Codes, conversations effacées
Après l'attaque des USA, les tactiques secrètes des Vénézuéliens pour fuir la répression

Depuis l’état d’urgence décrété après l’attaque américaine à Caracas, les contrôles policiers se multiplient. Téléphones fouillés, intimidations et peur du quotidien s’installent chez les civils.
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Au Venezuela, de nombreux habitants adoptent des tactiques d'évitement face aux contrôles policiers intrusifs.
Photo: AFP
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

La répression contre la dissidence citoyenne n'est pas nouvelle au Venezuela. Les contrôles de «routine» et les fouilles téléphoniques font depuis longtemps de la vie des civils un cauchemar, y compris avant la chute de Nicolás Maduro. 

Mais depuis l'attaque américaine contre Caracas le 3 janvier et la capture du président vénézuélien, qui ont engendré la proclamation de l'état d'urgence, les autorités ont intensifié les contrôles dans le pays, selon des informations de CNN publiées le mercredi 28 janvier. Ces mesures ont créé une atmosphère de peur constante chez certains habitants, qui n'osent plus sortir de chez eux et doivent désormais développer des stratégies afin de se protéger en cas de contrôles.

Si l'insécurité juridique était déjà de mise dans ce pays dirigé par un gouvernement autoritaire, elle l'est encore davantage depuis le décret d'urgence. Ce texte, qui autorise des «mesures exceptionnelles», ne précise ni leur portée ni les garanties apportées aux libertés individuelles. Des libertés totalement bafouées estiment de nombreux citoyens, alors même que la Constitution vénézuélienne protège explicitement le secret des communications privées. 

La traque des critiques politiques

La plus grande crainte des autorités? L'émergence d'une dissidence antigouvernementale. Tout citoyen qui ne partagerait pas les opinions de l'Etat ou appartiendrait à l'opposition est une cible potentielle. Pour ce faire, les forces de l'ordre usent de techniques d'intimidation et de contrôles renforcés. Des témoignages décrivent une multiplication des barrages policiers à Caracas et dans d'autres régions du pays. 

Sur ces points de contrôle, fixes ou mobiles, les forces de sécurité arrêtent les automobilistes, inspectent leurs véhicules et consultent fréquemment le contenu de leurs téléphones. Conversations WhatsApp, réseaux sociaux, photos personnelles: tout est passé au crible, les policiers traquant le moindre indice à caractère politique susceptible de trahir une opinion opposée au gouvernement.

Sous pression, les citoyens arrêtés évoquent des interrogatoires insistants, de fouilles qui durent des heures... et des contrôles qui se soldent souvent par un billet glissé dans la main des policiers dans l'espoir de pouvoir s'en aller. Ces contrôles peuvent également s'appliquer aux touristes ou à toute personne qui souhaite entrer sur le territoire vénézuélien, y compris à l'aéroport.

Tactiques pour sortir de chez soi

«Supprime les messages»; «Ne parle pas politique.» Au Venezuela, ces consignes circulent désormais dans les familles et les groupes WhatsApp. Face à cette insécurité croissante dans un climat politique particulièrement tendu, de nombreux Vénézuéliens adoptent des stratégies pour échapper aux contrôles policiers ou limiter les risques d'arrestations. 

Langage codé, suppression régulière de messages, cryptage des conversations, départ de groupes WhatsApp ou refus d'aborder la politique font désormais partie du quotidien des personnes critiques envers le gouvernement. Certains n'osent même plus parler politique en privé et redoutent de devoir évoquer leur profession ou leurs opinions politiques lors de contrôles susceptibles de dégénérer en intimidation, extorsion ou détention arbitraire.

Situation toujours floue

La situation politique demeure floue au Venezuela. Tandis que le président américain Donald Trump affirme «diriger» le pays, l’ancienne vice-présidente Delcy Rodríguez s’est depuis proclamée présidente par intérim, sans pour autant annoncer la tenue de nouvelles élections.

Après la capture de Nicolás Maduro, appelé à être jugé à New York en mars, les citoyens font toujours les frais d'une économie instable, avec des prix qui fluctuent quotidiennement. Et un avenir complètement incertain.

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