Pourquoi tant de jeunes fuient-ils le Maroc?
C'est leur propre roi qui les pousse vers les barrières de Ceuta

Un taux de chômage chez les jeunes supérieur à 40%, des écoles délabrées, une pauvreté croissante: pas étonnant que de nombreux jeunes Marocains souhaitent fuir vers l'Europe. La tragédie de Ceuta met en lumière la réalité qui se cache derrière ce riche pays du Maghreb.
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Avec une fortune estimée à 5,7 milliards de dollars, Mohammed VI est le monarque le plus riche d’Afrique.
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Guido Felder

En fin de semaine dernière, 60'000 migrants ont pris d’assaut la petite enclave espagnole de Ceuta. Parmi eux se trouvaient de très nombreux adolescents venus du Maroc. Alors que la plupart des arrivants sont repartis, des centaines d'enfants et d'adolescents attendent toujours dans des friches industrielles, comme l'a révélé Blick. Personne ne leur donne à manger, personne ne s’occupe d’eux. Sans défense, ils sont à la merci d’individus louches qui rôdent autour d’eux avec des intentions sexuelles.

Pourtant, bon nombre de ces jeunes migrants viennent du Maroc, un pays que nous connaissons surtout comme une destination de vacances paradisiaque. Les touristes, une hospitalité chaleureuse, des hôtels de luxe, un TGV filant à 320 km/h et des ports ultra-modernes. Mais le Maroc est avant tout une terre de contrastes. Car pendant que l’élite réunie autour du roi Mohammed VI engrange les bénéfices, la jeunesse du pays, elle, n'a souvent d'autre issue qu’une fuite extrêmement dangereuse.

Avec environ 37,5 millions d’habitants, le Maroc est considéré comme l’un des pays les plus modernes d’Afrique. De plus en plus d’entreprises européennes rapatrient leur production d’Asie vers des sites proches de l’Europe et choisissent volontiers ce pays d’Afrique du Nord. Le pays a détrôné l’Afrique du Sud en tant que premier constructeur automobile africain. Des groupes tels que Boeing et Airbus font également produire ici des pièces de haute technologie pour leurs avions. Grâce à ses énormes ressources solaires et éoliennes, le pays construit des centrales électriques gigantesques qui devraient bientôt produire de l’hydrogène vert pour l’Europe.

Mais ce n’est là qu’un des visages du Maroc. Celui que nous connaissons. C’est exactement le visage que le pays cherche à vendre en tant que destination touristique ou comme coorganisateur de la Coupe du monde de football dans quatre ans, aux côtés du Portugal et de l'Espagne.

Beaucoup de chômeurs

L'autre visage du pays est bien plus sombre. Malgré la croissance économique, le taux de chômage des jeunes dépasse parfois les 40% dans les villes. Selon les estimations, 1,4 million de jeunes se retrouvent aujourd’hui sans emploi ni accès à la formation continue.

Les établissements publics, tels que les écoles et les hôpitaux, sont souvent en piteux état. Le personnel qualifié émigre vers d’autres pays – souvent vers la France, pour des raisons linguistiques. Ceux qui ont de l’argent s’offrent des écoles et des cliniques privées. Les plus démunis, quant à eux, se retrouvent privés de toute chance d’ascension sociale.

Pour couronner le tout, plusieurs années de sécheresse historique ont frappé de plein fouet l’agriculture. La conséquence directe est une hausse parfois vertigineuse du prix des denrées alimentaires, qui touche aussi bien les classes populaires que la classe moyenne.

Un monarque à la tête d'un système à deux vitesses

Le problème fondamental vient du fait que l’argent qui entre dans le pays n’est pas redistribué: il reste entre les mains de l’élite. Aux commandes du pouvoir se trouve le roi du Maroc Mohammed VI, qui règne depuis 1999 et ne tolère aucune critique. Le palais n’hésite pas à investir dans des projets de prestige, tels que la Coupe du monde de football ou des circuits automobiles, qui renforcent le rayonnement international du pays. Lorsque des projets échouent ou que le chômage augmente, certains ministres sont remplacés afin de rassurer la population.

Avec une fortune estimée à 5,7 milliards de dollars, Mohammed VI est considéré comme le monarque le plus riche d’Afrique. Par l’intermédiaire de la holding royale Al Mada, sa famille exerce une influence déterminante dans pratiquement tous les secteurs économiques. Cela va des banques à l’exploitation minière et aux énergies renouvelables, en passant par les télécommunications, le bâtiment et l’agroalimentaire.

Cette position de monopole entrave la libre concurrence dans le pays. Les entrepreneurs innovants qui souhaitent créer leur propre entreprise se heurtent souvent à des obstacles insurmontables ou sont écrasés par une concurrence puissante.

Au final, quiconque possède de l’argent et des entrées au palais vit au Maroc comme dans un paradis. Mais ceux qui n’appartiennent pas à ce cercle fermé se retrouvent face à des portes closes. C’est ainsi leur propre roi qui pousse les jeunes de son pays contre les grilles de Ceuta.

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