Les Danois votent mardi dans des élections législatives indécises, à l'issue desquelles la Première ministre sociale-démocrate Mette Frederiksen pourrait être reconduite à son poste, grâce à son opposition à Donald Trump sur le Groenland. La cheffe du gouvernement sortante, qui avait voté en avance, a passé une partie de la journée à Aalborg, son fief électoral dans le nord-ouest du pays, avec des Groenlandais vivant au Danemark.
«Nous tenons bon quand le vent souffle. Et il a soufflé autour de notre royaume», a-t-elle écrit sur Instagram sous des images de l'événement.
A plus de 3000 kilomètres de là, à Nuuk, la capitale du Groenland, les électeurs faisaient la queue pour voter dès l'ouverture des bureaux à 11h00 GMT.
«Je pense que cette élection donnera en quelque sorte la direction pour la suite», confiait avant le scrutin le député au parlement local Juno Berthelsen, tête de liste du parti autonomiste Naleraq, favorable à une rupture rapide avec Copenhague, dont certains membres ont rencontré l'administration Trump. «Il y a beaucoup de gens. Normalement pour les élections législatives danoises les gens ne sont pas aussi mobilisés. (Là), le débat est devenu passionnel», note auprès de l'AFP Lars, un avocat quinquagénaire.
«Il s'agit de l'élection la plus importante pour le parlement danois, et pour le Groenland, de l'Histoire», a dit à l'AFP le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen.
«Une figure qui rassemble»
Mme Frederiksen, qui dirige le gouvernement danois depuis 2019, a été saluée pour avoir tenu tête à Donald Trump et son appétit pour le Groenland. Elle est généralement reconnue pour son leadership, estime Elisabet Svane, analyste politique du quotidien Politiken.
«Les alternatives (à Mette Frederiksen) sont pires», estime ainsi une électrice, Freja Strandlod, étudiante de 24 ans, juste après avoir voté à l'hôtel de ville de Copenhague sous un ciel gris. «Elle est une figure qui rassemble dans un monde plein d'insécurité, et les Danois sont anxieux, il y a le Groenland, l'Ukraine, les drones» qui ont survolé le pays scandinave, ajoute Mme Svane.
En outre, «il est compliqué d'imaginer un gouvernement de droite, parce qu'il devrait rassembler très largement de l'extrême droite aux partis plus centristes, qui ne sont pas en très bons termes avec l'extrême droite», dit Ole Waever, professeur de sciences politiques à l'Université de Copenhague.
Les derniers sondages créditent le bloc de gauche d'une avance sur celui de droite mais ni l'un ni l'autre ne rassembleraient de majorité sur les 179 sièges du Folketing, le Parlement danois. Le Groenland et les îles Féroé, territoires autonomes du royaume du Danemark, envoient chacun deux députés au Parlement danois, qui pourraient faire pencher la balance. Les députés des «Modérés» du ministre des Affaires étrangères sortant Lars Løkke Rasmussen pourraient jouer un rôle de «faiseur de roi».
Elevage porcin
Dans le pays prospère de 6 millions d'habitants, la campagne a surtout tourné autour de questions domestiques comme le coût de la vie, l'État providence et l'environnement. «Le gouvernement n'a pas garanti l'accès à l'eau potable au Danemark. Il n'a pas veillé à ce que les fonds soient consacrés à la protection sociale plutôt qu'à des allègements fiscaux», a dit à l'AFP Pia Olsen Dyhr, cheffe de file du Parti populaire socialiste, après son vote.
«Les partis de gauche ont réussi à faire de l'eau potable une question majeure du scrutin», relève l'analyste Elisabet Svane. L'eau potable est trop riche en nitrates au Danemark en raison des rejets de l'élevage.
Le modèle de l'agriculture intensive danoise, particulièrement l'élevage porcin, a été au centre de la campagne. Face à une extrême droite puissante depuis la fin des années 1990, il a aussi été question d'immigration, les sociaux-démocrates plébiscitant un nouveau tour de vis en la matière.
Trois formations populistes se disputent les voix des électeurs et rassemblent quelque 19% des intentions de vote. «Je veux un nouveau départ pour le Danemark, et cela passe par un parti du Peuple danois fort», a déclaré à l'AFP le chef de ce parti, Morten Messerschmidt, après avoir voté.
Au Danemark continental, les bureaux de vote ferment à 20H00 (19H00 GMT), heure à laquelle des premiers sondages de sortie des urnes doivent être publiés.