Donald Trump est-il sur le point de lancer une offensive? Ou s’agit-il d'un bluff de plus? Dans un brouillard informationnel ambiant, la question, cruciale, terrifie. Sa réponse pourrait sceller le destin d’une région entière.
Alors que le monde entier s'indigne de la mort d'un citoyen américain abattu par l'ICE au Minnesota, l'opinion publique prend progressivement conscience du massacre perpétré par les dirigeants islamiques iraniens dans le cadre de leur répression du mouvement de libération.
Selon des estimations actuelles, non confirmées, plus de 30'000 manifestants ont été tués en seulement deux jours, après la coupure d'Internet le 8 janvier. Certaines sources font état de chiffres bien plus élevés. L'ordre aurait été donné directement par le Guide suprême Ali Khamenei; Ali Larijani, secrétaire du Conseil de sécurité nationale, est soupçonné d'être le cerveau de ce carnage. Sa fille vit aux Etats-Unis où elle travaillait comme professeure adjointe dans une université. La semaine dernière, elle a été licenciée. Parallèlement, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a annoncé la révocation des visas des enfants de responsables du régime iranien, dont un nombre important est attiré par les Etats-Unis.
Des mosquées en feu
Les événements des 8 et 9 janvier en Iran constituent sans doute la répression la plus sanglante d'une manifestation depuis la Seconde Guerre mondiale. La comparaison avec d'autres crimes historiques révèle l'ampleur effroyable de ces atrocités: le massacre de la Saint-Barthélemy, perpétré contre les protestants français à Paris en 1572, aurait fait environ 3000 victimes. Lors du génocide de Srebrenica en 1995, près de 8000 hommes bosniaques ont été assassinés. Selon les chiffres israéliens, 71'000 personnes ont péri durant les trois années de guerre à Gaza. Le quotidien britannique «The Telegraph» a déjà établi un parallèle entre le massacre perpétré par les mollahs et celui de Babi Yar, où les nazis ont assassiné 33'771 Juifs en deux jours près de Kiev en 1941.
Les événements en Iran ne rentrent dans aucune grille de lecture occidentale. Des décennies d'oppression par les religieux chiites et leurs sbires, d'endoctrinement d'Etat contre Israël et les Etats-Unis, d'oppression des femmes et de corruption alimentée par le pétrole ont conduit l'opposition iranienne à se retourner contre le pouvoir religieux, à plaider pour une libéralisation de la société et à s'opposer au soutien des mollahs aux milices terroristes des pays voisins. Lors des manifestations, des mosquées ont été incendiées. Il s'agit d'un phénomène inédit dans les pays musulmans.
On aperçoit parfois des drapeaux israéliens lors des manifestations de la diaspora, car beaucoup n'ont pas oublié Benjamin Netanyahu. C'est le seul chef d'Etat en exercice au monde à avoir toujours milité pour un changement de régime à Téhéran et à régulièrement s'adresser au peuple iranien en persan.
Guterres, le visage de l'apaisement
La crise met aussi en lumière, de façon impitoyable, l'insignifiance stratégique de l'Europe dans la région. Personne, dans les rues de Téhéran, n’invoque Ursula von der Leyen ou Emmanuel Macron. La désignation des Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste par l'UE constitue une avancée importante, mais qui aurait pu être obtenue bien plus tôt. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, qui incarne symboliquement la trop longue période d'apaisement envers la dictature iranienne, est totalement discrédité.
Tout cela explique aussi pourquoi certains Occidentaux participant aux manifestations pour la Palestine ou le Kurdistan éprouvent parfois des difficultés à afficher leur solidarité avec l'Iran. Les médias internationaux semblent également dépassés, nombre d'entre eux paraissent ne saisir que progressivement l'événement et sa portée. En Grande-Bretagne, la BBC a été critiquée pour sa couverture très prudente des événements. Quant aux figures de la gauche traditionnelle, qui manifestent habituellement leur solidarité avec Gaza ou le Kurdistan, elles restent étrangement silencieuses.
Parmi les défenseurs du mouvement pour la liberté sur les réseaux sociaux, on trouve plutôt un groupe hétéroclite de personnalités, comme John Cleese, fondateur des Monty Python, Richard Branson, milliardaire à la tête de Virgin, et Rowan Atkinson, l'acteur interprète de «Mr. Bean».
Un peuple qui souhaite la guerre?
Ce qui rend l'affaire particulièrement compliquée, c'est le rôle de Donald Trump: tant dans le pays lui-même que parmi de nombreux expatriés iraniens, beaucoup misent sur le président américain. Cela rend la situation d'autant plus difficile à évaluer: alors que Trump subit des pressions dans son pays en raison des agissements dangereux de ses agents de l'ICE, que le monde s'interroge sur les documents Epstein récemment publiés et que l'inquiétude générale envers la démocratie américaine grandit, le républicain est perçu comme une lueur d'espoir par de nombreux Iraniens exilés et une partie de l'opposition. Un certain nombre d'entre eux souhaitent ouvertement une intervention militaire américaine. Après le Vietnam, l'Irak et les interventions en Amérique latine, il s'agit là aussi d'une caractéristique marquante de cette affaire.
Un peuple qui souhaite la guerre? Cela ne correspond pas non plus au modèle d'anticolonialisme empreint de pacifisme qui prévaut dans certains cercles qui scandent «Free Palestine» ou «From the River to the Sea» tous les week-ends.
Trump a endossé ce rôle lui-même: au début des manifestations, il a encouragé les jeunes dans les rues de Téhéran et d’autres villes à poursuivre leur lutte, leur promettant de l’aide. Or, cette aide n’est toujours pas arrivée. Entrera-t-il dans l’histoire comme celui qui a trahi la jeunesse iranienne dans son combat contre l’oppression islamique?
Un calme fantomatique dans le Golfe
L'entourage de Trump dément ces allégations – et de fait, l'arsenal militaire américain déployé dans le golfe Persique s'accroît chaque jour. La puissance militaire concentrée des Etats-Unis est prête à frapper au large des côtes iraniennes. De plus en plus d'informations font état de transferts de fonds à l'étranger effectués par des membres de l'appareil théocratique. Le régime chiite se trouve dans une impasse tactique: il ne peut accepter les exigences de Trump, telles que le retrait du soutien de ses alliés dans la région et l'arrêt de son programme de missiles. Une guerre, en revanche, pourrait être existentielle pour le régime. Ce dernier est voué à une escalade du conflit.
En coulisses, l'activité est frénétique, tandis qu'au grand jour règne un calme inquiétant. Est-ce le calme avant le premier coup de feu, ou une simple guerre des nerfs qui aboutira à un étrange «accord» avec la dictature? Pour Trump, sous le feu des critiques intérieures, perdre la face au Moyen-Orient est impensable. Si une frappe militaire est évitée, le régime meurtrier célébrera sa victoire. Il en va de même pour une attaque qui n'infligerait que des dommages limités aux ayatollahs. Trump s'est placé dans une situation qui le contraint à réussir.