Le président serbe Aleksandar Vucic a vertement critiqué samedi depuis Paris l'attitude d'une Europe «à la traîne» au plan mondial, qui pense encore détenir une «sorte de supériorité morale», tout en la comparant avec l'Empire romain d'Occident avant sa chute.
«Nous croyons, à tort, avoir une sorte de supériorité morale et démocratique sur les autres, ce qui est totalement faux. Je pense que c'est comme pour l'Empire romain d'Occident qui ne comprenait pas ce qui se passait à ses frontières, ne voulait pas le reconnaître et a fini par s'effondrer», a-t-il déclaré lors d'une intervention à la World Policy Conference organisée par l'Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly (Oise), près de Paris.
«Je ne pense pas que l'Europe s'effondrera. Cela n'arrivera jamais», a-t-il toutefois ajouté, avant de poursuivre: «En tant qu'Européens, nous perdons tous de nombreuses batailles importantes et nous nous croyons toujours les plus intelligents (...) Nous avons tendance à toujours dénigrer et sous-estimer les autres».
«Nous ne comprenons pas que nous sommes à la traîne par rapport aux autres régions du monde, non seulement par rapport aux États-Unis en matière d'intelligence artificielle et de robotique, mais aussi par rapport à la Chine», a-t-il poursuivi, insistant sur les enjeux démographiques, des nouvelles technologies et de défense auxquels le Vieux continent fait face.
«A la traine»
«Que pouvons-nous accomplir dans les 20 prochaines années ? Je pense pas grand-chose. (...) Je ne suis guère optimiste quant à l'avenir que nous construisons ici», a-t-il dit.
Il a toutefois réaffirmé la volonté de la Serbie d'intégrer l'UE. Ce pays de 6,6 millions d'habitants est officiellement candidat à l'Union européenne (UE) depuis 2012 et des négociations d'adhésion sont en cours depuis 2014.
Mais son intégration est ralentie par l'absence de réformes majeures, des problèmes de normalisation avec le Kosovo, ses liens jugés trop proches avec la Russie, des défis de bonne gouvernance et de droits humains.
La Serbie partage par ailleurs avec Moscou une aversion pour l'Otan après les bombardements de 1999 pendant la guerre au Kosovo. «Nous ne pouvons pas faire partie de l'Otan, mais nous sommes prêts intégrer (l'UE, ndlr)», a-t-il affirmé. «Ouvrez-nous vos frontières. Nous n'avons pas besoin de droit de veto, nous n'avons pas besoin de commissaires, nous n'avons même pas besoin de vos fonds.»