«Ne nous emmenez pas à l'hôpital!»
Coffre de voiture, planques: les Iraniens soignés en secret pour fuir les arrestations

La répression en Iran a fait des milliers de morts et de blessés depuis décembre. Par peur des arrestations, des manifestants blessés évitent les hôpitaux et se font clandestinement soigner.
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Les manifestations populaires fortement réprimées par le régime en Iran ont fait des milliers de morts et davantage de blessés.
Photo: Getty Images
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

La répression qui s'abat brutalement sur la population iranienne balaye tout sur son passage, depuis le début des manifestations en décembre 2025. Malgré la difficulté d'établir des chiffres précis en raison du blackout, de nouveaux bilans terrifiants estiment le nombre de morts à près de 6000 personnes, selon Human Rights Activists News Agency (HRANA). Un chiffre qui pourrait, en réalité, s'avérer bien plus élevé, alertent les ONG. 

Au milieu de ce bain de sang, des milliers de blessés tentent de fuir la violence de la République islamique, qui recourt à la force pour étouffer la contestation populaire. Parmi eux, des Iraniens et Iraniennes luttant pour leur vie, en besoin urgent de soins, évitent les hôpitaux, par crainte de se faire arrêter par les autorités. Touchés par balle, mutilés, se vidant de leur sang, ils choisissent de se faire soigner clandestinement pour se protéger du régime, quitte à risquer leur vie, selon des informations de la BBC publiées mercredi 28 janvier. 

Portes cachées et coffres de voiture

Ils se cachent chez les voisins, se terrent dans des coffres de voiture ou se faufilent par des portes dérobées des hôpitaux. Au moins 11'000 manifestants ont été grièvement blessés durant la violente répression du gouvernement iranien au cours du mois de janvier. Mais pour certains, pas question d'aller à l'hôpital. 

Dans les ruelles quadrillées par les forces de l'ordre, des manifestants trouvent refuge en frappant à la porte des habitants qui veulent bien les accueillir, souvent dans un état critique. Ils optent pour des soins clandestins, en sollicitant des médecins de leur entourage, qui les soignent secrètement à domicile avec les moyens du bord, à l'abri des regards.

Les hôpitaux sous la loupe

Pour cause, les forces de sécurité sont omniprésentes. Y compris dans les hôpitaux. Selon le média britannique, des patients auraient été enlevés dans plusieurs établissements de santé et n’auraient plus jamais été revus.

Les dossiers médicaux sont scrutés à la loupe par le régime, afin d'identifier les manifestants blessés. Mais sans dossier médical et numéro d'identification, impossible de se faire rembourser par une assurance. 

Un personnel soignant solidaire

La solidarité ne s'exprime pas seulement dans la rue. Dans certains hôpitaux aussi, le personnel soignant s'efforce d'aider tant bien que mal les blessés. A Téhéran, certains infirmiers font passer les patients par des monte-charges secrets vers des blocs opératoires isolés, alors que des médecins évitent de mentionner les blessures par balle dans les dossiers médicaux, étroitement surveillés par les forces de sécurité.

Les professionnels de la santé témoignent de centaines d’heures d’opérations réalisées à la chaîne, dans des hôpitaux bondés et maculés de sang. Des milliers de jeunes sont atteints aux organes vitaux, amputés ou criblés de balles. Face à l'horreur et à la détresse, certains soignent de manière bénévole à domicile, hors des structures hospitalières officielles.

Les médecins en danger

Mais la résilience des médecins a un prix. En portant secours aux manifestants extra-muros, le personnel soignant risque gros et met sa propre vie en danger pour sauver celle des autres. Des organisations de défense des droits humains ont assuré que les médecins et autres soignants ayant aidé les manifestants sont eux-mêmes pris pour cible par les autorités.

L'organisation Iran Human Rights (IHR) a déclaré la semaine dernière qu'au moins cinq médecins et un secouriste bénévole avaient été arrêtés. Un chirurgien de la ville de Qazvin, dans le nord du pays, aurait également été battu à son domicile avant d'être à son tour appréhendé. Il serait accusé de moharebeh, soit d'«inimitié envers Dieu», un délit passible de la peine de mort en vertu de la loi iranienne.

Un bilan extrêmement lourd

Selon Human Rights Activists News Agency, au moins 41'183 personnes ont été arrêtées en Iran depuis le début des manifestations. Quant aux décès confirmés, l'ONG fait état de 5848 personnes tuées, dont 5520 manifestants, 77 mineurs, 209 membres des forces de sécurité et 42 passants. En réalité, le bilan humain pourrait s'avérer bien plus lourd. L'organisation examine actuellement 17'091 autres décès potentiels.

Un bilan glacial, dont la vérification reste extrêmement complexe en raison de la coupure d’Internet instaurée le 8 janvier par le régime, désormais partiellement rétablie, mais toujours filtrée et instable. Dans ce chaos, les Iraniens et Iraniennes qui ont échappé à la mort de justesse s'accrochent à la liberté qu'ils revendiquent haut et fort, après plus de 40 ans d'oppression. 

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