Concessions inédites
Ce qui se joue vraiment derrière le nouveau plan de paix de Volodymyr Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky présente un nouveau plan en trois points pour mettre fin à la guerre. Si celui-ci ne promet pas une paix rapide, il pourrait néanmoins constituer une étape majeure vers un apaisement. Voici pourquoi.
Journée du drapeau ukrainien, le 23 août : le président Volodymyr Zelensky passe devant la garde d'honneur.
Photo: AFP / Blick
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Guido Felder

A l'occasion de la fête de l'indépendance ukrainienne, le président Volodymyr Zelensky a créé la surprise. Dimanche, il a annoncé avoir élaboré un plan visant à mettre fin à la guerre. Celui-ci repose principalement sur trois mesures: un cessez-le-feu, la création d'une zone de libre-échange et le retrait des troupes.

Ce projet se distingue des précédentes initiatives de paix à plusieurs égards. D'abord, l'Europe et les Etats-Unis semblent eux aussi le soutenir. Ensuite, et c'est une première, l'Ukraine se dit prête à faire d'importants compromis. S'agit-il, cette fois, d'une avancée décisive vers la paix?

L'annonce intervient alors que les deux camps continuent de s'affronter sans merci. Les forces russes lancent quotidiennement des missiles et des drones contre des villes ukrainiennes, visant notamment les infrastructures civiles. Vendredi, au moins 16 personnes ont ainsi été tuées dans une attaque contre un centre commercial de Kryvyi Rih, dans le sud-est de l'Ukraine. Un deuxième drone a frappé alors que les secours se trouvaient déjà sur place.

De leur côté, les forces ukrainiennes mènent des attaques dans l'arrière-pays russe. Elles cherchent notamment à détruire des installations énergétiques ainsi que des centres logistiques d'entreprises de vente par correspondance.

Les trois axes du plan

Selon Zelensky, ce nouveau plan a été élaboré avec le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et l'envoyé spécial américain Steve Witkoff. Des représentants européens auraient également participé à ces discussions secrètes, sans que l'on sache précisément lesquels. Les trois propositions tiennent sur une seule page, mais leur portée est considérable:

Cessez-le-feu: les combats doivent cesser sur l'ensemble du territoire ukrainien. Les offensives de grande envergure menées en profondeur sur le territoire ennemi seraient également interrompues. L'Ukraine rompt ainsi avec sa position traditionnelle, selon laquelle un cessez-le-feu ne pourrait être envisagé qu'après le retrait complet des troupes russes.

Zone économique libre: dans les régions les plus disputées, notamment dans le Donbass, le projet de paix prévoit un retrait symétrique et équivalent des troupes et des armes lourdes. La zone serait alors déclarée démilitarisée et transformée en zone de libre-échange, sous la surveillance de forces neutres. L'Ukraine renoncerait ainsi à récupérer immédiatement les territoires occupés, sans pour autant les céder à Moscou. Leur statut définitif pourrait être négocié ultérieurement, lorsque les esprits se seront, espérons-le, calmés.

Garanties de sécurité: le plan prévoit des garanties de soutien de la part d'une alliance réunissant des Etats de l'UE et de l'OTAN. Celles-ci incluent notamment une présence militaire internationale permanente. Pour l'Ukraine, il s'agit d'empêcher la Russie de profiter du cessez-le-feu, après une période de répit et de reconstruction, pour lancer de nouvelles attaques.

Des compromis importants de la part de l'Ukraine

Avec ces propositions, Kiev fait un pas important vers la Russie. En renonçant à certaines exigences maximales, comme le retrait immédiat des forces russes de tous les territoires ukrainiens occupés, l'Ukraine élargit les possibilités de négociation, sans pour autant renoncer à sa souveraineté. Le fait de ne plus exiger une adhésion à l'OTAN ou à l'UE (Union européenne) lui donne également une marge de manœuvre supplémentaire dans les discussions avec Moscou.

Selon les déclarations de Zelensky, le plan a été élaboré en coordination avec Washington. Une telle démarche réduit la possibilité pour Moscou de tenter de dresser les Etats-Unis contre l'Ukraine, ou inversement.

Une étape importante

Le principal risque reste toutefois Vladimir Poutine, qui a admis pour la première fois ce week-end avoir commis des erreurs dans la guerre contre l'Ukraine. La création de zones tampons impliquerait que les forces russes abandonnent des positions en Ukraine que Poutine avait pourtant déclarées comme «territoire national russe». Quant à une éventuelle force neutre, le président russe accepterait difficilement qu'elle soit composée exclusivement de représentants de pays occidentaux. Le Kremlin n'a, pour l'heure, pas réagi au document de Zelensky.

Au final, le plan surprise en trois points de Zelensky ne garantit pas une paix rapide. Mais il pourrait poser les bases d'une nouvelle dynamique diplomatique. Cette initiative rendrait plus difficile pour Moscou de refuser des négociations sérieuses, surtout si la pression économique exercée sur le Kremlin devient suffisamment forte pour pousser Poutine à faire de véritables concessions.

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