je propose de remettre ma démission lors d'un prochain conseil d'administration extraordinaire», a écrit l'actuel président de l'IMA, alors qu'il était convoqué dimanche au Quai d'Orsay. Vendredi, le PNF a ouvert une enquête préliminaire pour «blanchiment de fraude fiscale aggravée» concernant Jack Lang et sa fille.
Barrot et l'Elysée «prennent acte»
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot «prend acte» de l'offre de démission du président de l'Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang, tout comme l'Elysée qui l'a annoncé ce samedi. Jean-Noël Barrot va lancer la procédure de désignation d'une présidence par intérim, a-t-il dit samedi à des journalistes.
«J'en prends acte», a déclaré M. Barrot, dont le ministère a la tutelle sur l'IMA. «Je lance la procédure pour désigner son ou sa successeur à la tête de l'IMA et je convoque un conseil d'administration sous 7 jours qui désignera un ou une président(e) par intérim», a-t-il ajouté, de retour à Paris après une tournée internationale.
Sur la sellette
Jack Lang était sur la sellette après la publication fin janvier de nouveaux documents sur le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, qui ont fait apparaître des liens entre les deux hommes.
Si aucune charge ne pèse à ce stade contre l'ancien ministre, la mention de son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein et ses liens d'intérêt avec le financier américain ont poussé de nombreux membres de la classe politique à exiger son départ de l'IMA. «Les accusations portées à mon encontre sont infondées», avait assuré Jack Lang plus tôt samedi dans un communiqué transmis à l'AFP.
Jack Lang sera «extrêmement combatif»
D'après son avocat, Me Laurent Merlet, interrogé samedi sur BFM TV, Jack Lang «est à la fois très triste de quitter une institution muséale qu'il aime beaucoup" mais également "extrêmement combatif et ne laissera pas les calomnies prendre le terrain».
Jack Lang dirigeait l'IMA, une fondation de droit privé créée en 1980, depuis 2013. L'ex-ministre avait été proposé à ce poste par les autorités françaises, mais c'est le conseil d'administration de l'IMA, composé à parité d'ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le ministère français des Affaires étrangères, qui l'avait formellement désigné et reconduit à sa tête.
«Extrême gravité»
Depuis Beyrouth, le ministre français des Affaires étrangères avait souligné vendredi que la priorité était «de garantir le bon fonctionnement et la continuité et l'intégrité de l'Institut du monde arabe». «Les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers (Epstein) sont inédits et d'une extrême gravité" et "exigent un travail d'enquête rigoureux et approfondi», avait-il ajouté.
L'avocat de M. Lang avait rejeté cette semaine l'idée que les documents Epstein prouvent «d'intenses liens d'amitié» entre le criminel sexuel américain et son client. Jack Lang avait invoqué sa «naïveté» face aux révélations sur ses liens passés avec Epstein, mort en prison en 2019.
Après avoir déclaré lundi «assumer pleinement (ses) liens» passés avec le financier américain, il avait assuré mercredi qu'il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l'avait rencontré il y a «une quinzaine d'années» par l'entremise du réalisateur Woody Allen. Parmi les documents publiés par les autorités américaines consultés par l'AFP figurent différents échanges éclairant la relation entre les deux hommes. Jack Lang «a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire», écrit en 2017 à Jeffrey Epstein l'homme d'affaires Etienne Binant, mécène de l'IMA. «C'est pour le cercle intime uniquement, il ne fait pas ce genre d'invitations à la légère.»
«Cher Jeffrey, (...) votre générosité est infinie» aurait écrit lui-même Jack Lang en 2017. «Puis-je encore abuser?», demande-t-il avant de solliciter le milliardaire pour qu'il le transporte en voiture à une fête organisée par l'Aga Khan hors de Paris.