«Les massacres continuent»
«Arrêtez de tuer les femmes»: grosse manifestation au Kenya

Des milliers de personnes ont bloqués lundi le centre de Nairobi pour dénoncer les agressions contre les femmes et les enfants. Au cours des 16 derniers mois, 10'000 disparitions ont été recensées.
Au moins 69 femmes ont été tuées au Kenya depuis début janvier,
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Des milliers de personnes, essentiellement des femmes, ont défilé lundi à Nairobi pour protester contre le nombre élevé de meurtres de femmes et d'enfants au Kenya, Amnesty International évoquant une «crise de sécurité nationale».

Au moins 69 femmes ont été tuées dans ce pays d'Afrique de l'Est depuis début janvier, selon des informations compilées par l'agrégateur de données Odipo Dev et le média Africa Uncensored. Le gouvernement kényan a également recensé la disparition de 10'581 enfants au cours des 16 derniers mois, dont 1952 enlèvements et 173 cas de trafic.

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Chants et cris de douleur

Vêtus de tee-shirts blancs et brandissant des pancartes «Halte aux féminicides et aux pédicides» (meurtres d'enfants), les manifestants, essentiellement des femmes, ont paralysé le centre de Nairobi avec des chants et des cris de douleur, bloquant une avenue avec un grand panneau qui portait les noms de plus de 500 victimes. «C'est traumatisant, je ne sais pas si je suis la prochaine», a déclaré à l'AFP la militante Racheal Mwikali.

Julie Ochieng a montré la nécrologie de sa fille, Kristabel Anyango, expliquant qu'elle a été tuée à l'âge de 28 ans en tentant de quitter une relation toxique. «Si vous êtes fatigués d'elles, laissez-les juste partir. Arrêtez de tuer les femmes», a-t-elle lancé.

Qualifiés de «petits délits»

Le terme «féminicide» est utilisé pour désigner le meurtre de femmes et de filles en raison de leur sexe, mais il n'est pas reconnu comme un crime distinct par la loi kényane. Les militantes affirment que cette lacune contribue à ce que des affaires ne soient pas documentées et que d'autres «traînent dans le système judiciaire».

FIDA Kenya, une organisation de défense des droits des femmes, affirme que la moitié des 70 cas hebdomadaires qu'elle traite sont liés à des violences physiques et sexuelles commises par des partenaires. «Il n'y a aucune conséquence, on les balaie d'un revers de main en les qualifiant de petits délits (...) Nous avons besoin d'actions sérieuses et de mesures punitives», a dit la manifestante Njeri Mwangi à l'AFP.

Veronicah Were, une militante anti-féminicide d'un bidonville de Nairobi, a affirmé connaître personnellement 10 femmes qui ont été tuées. «J'ai suivi ces affaires, mais la plupart se terminent sans suites», a déploré Mme Were. «Le féminicide devrait être considéré comme un crime à part entière dans notre droit. C'est ainsi que nous pourrons l'éradiquer».

Aucune mesure n'a été prise

L'ONG de défense des droits humains Amnesty International a qualifié la situation de «crise de sécurité nationale», affirmant que «chaque réaction tardive coûte des vies». L'année 2024 a été la pire jamais enregistrée au Kenya, avec en moyenne 14 femmes tuées chaque mois, selon Odipo Dev et Africa Uncensored.

Le président William Ruto a mis en place un groupe de travail sur la question l'an dernier. Mais aucune mesure n'a été prise par ailleurs, selon les militantes anti-féminicides. «Quand nos revendications seront-elles prises en compte? Les massacres continuent», a fustigé Veronicah Were.

Violences contre les femmes: besoin d'aide?

Vous, ou l'une de vos proches, êtes victime de violences de la part d'un partenaire ou d'un proche? Voici les ressources auxquelles vous pouvez faire appel.

En cas de situation urgente ou dangereuse, ne jamais hésiter à contacter la police au 117 et/ou l'ambulance au 144.

Pour l'aide aux victimes, plusieurs structures sont à votre disposition en Suisse romande, et au niveau national.

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