Un revirement historique
Le Japon abandonne ses restrictions et ouvre la voie aux exportations d'armes

Le Japon a annoncé un assouplissement majeur de ses règles d'exportation d'armes, restées durant longtemps très strictes. Ce changement historique permettrait la vente d’armes létales à l’étranger, marquant une rupture avec sa politique pacifiste d'après-guerre.
La Première ministre Sanae Takaichi soutient que cette évolution permettra à l'archipel de renforcer sa défense nationale.
Photo: keystone-sda.ch
Post carré.png
AFP Agence France-Presse

Le Japon a annoncé mardi assouplir drastiquement ses règles d'exportation d'armements en vigueur depuis des décennies, un changement historique ouvrant la voie à la vente d'armes létales à l'étranger par ce pays à la constitution pacifiste depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Cet abandon de facto de la politique d'auto-limitation des exportations d'armes létales que Tokyo s'était imposée devrait faire entrer pleinement l'archipel sur le marché international de l'industrie de défense.

«Grâce à cette révision partielle des 'trois principes' relatifs au transfert d'équipements et de technologies de défense et des règles connexes, il est désormais possible, en principe, d'autoriser le transfert d'équipements de défense, y compris tous les produits finis», a déclaré Minoru Kihara, le porte-parole du gouvernement nippon, à la presse. Ce changement a été entériné par le gouvernement et le Conseil de sécurité nation depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, selon l'agence de presse Kyodo.

Ultra-nationaliste

La Première ministre Sanae Takaichi, aux positions ultra-nationalistes et en poste depuis octobre 2025, en avait fait un marqueur de sa politique. Elle soutient que cette évolution permettra à l'archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l'industrie de l'armement nationale pour en faire un moteur de croissance économique. «Grâce à cet amendement, le transfert de l'ensemble des équipements de défense deviendra, en principe, possible», a confirmé Sanae Takaichi sur X.

Ces nouvelles règles s'inscrivent dans le cadre d'un assouplissement progressif de l'interdiction générale d'exportation instaurée en 1976. Par le passé, le Japon exportait des munitions et du matériel militaire pour stimuler son économie, notamment durant la guerre de Corée dans les années 1950, mais il a adopté une interdiction conditionnelle des exportations d'armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard.

La règle des cinq catégories

Toutefois, au cours des dernières décennies, Tokyo a consenti des exceptions, en particulier lorsque le Japon a rejoint des projets internationaux de développement d'armements. De plus, en 2014, le Japon a ouvert la voie aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux: le sauvetage, le transport, l'alerte, la surveillance, le déminage.

Désormais, Tokyo a supprimé purement et simplement la règle des cinq catégories, ouvrant la voie à l'exportation d'équipements de défense létaux. Les partisans de cette évolution faisaient récemment valoir que cette révision ne devrait pas, dans l'immédiat, doper les exportations d'armes mais permettra d'intégrer davantage le pays à la chaîne d'approvisionnement internationale dont dépend le pays.

De quoi renforcer ainsi les liens défensifs, diplomatiques et économiques avec les nations partenaires, dans un contexte d'instabilité régionale croissante face au renforcement militaire de la Chine et aux menaces de la Corée du Nord. «Alors que l'environnement de sécurité devient de plus en plus critique, aucun pays ne peut aujourd'hui préserver sa paix et sa sécurité par ses seules forces: en matière d'équipements de défense, il a besoin de nations partenaires capables de se soutenir mutuellement», a fait valoir Sanae Takaichi, évoquant les attentes des alliés de Tokyo.

Attachement au pacifisme

Heigo Sato, expert en questions de défense à l'université Takushoku, a indiqué à l'AFP que le Japon devait profiter de cette période de paix pour garantir sa «préparation au combat» en mettant en place «un système assurant la fluidité des échanges d'armes et de munitions» entre alliés. Lorsque l'Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes afin de repousser l'offensive de la Russie, le Japon avait exprimé sa sympathie, mais s'était abstenu d'envoyer des armes, fournissant gilets pare-balles et véhicules.

En faisant du commerce des armements un échange bilatéral, le Japon pourrait accroître ses chances de recevoir l'aide de ses alliés en cas de conflit inattendu et prolongé, estime Heigo Sato. Cependant, cette décision – largement attendue – suscite une certaine inquiétude au sein de l'opinion publique japonaise: des critiques accusent Sanae Takaichi de porter atteinte à l'histoire du pacifisme résolu de la nation depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

«Notre attachement à la voie et aux principes fondamentaux que nous suivons depuis plus de 80 ans en tant que nation pacifiste demeure absolument inchangé», a tenté de rassurer Sanae Takaichi. «Nous nous conformerons aux cadres internationaux de contrôle des exportations, procéderons à des examens au cas par cas encore plus rigoureux (...) les bénéficiaires seront limités aux pays s'engageant à utiliser ces équipements d'une manière conforme à la Charte des Nations unies», plaide-t-elle.

Articles les plus lus