A Gaza, il n'a pas disparu
Que reste-t-il du Hamas trois ans après le 7 octobre?

Le Hamas n'est pas mort, trois ans après son assaut terroriste du 7 octobre 2023. Décimé, le mouvement islamiste palestinien, responsable du plus grand massacre depuis la création d'Israël, demeure actif et continue de recruter.
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Le Hamas a été décapité depuis le 7 octobre 2023, mais il continue de contrôler la partie de Gaza non occupée par l'armée israélienne.
Photo: imago/APAimages

En bref

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  • Trois ans après l'attaque du 7 octobre 2023, le Hamas reste affaibli mais pas détruit. Israël contrôle désormais plus de 60% de Gaza, tandis que le Hamas conserve des combattants, des armes et une structure politique à l'étranger. Khalil al-Hayya, basé au Qatar, est devenu le nouveau chef officiel du mouvement depuis juillet 2026.
  • Khalil al-Hayya, basé au Qatar, est devenu le nouveau chef officiel du mouvement depuis juillet 2026. Le Hamas a perdu presque toute sa direction historique, avec des figures clés comme Mohammed Deif et Yahya Sinwar tuées entre 2024 et 2026. Néanmoins, il continue d'exercer un contrôle administratif dans certaines zones de Gaza.
  • Selon des estimations, le Hamas disposerait encore de plusieurs milliers de combattants, mais aucun chiffre précis n'est vérifiable. Israël affirme avoir tué 20'000 combattants du Hamas depuis 2023, tandis que le ministère de la Santé de Gaza signale 74'016 morts palestiniens à ce jour. Le Hamas a accepté un principe de désarmement progressif, mais des désaccords avec Israël persistent.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Une pieuvre souterraine dans un cimetière géant. Tel est, trois ans après l'assaut terroriste du 7 octobre mené par le Hamas, le portrait du mouvement islamiste palestinien responsable du plus terrible massacre subi par Israël depuis sa création, en 1948. Une pieuvre, parce que rien ne passe dans les 40% de l'enclave de Gaza non encore contrôlés par l'armée israélienne sans l'approbation, voire l'intervention, des commandos du Hamas, traqués par les drones et les espions de l'Etat hébreu. Un cimetière géant, parce que tel est l'état de la bande de Gaza, transformée en champ de ruines par trois années de guerre entre Israël et ce qui reste du Hamas, avec plus de 74'000 Palestiniens tués.

Cette pieuvre qu'est le Hamas est décapitée. Trois ans après l'assaut du 7 octobre et la mort de 1221 victimes, torturées ou violées par les Palestiniens qui participèrent à l'opération, le mouvement n'est, en surface, plus que l'ombre de lui-même. Tous ses principaux commandants, instigateurs de l'assaut auquel le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a refusé de croire malgré les avertissements, ont été éliminés. Leurs noms sont aujourd'hui brandis comme des trophées par le chef du gouvernement de l'Etat hébreu, en campagne pour les législatives du 27 octobre avec sa coalition dominée par l'extrême droite.

Eliminations systématiques

Saleh al-Arouri, numéro deux politique et cofondateur des Brigades al-Qassam, a été tué à Beyrouth en janvier 2024; Marwan Issa, numéro deux de la branche militaire, en mars 2024; Mohammed Deif, chef des Brigades al-Qassam et l’un des principaux concepteurs du 7 octobre, en juillet 2024; Ismaïl Haniyeh, chef politique, à Téhéran le 31 juillet 2024; Yahya Sinwar, principal architecte politique du 7 octobre et successeur de Haniyeh, le 16 octobre 2024. Parallèlement, sur les 251 personnes prises en otage par le Hamas, 166 sont sorties vivantes des tunnels-prisons de l'organisation. 43, enlevées vivantes, sont mortes en détention. Les dépouilles des 42 autres, tuées lors de l'assaut mais emmenées à Gaza, ont toutes été récupérées.

Pourquoi et comment le Hamas peut-il continuer d'exister face à une telle pression militaire israélienne? La réponse tient en trois faits, qui expliquent largement pourquoi les accords signés en Egypte entre Israël et le Hamas le 9 octobre 2025, il y a pile un an, puis le projet d'accord de paix pour le Moyen-Orient signé le 13 octobre suivant par Donald Trump, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, l'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani et le président turc Recep Tayyip Erdoğan, n'ont pas abouti à l'élimination complète du mouvement, supposé abandonner ses armes et quitter Gaza.

Echec du désarmement

Pour rappel, le Hamas a accepté en principe un accord prévoyant un désarmement progressif, en échange notamment d’un retrait israélien. Le processus prévoit l'inventaire et le stockage des armes, le démantèlement des dépôts, des capacités de production et des tunnels, sous supervision internationale et palestinienne. Reste un désaccord fondamental: le gouvernement israélien exige que le Hamas soit désarmé avant un retrait complet de son armée, tandis que le Hamas lie notamment l'abandon de ses armes lourdes au retrait israélien et à une perspective politique palestinienne.

La première explication de la survie du Hamas est sa capacité opérationnelle sur les 40% du territoire hors de contrôle de l'armée israélienne. Le mouvement, qui a perdu 20'000 combattants depuis trois ans, selon Netanyahu, y conserve des combattants, des armes et une partie de ses infrastructures clandestines. La destruction systématique de ses tunnels et de ses caches a eu lieu au nord et au centre de Gaza.

