En bref
- Le procureur Ken Paxton, cerné par les scandales, donne de sérieux maux de tête à son parti
- Pour la première fois depuis 1988, les républicains pourraient perdre un siège sénatorial dans le Lone Star State
- Le principal argument de Paxton contre son adversaire démocrate est un mensonge ridicule
Ken Paxton prétend ne rien craindre et fait bondir beaucoup de monde au sein de son parti. Ce républicain du Texas coche presque toutes les cases du pire candidat au Sénat se présentant aux élections de mi-mandat du 3 novembre.
L'enjeu est massif: les républicains craignent de perdre pour la première fois depuis 1988 l'un des deux sièges sénatoriaux du Texas au profit des démocrates. Le parti a donc investi la somme record de 167 millions de dollars dans la campagne de Ken Paxton. Pour Donald Trump et son camp, ce siège est crucial. Le président américain a donc inventé une étrange stratégie publicitaire taillée sur mesure pour Ken Paxton.
La méthode tient en une phrase: soutenir le républicain en le harcelant. En un mois, Trump s'est rendu trois fois au Texas pour la campagne de Ken Paxton, et à chaque fois, il l'a publiquement ridiculisé. «Je n'aime pas la façon dont il s'habille, dont il parle, dont il a l'air», a encore martelé Trump mercredi dernier à San Antonio, qualifiant Ken Paxton de «rabat-joie» («pain in the ass»).
Ken Paxton se tenait alors à côté du président, un sourire crispé sur les lèvres. En tant que procureur du Texas, il avait soutenu Trump en 2020 dans sa contestation de l'issue de l'élection et dans ses accusations à l'encontre de Joe Biden. Depuis, Trump ne lâche pas le Texan, malgré son aversion pour lui.
Trump ne doit pas perdre le Texas
Le procureur controversé a urgemment besoin d'aide. La chaîne CNN estime que ses chances de conserver le siège sénatorial lors des «midterms» ne dépasse pas 30%. Son adversaire, l'ancien enseignant de 37 ans James Talarico, est en nettement meilleure posture, en tête des sondages. Harry Enten, responsable des données de CNN, juge que si les républicains perdent le «Lone Star State», ils perdront le Sénat avec une probabilité de 78%.
Washington risquerait alors de se retrouver paralysée pendant au moins deux ans. Les démocrates pourraient également lancer des centaines d’enquêtes et convoquer des proches de Donald Trump à des auditions. Une nouvelle procédure de destitution contre le président américain deviendrait aussi très probable. Il s’agirait de la troisième de sa carrière, mais elle pourrait, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, aller jusqu’à sa destitution effective, au terme d’un processus complexe.
Il s'ensuivrait non seulement un blocage d'au moins deux ans à Washington, mais probablement des centaines d'enquêtes spéciales et d'auditions de proches de Trump lancées par les démocrates. Il y aurait en outre de très fortes chances qu'une nouvelle procédure de destitution soit engagée contre Trump, la troisième de sa carrière présidentielle et peut-être la première de l'histoire des Etats-Unis à aboutir effectivement à sa destitution au terme du processus complexe.
Autrement dit, pour Donald Trump, une victoire au Texas est non-négociable. Mais la collection de scandales accumulée par Ken Paxton rend son élection difficile, même dans un Etat historiquement rouge. En voici un petit aperçu:
- En 2012, Ken Paxton a volé un stylo Montblanc d'une valeur de 1000 dollars à l'avocat Joe Joplin et a été filmé en pleine action.
- En 2015, le procureur aurait commis une fraude sur des valeurs mobilières. En 2024, dans le cadre d’un accord à l’amiable, il a versé 271’000 dollars de dommages et intérêts, effectué 100 heures de travaux d’intérêt général et suivi un séminaire de deux jours consacré à l’éthique.
- En 2020, il a accordé des contrats à un promoteur immobilier en échange de travaux gratuits dans sa maison.
- En 2023, le Texan échappé de peu à une procédure de destitution pour corruption et abus de pouvoir.
- En juillet 2026, Ken Paxton été surpris en train de se promener à Londres avec sa maîtresse.
Paxton mise sur l'accusation de véganisme
Son épouse Angela Paxton, une élue républicaine locale, n’a guère apprécié ces controverses. Après 38 ans de mariage, elle a demandé le divorce. Un handicap de taille pour le républicain, qui se présente comme un «homme de foi» et cherche à rallier les nombreux chrétiens évangéliques du Texas. Même Donald Trump juge le candidat «un peu controversé» en raison de ses multiples casseroles. C'est tout dire.
Ken Paxton et son adversaire James Talarico n'ont pas encore eu de débat sur les problèmes du Texas et du pays. Le procureur n'a accepté aucune des invitations sur un plateau télévisé. Il n'ose même pas affronter James Talarico sur Fox News, une chaîne pourtant favorable aux républicains. Son principal argument contre le candidat démocrate concerne son régime alimentaire. James Talarico est végétalien, un péché mortel pour les conservateurs du Texas, patrie du barbecue.
Il se pourrait que cette accusation de véganisme ne soit même pas vraie. Mais peu importe. La tendance actuelle est claire: la défaite de Ken Paxton risque de faire mal au clan du président. Donald Trump aurait alors une raison de plus de s'énerver contre ce rabat-joie mal habillé du Texas.