En bref
- Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, sous haute protection policière après des menaces de mort de la DZ Mafia, puissant cartel de la drogue basé à Marseille
- La DZ Mafia contrôle un réseau de trafic dans plusieurs grandes villes françaises
- La police judiciaire de Marseille a arrêté 200 membres présumés de la DZ Mafia entre 2025 et 2026, tandis que certains de ses chefs sont en fuite ou emprisonnés
Ils ont peur. Et ils le disent. A l'image du maire d'Alès, dans le département du Gard, de nombreux élus locaux français n'en peuvent plus des menaces reçues de la DZ Mafia, considérée comme le plus puissant cartel français de la drogue.
A Alès, une ville située à 130 kilomètres de Marseille, l'un des épicentres du trafic de stupéfiants dans l'Hexagone, Christophe Rivenq – à la tête de la municipalité depuis 2025, après avoir longtemps dirigé les services de la mairie – avait reçu des menaces de mort sous la forme de deux balles glissées dans une enveloppe. Il a finalement dû être exfiltré de son domicile sous haute protection policière. Preuve que les trafiquants ont, s'ils le veulent, les moyens d'attenter à sa vie et à celle de sa famille.
Le cas de la DZ Mafia est emblématique de la détérioration de la situation en France en matière de narcotrafic. Ses deux lettres, DZ, désignent l'Algérie dans les codes ISO. Ce gang marseillais, longtemps en guerre ouverte contre le clan Yoda, un cartel rival, hante les quartiers nord de la cité phocéenne. Son emprise sur les points de deal a été démontrée lors du procès de deux de ses présumés dirigeants, Gabriel Ory et Amine Oualane, qui s'est achevé en avril dernier.
Tous deux inculpés dans une affaire de double homicide, les deux hommes ont toutefois connu des fortunes judiciaires diverses. Gabriel Ory a été condamné à 25 ans de réclusion, tandis que son partenaire a été acquitté faute de preuves. Les meurtriers qui agissaient sous leurs ordres ont tous écopé de lourdes peines d'emprisonnement. Leur procès avait dû être interrompu lorsqu'une policière impliquée dans les arrestations des trafiquants s'était murée dans le silence. Une attitude attribuée à de probables menaces visant sa famille.
Plusieurs élus menacés
Ces dernières années, plusieurs élus se sont retrouvés dans une situation similaire à celle du maire d'Alès. Selon le site de la radio France Info, plusieurs édiles ont saisi la justice.
«J'ai déjà été suivi», rapporte un maire. Un autre a reçu ce message: «Viendra le jour où on s'occupera de toi.» Un troisième a même vu sa tête mise à prix, «mort ou vif».
Et le sud de la France n'est pas la seule région concernée. En janvier, trois individus ont été appréhendés pour avoir placé un engin explosif sous le capot de la voiture d'un élu de l'Oise. Le véhicule avait explosé sans faire de blessés.
Le groupe criminel domine Marseille, où on lui attribue le meurtre du jeune Mehdi Kessaci, frère de l'activiste antidrogue Amine Kessaci, désormais troisième adjoint du maire socialiste réélu en mars dernier, Benoît Payan.
A partir de la ville portuaire, ouverte sur la Méditerranée et sur les routes d'approvisionnement en drogue depuis l'Afrique, la DZ, comme on la surnomme, a été à plusieurs reprises présentée comme une menace nationale par Emmanuel Macron, très investi dans la réhabilitation de Marseille. Selon la police, la DZ contrôle désormais des points de deal dans de nombreuses grandes villes, où elle offre aux trafiquants locaux une plateforme logistique et une protection, à la manière des cartels sud-américains.
La note policière qui dit tout
Selon une note policière consultée par France Info, la DZ Mafia est «comparée à une société qui, contre rémunération, propose plusieurs catégories de services. Elle noue des alliances pour sécuriser des points de deal. Elle peut aussi fournir des hommes pour intimider la concurrence, voire envoyer des tueurs à gages.»
Parmi les métropoles citées figurent Nîmes, dans le même département du Gard que la ville d'Alès, mais aussi Montpellier, Nice, Lyon, Toulouse et Clermont-Ferrand.
Toujours selon cette note policière, «plusieurs leaders de la DZ Mafia sont en fuite en Algérie ou au Maroc. Certains sont même soupçonnés de s'être installés en Colombie pour diriger leurs activités criminelles à distance. D'autres chefs de l'organisation sont, quant à eux, sous les verrous dans les deux prisons de haute sécurité instaurées par l'actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin.»
Sa main-d'œuvre est constituée de jeunes recrues venues de toute la France. Les guetteurs peuvent toucher jusqu'à 300 euros par jour. D'après les informations des forces de l'ordre, la police judiciaire de Marseille a interpellé 200 suspects considérés comme membres de la DZ Mafia en 2025-2026.
Intimidations à la chaîne
«C'est le moment de montrer que les intimidations ne peuvent pas gagner», a expliqué le maire d'Alès, désormais protégé par des policiers d'élite. «Il faut rester debout, il faut rester droit, il faut agir pour que ce genre de choses ne se passe plus pour aucun de mes collègues maires en France.»
Preuve de la difficulté à venir à bout de cette organisation criminelle: une nouvelle «franchise» de l'organisation serait active, issue d'une scission entre cadres historiques du clan. Ses initiales: DZNG, pour «DZ Nouvelle Génération».