Son labyrinthe de sanctuaires demeure au sud de l'enclave, notamment sous les camps de réfugiés ou sous des hôpitaux, comme cela a été confirmé au fur et à mesure de la progression des soldats de Tsahal. Problème pour Israël: la chaîne militaire actuelle du Hamas est beaucoup plus opaque. Les successeurs directs de Yahya Sinwar, l'architecte du 7 octobre, tué par un drone en octobre 2024 à Rafah, avaient été éliminés après avoir été publiquement identifiés. Ceux qui commandent aujourd'hui sont des chefs locaux, caïds de quartier. Il est impossible de savoir s'ils répondent vraiment aux ordres du nouveau patron politique de l'organisation depuis juillet 2026, Khalil al-Hayya, qui vit principalement au Qatar.

Le soutien du Qatar

La seconde explication de la résistance du Hamas face au rouleau compresseur israélien est, précisément, le soutien financier du Qatar, qui perdure. Plusieurs autres responsables du mouvement vivent encore dans l'émirat, comme Khaled Meshaal ou Mohammed Darwish. Israël les accuse de se coordonner avec Zaher Jabarin, présenté comme responsable du Hamas pour la Cisjordanie, même si, dans cet autre territoire, l'Autorité palestinienne s'oppose militairement au mouvement islamiste.

Il est également clair que l'Arabie saoudite, qui refuse toujours de signer les accords d'Abraham avec l'Etat hébreu faute de solution crédible pour un Etat palestinien, maintient des contacts avec la nébuleuse qu'est le Hamas. En langage stratégique, cela revient, pour les pays arabes, dont l'Egypte frontalière de Gaza, à conserver un instrument de pression militaire sur Israël et une force capable d'encadrer les 2,1 millions de Palestiniens qui vivent encore dans l'enclave.

A ce jour, six pays ont officiellement accepté de fournir des personnels à la future «International Stabilization Force» (ISF) prévue par le plan Trump pour Gaza (Indonésie, Maroc, Kazakhstan, Albanie, Kosovo, Ouganda), mais aucun n'est prêt à affronter militairement ce qui reste du Hamas, soit entre 8000 et 20'000 combattants selon différentes estimations. Des milliers de nouveaux combattants, mal formés mais armés, auraient été recrutés (souvent de force) depuis l'assaut du 7 octobre.

Soutien international à la Palestine

Troisième explication à la survie du Hamas: le soutien international à la cause palestinienne, surtout parmi la jeunesse mondiale. Même si les sympathisants de cette cause condamnent pour la plupart le massacre du 7 octobre et rejettent la lutte armée terroriste, le mouvement islamiste profite politiquement, à l'intérieur de Gaza, de cette solidarité. Sa victoire politique est, sur ce plan, difficile à contester.

En mars 2026, le quotidien américain «Washington Post» a publié une longue enquête confirmant d'ailleurs que le mouvement avait recommencé à déployer policiers, tribunaux et administration civile dans les zones de Gaza où il pouvait agir. Il recommençait à lever des taxes, réglementer les véhicules et diriger la circulation.

Simultanément, les attaques criminelles des colons israéliens contre les Palestiniens de Cisjordanie et la rhétorique de haine de dirigeants de l'Etat hébreu comme Bezalel Smotrich ou Itamar Ben-Gvir nourrissent l'idéologie de revanche du Hamas. Le gouvernement israélien actuel joue de cet affrontement pour nourrir son idéologie colonisatrice et anti-palestinienne. Il refuse ainsi toujours de libérer l'un des dirigeants palestiniens les plus populaires: Marwan Barghouti, emprisonné par l'Etat hébreu depuis avril 2002.

Le portrait du Hamas, trois ans après la tragédie du 7 octobre, oblige aussi à mentionner les poursuites engagées contre lui et ses ex-dirigeants par la Cour pénale internationale. Celle-ci a aussi délivré, le 21 novembre 2024, des mandats d'arrêt pour présomption de «crimes de guerre et de crimes contre l’humanité» contre Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense au moment des faits visés.

En ce qui concerne le Hamas, après la mort des trois dirigeants inculpés par la CPI en mai 2024 (Yahya Sinwar, Ismaïl Haniyeh et Mohammed Deif), la Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU a conclu que le mouvement et d’autres groupes armés palestiniens avaient commis des crimes de guerre le 7 octobre, notamment des attaques contre des civils et des prises d’otages.

Les viols du Hamas

Une mission conduite par la représentante spéciale de l’ONU Pramila Patten a conclu qu’il existait des motifs raisonnables de croire que des viols et des viols collectifs avaient eu lieu dans au moins trois lieux lors du 7 octobre, notamment autour du festival Nova. Elle a aussi trouvé des informations «claires et convaincantes» sur des violences sexuelles commises contre certains otages en captivité.

La justice américaine a inculpé en 2024 six hauts dirigeants du Hamas pour terrorisme, complot en vue de tuer des ressortissants américains et autres infractions liées au 7 octobre. Le Hamas reste classé organisation terroriste aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans l'Union européenne. La Suisse a suivi depuis le 15 mai 2025. Le Hamas est depuis lors juridiquement qualifié d'«organisation terroriste» par la Confédération. Ce qui permet également «d'interdire les organisations servant de couverture au Hamas, celles qui en émanent ou agissent sur son ordre ou en son nom, ainsi que certains groupements qui lui sont étroitement apparentés». La Suisse ne reconnaît pas, en revanche, l'Etat de Palestine, contrairement à la France, qui a franchi ce pas le 22 septembre 2025.

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