L’Italie s’attend à une déferlante historique sur ses plages cet été. Au printemps dernier, la guerre en Iran a provoqué une crise du kérosène qui perturbe fortement le trafic aérien mondial. Résultat: face à cette incertitude, de nombreux Européens – dont les Suisses – ont opté pour un voyage au bord de la Méditerranée. Mais alors que les vacances scolaires commencent chez nous, une vive polémique vient d'éclater dans les Pouilles au sujet de la nourriture sur la plage, comme le rapporte le «Corriere della Sera».
Le nœud du problème? Les gérants des lidos – ces plages privées aménagées typiques de la péninsule – ne supportent plus de voir les vacanciers débarquer avec leurs sandwichs maison, leurs tupperwares de pâtes ou leurs fruits achetés au supermarché. Selon eux, ces pique-niques géants posent de sérieux problèmes «d'hygiène, de gestion des déchets, de propreté et de bienséance». Pour y remédier, plusieurs exploitants ont tout simplement décidé d'interdire la nourriture extérieure sur leurs plages. Une mesure qui suscite une immense vague d'indignation.
«La mer ne doit pas devenir un luxe»
Certains responsables politiques ont vivement critiqué la décision des exploitants de ces établissements balnéaires – à l’instar d’Antonio Decaro, président de la région des Pouilles. Il s’est exprimé à ce sujet sur les réseaux sociaux: «Le coût des parasols et des transats est déjà exorbitant. Pouvons-nous alors, au nom d’une prétendue décence, demander à ceux qui choisissent une plage aménagée de manger exclusivement au bar et au restaurant de cet établissement?», a-t-il déclaré dans une vidéo sur Instagram.
Pour l'élu, les plages des Pouilles doivent rester un espace de liberté, tant pour les habitants de la région que pour les touristes. Et de rappeler une règle essentielle: «La mer est un bien commun, elle ne doit pas devenir un produit de luxe.»
Des plages complètes depuis des semaines déjà
Le coût d’une journée à la plage en Italie est généralement un sujet brûlant. Les prix d’une chaise longue avec parasol ne cessent d’augmenter, poussés par la forte demande. Certaines plages affichent complet depuis des semaines. Les lidos attribuent 60 à 70% de leurs transats dans le cadre d’un abonnement saisonnier. Cela leur permet de prévoir leurs recettes avec certitude, car elles dépendent nettement moins des conditions météorologiques.
Les touristes se disputent alors les rares transats restants. Sur la plupart des plages italiennes, il faut compter entre 30 et 50 euros par jour – ce qui favorise l’émergence d’une société à deux vitesses. Les lidos bon marché n’augmentent leurs tarifs que modérément. En revanche, les prix grimpent en flèche dans les clubs de plage haut de gamme. Dans les établissements les plus prestigieux des Pouilles, il faut parfois débourser plus de 1000 euros par jour en haute saison.
La réforme européenne des plages contribue notamment à cette hausse des prix: d’ici juin 2027 au plus tard, l’Italie devra remettre en adjudication toutes les concessions balnéaires existantes, sous la pression de l’Union européenne, afin de favoriser la concurrence. Environ 30'000 exploitants de «lido» italiens sont concernés – et donc des entreprises familiales qui gèrent ces plages payantes depuis des décennies.