Le rituel a été respecté ce mardi 3 novembre dans les salons parisiens du restaurant Drouant. L'académie Goncourt a récompensé Philippe Jaenada pour son roman «L’Inconnue du quai de Javel», dans lequel l'écrivain de 62 ans mène l'enquête sur l'assassinat d'une jeune Bretonne à la fin des années 1950. Derrière le traditionnel chèque symbolique de dix euros, c’est surtout l’assurance d’arborer le bandeau rouge qui transforme un livre en phénomène de librairie.
Philippe Jaenada, qui succède à Laurent Mauvignier, a conquis un lectorat fidèle avec des livres-fleuve sur des affaires criminelles comme «Sulak» (2013), «La Petite Femelle» (2015) et «La Serpe» (2017). Ecrivain à l'ancienne, Philippe Jaenada a déclaré s'attendre à traverser un «tourbillon» avec l'attribution du Goncourt tout en aspirant déjà à retrouver sa vie d'écrivain, défricheur des archives judiciaires.
«Mais je veux retrouver vite ma vie paisible, immobile, isolée, à écrire», a déclaré cet auteur qui se targue de ne pas avoir de téléphone portable. «Ecrire, chercher, être dans les archives. Pour moi, il n'y a rien de mieux.»
Une édition polémique
Le choix du prix Goncourt 2026 s'est opéré parmi un quatuor d'écrivains: Yannick Haenel avec «La solitude des professeurs est infinie» (édition: Gallimard), Philippe Jaenada avec «L’Inconnue du quai de Javel» (édition: Flammarion), Clémentine Mélois avec «Choses que je croyais perdues» (Gallimard) et Sylvain Prudhomme avec «De l’autre côté du lac».
Le prix Goncourt de cette année s’est aussi joué sous l'ombre d'une polémique. Pour la première fois, l’intelligence artificielle s’est invitée dans les délibérations: l’académie s’est résolue à écarter de sa sélection le roman «C’était ça ou mourir» (Grasset), de Thélyson Orélien. Soupçonné d’avoir sollicité l'IA pour rédiger son texte – un reproche que l'écrivain canado-haïtien avait toujours rejeté. Confronté aux accusations, l'éditeur a finalement reconnu les faits, forçant le jury à l'écarter de la sélection.
Le prix Renaudot a par ailleurs été attribué mardi à François-Henri Désérable pour son roman «Le Palais» (Gallimard) tandis que le prix Renaudot essai a été décerné ex aequo à Jean-Paul Enthoven pour son «Dictionnaire amoureux du bonheur» (Plon) et à Christophe Ono-dit-Biot pour «L'Odyssée de l'Odyssée» (Grasset).