Un directeur de pompes funèbres dignes d'un «film d'horreur» a été condamné vendredi à 20 ans de prison par la justice britannique, pour avoir conservé des corps pendant des mois au lieu de les incinérer et pour avoir remis des cendres d'inconnus à des familles.
Robert Bush, 48 ans, avait plaidé coupable de ces faits qui se sont étalés sur une période de 12 ans. Le tribunal de Hull, dans le nord-est de l'Angleterre, a entendu les témoignages déchirants de plus de 200 proches des défunts pendant cinq jours, avant que le juge se prononce sur la peine.
Les corps retrouvés étaient conservés dans des «conditions épouvantables», à des stades parfois avancés de décomposition, a déclaré vendredi le juge Nicholas Hilliard.
L'entreprise funéraire de Robert Bush, Legacy Independent Funeral Directors, était «sortie tout droit d'un film d'horreur», avait décrit le procureur Chris Paxton lundi, reprenant les mots d'un ancien employé.
«L'accusé était tellement préoccupé par son propre enrichissement qu'il s'est comporté d'une manière choquante et honteuse envers les défunts qui lui ont été confiés», a déclaré le juge.
Les cendres étaient «conservées dans des conditions indignes»
Les policiers qui avaient perquisitionné l'entreprise en mars 2024 après un signalement avaient découvert, dans une chambre froide, 31 corps qui auraient dû être incinérés des mois auparavant, dont un bébé mort-né deux ans plus tôt, et les cendres d'une centaine de défunts dans des urnes.
«La plupart des corps étaient découverts, entreposés sur les étagères de chaque côté d'une chambre froide», a indiqué le juge, et les cendres étaient «conservées dans des conditions indignes», parfois éparpillées ou gardées dans des boîtes moisies.
La révélation de ces pratiques a jeté le doute chez toutes les familles qui ont à un moment eu affaire à Robert Bush, a-t-il souligné: «Personne ne peut savoir avec certitude s'il a reçu les cendres de son proche».
«La communauté a été profondément touchée, et la confiance du public a été mise à mal par la nature des accusations et l'inquiétude qu'elles ont suscité», a déclaré un responsable de la police locale, Alan Curtis, à la sortie du tribunal.
«Ça a été un choc d'apprendre ce qu'il se passait réellement»
Cette affaire a jeté une lumière crue sur le manque de régulation du secteur, et plusieurs familles exhortent le gouvernement à instaurer un cadre réglementaire pour les entreprises de pompes funèbres en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.
Un code de bonnes pratiques a été introduit en Ecosse en mars 2025. «Pour autant que je sache, il n'y a eu aucun contrôle pendant de nombreuses années sur la manière dont (Robert Bush) menait ses affaires», a indiqué le juge.
Jasmine Beverley, la mère du bébé mort-né dont le corps a été découvert deux ans après, a plaidé en faveur d'une réglementation.
«Ça a été un choc d'apprendre ce qu'il se passait réellement», a-t-elle déclaré à la BBC, racontant que les restes de son fils, Sunny, avaient été retrouvés dans une enveloppe brune laissée par terre.
Le directeur de pompes funèbres a notamment admis avoir remis à quatre femmes des cendres qui n'étaient pas celles de leurs enfants décédés pendant leur grossesse.
«Pure avidité financière»
Outre la trentaine de charges liées à la privation d'inhumation décente, Robert Bush avait plaidé coupable de vol au préjudice de douze associations caritatives, après avoir détourné des dons remis par des familles, estimés à plus de 5500 livres (environ 6400 euros) par le juge.
Le directeur de pompes funèbres avait mis en avant des problèmes de trésorerie et de dettes lors de sa première audition avec la police. Mais selon le juge, il a agi par «pure avidité financière», et saisi la moindre opportunité de «s'enrichir aux dépens de ceux qui recouraient à ses services».
«S'il pouvait réutiliser un cercueil que quelqu'un avait déjà payé, il le faisait. Si cela était moins cher de conserver un corps dans des conditions non réfrigérées, il faisait également», a indiqué le magistrat.