Dernier espoir des Américains
Le sort de la lune est entre les mains de Jeff Bezos et Elon Musk

La Nasa mise sur Jeff Bezos et Elon Musk pour alunir des astronautes d'ici 2028. Les deux milliardaires doivent surmonter des défis techniques majeurs, comme le ravitaillement en vol, pour réussir ce pari lunaire ambitieux.
Mark Zuckerberg, Lauren Sanchez, Jeff Bezos, Sundar Pichai et Elon Musk, à Washington, D.C., le 20 janvier 2025.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Si la mission Artémis II autour de la Lune s'est conclue vendredi par un succès, la Nasa dépend des entrepreneurs milliardaires Jeff Bezos et Elon Musk pour la suite: faire alunir des astronautes, en théorie en 2028.

Alors que le programme Apollo, qui a envoyé les premiers et seuls hommes sur la Lune entre 1969 et 1972, reposait sur une seule fusée, la Saturn V, sur laquelle était montée le module lunaire (alunisseur) et la capsule transportant les astronautes, la Nasa a misé pour Artémis sur deux systèmes distincts.

Le premier pour envoyer le vaisseau Orion transportant l'équipage, et le second pour envoyer l'alunisseur. Une décision motivée par les limitations techniques du choix d'Apollo, explique auprès de l'AFP Kent Chojnacki, haut responsable de la Nasa en charge du développement des alunisseurs. «Cela ne se prêtait absolument pas à une exploration à long terme ni à des séjours prolongés», détaille-t-il.

Le fonctionnement d'Apollo permettait en effet à seulement deux astronautes de descendre sur la surface lunaire pour une période de quelques jours maximum. Plus de 50 ans après, les ambitions américaines sont plus grandes: la Nasa veut acheminer quatre personnes pour plusieurs semaines et construire une base au sol.

«Camping» sur la Lune

Bien que spectaculaires, les missions Apollo se résumaient à des «excursions de type camping», ironise auprès de l'AFP Jack Kiraly, lobbyiste auprès de The Planetary Society, qui défend l'exploration spatiale. La Nasa mise cette fois sur des systèmes «gigantesques par rapport à ceux d'Apollo», insiste Kent Chojnacki, les nouveaux alunisseurs développés par Blue Origin de Jeff Bezos et SpaceX d'Elon Musk étant deux à sept fois plus grands que ceux de l'époque.

Autre changement notable: l'agence s'appuie désormais sur des partenaires extérieurs, comme les Européens qui ont fabriqué le module propulsant Orion, mais aussi sur le secteur privé, à qui a été confiée la responsabilité du second volet des missions. Un choix permettant d'acheminer davantage de matériel et de ressources, mais qui complique considérablement les opérations.

Afin d'acheminer jusqu'à la Lune ces engins géants, les deux entreprises misent sur une manoeuvre complexe, pas encore testée: le ravitaillement en carburant des appareils en vol. Après l'envoi de l'alunisseur, d'autres fusées devront acheminer en orbite le carburant nécessaire pour mener le voyage jusqu'à la Lune, à quelque 400.000 km de la Terre.

«Perdre la Lune»

Face à ce pari risqué et aux multiples retards accumulés, notamment par SpaceX, les pressions se sont renforcées ces derniers mois. «Nous sommes sur le point de perdre la Lune», alertaient en septembre trois anciens hauts responsables de la Nasa dans une tribune sur SpaceNews.

Dans le même temps, la Chine, qui ambitionne d'envoyer des hommes sur la Lune d'ici 2030, progresse, faisant craindre à l'administration Trump de se faire devancer. Dans ce contexte, la Nasa a évoqué à l'automne la possibilité de rouvrir le contrat accordé à SpaceX, afin d'utiliser en premier l'alunisseur de Blue Origin. Un tremblement de terre qui a provoqué un grand branle-bas de combat chez les deux entreprises rivales. Elles ont annoncé réorienter leurs stratégies pour prioriser ce projet lunaire - et conserver leurs contrats juteux avec la Nasa.

Mais nombre d'inquiétudes persistent, notamment quant à la faisabilité du ravitaillement en orbite. Kent Chojnacki assure que les entreprises ont réfléchi à une alternative en cas d'échec: «nous avons un plan, et il fonctionne». Reste à savoir quand. Car si la Nasa affirme vouloir tester en 2027 un rendez-vous en orbite entre le vaisseau et un ou deux alunisseurs, et réaliser un alunissage habité en 2028, beaucoup reste à accomplir.

Les deux multimilliardaires devront avant cela tester le ravitaillement en orbite et envoyer un alunisseur non habité sur la Lune pour en prouver la sécurité. Tout cela en moins de deux ans. «Cela me semble être un laps de temps très court», s'inquiète auprès de l'AFP Clayton Swope du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).


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