Les milliardaires chinois dont la fortune est dissimulée à Hong Kong, Singaour ou Tokyo sont dans le viseur du fisc chinois, selon une enquête du Financial Times. Après des décennies de croissance phénoménale, la Chine a en effet créé de nombreux milliardaires, comme les patrons de Tiktok (ByteDance), Tencent, Xiaomi ou Alibaba: aujourd'hui la Chine compte plus de 1000 milliardaires et 5 millions de millionnaires.
Fortunes offshore ciblées
Désormais, le président Xi Jinping compte bien demander à ceux qui ont le plus bénéficié de la croissance chinoise d'accroître leur contribution à l'Etat. L'homme fort de Pékin, qui vise explicitement les grandes fortunes qui se cachent offshore (hors des frontières chinoises) s'est embarqué, d'après le FT, dans «la plus ambitieuse chasse aux impôts globale de l'histoire». Sa campagne s'inscrirait dans son objectif à long terme de mieux redistribuer les richesses en Chine, où les inégalités se sont creusées.
Rétroactif à 2023
Dès ce 22 octobre, les autorités commenceront à prélever un impôt de 20% sur les dividendes et les intérêts gagnés à travers des trusts, à savoir des structures offshore (transfrontalières) servant à gérer les gros patrimoines. Les gains des exportateurs conservés offshore pourraient aussi être ciblés, tout comme les rendements des investissements placés hors du pays, ou les revenus gagnés via du travail à l'étranger, mais aussi, sur le plus long terme, les héritages et successions réalisés à l'étranger. L'impôt serait rétroactif à 2023.
En outre, un autre 20% sera collecté, en tant que prélèvement unique, au moment où les actifs d'un trust sont hérités, ou quand un ressortissant chinois cesse d'être résident fiscal dans le pays, y compris lorsqu'ils obtient une nationalité étrangère.
Parmi les refuges fiscaux où se concentrent les grandes fortunes chinoises figurent Hong Kong, Singapour, ainsi que Tokyo, où les achats immobiliers haut de gamme par de richissimes chinois ont explosé, ces dernières années. Ces juridictions et les intermédiaires financiers qui y servent les fortunes chinoises sont désormais mis à l'épreuve de trouver rapidement des solutions pour mettre en règle leurs clients, analyse le FT.
Hong Kong est passé devant la Suisse
La fortune transfrontalière comptabilisée à Hong Kong a atteint 2900 milliards de dollars l'an dernier, hissant Hong Kong devant la Suisse en tant que premier centre financier du monde pour la gestion des fortunes transfrontalières, dans le classement de Boston Consulting Group.
Les grandes fortunes chinoises auraient été les premières prises de court par la décision de Pékin et par la brièveté des délais qui leur est accordée pour mettre leurs affaires en ordre. Une grande fortune de la tech chinoise confie au FT sous couvert d'anonymat: «Ils ont le système (ndlr: le gouvernement), ils connaissent vos investissements à l'étranger... ils peuvent en réalité ouvrir ces trusts et voir tout ce qu'il y a dedans. Je pense qu'ils s'intéressent au sujet depuis un bon moment déjà».
Pendant ce temps, selon le quotidien financier britannique, des places financières comme New York «guettent l'opportunité de se profiler afin d'aider les clients chinois à se protéger du fisc de leur pays».