Israël a affirmé mardi avoir tué Ali Larijani, puissant chef de la sécurité en Iran, considéré comme l'un des dirigeants les plus influents de la République islamique et l'un des stratèges de la guerre au Moyen-Orient, provoquée fin février par une attaque israélo-américaine. Au 18e jour du conflit, les cours du pétrole américain et de mer du Nord continuaient d'augmenter d'environ 3%, face à la dégradation des installations énergétiques du Golfe et le blocage du très stratégique détroit d'Ormuz.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé dans un message vidéo «l'élimination» d'Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale, et du général Gholamréza Soleimani, commandant de la milice du Bassidj. Ali Larijani était «le dirigeant de facto du régime iranien, surtout depuis deux semaines», selon un responsable militaire israélien sous couvert d'anonymat. «Mais même avant cela, il était considéré comme celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles».
Bravant le danger, il était apparu publiquement vendredi à un rassemblement à Téhéran. «Le problème de (Donald) Trump, c'est qu'il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée», avait-il déclaré à la télévision d'Etat. Téhéran n'a pas immédiatement réagi à l'annonce de sa mort. Peu avant celle-ci, les comptes officiels sur les réseaux sociaux du haut dirigeant ont publié une note manuscrite non datée. Le texte rend hommage à des 84 soldats décédés sur une frégate qui avait coulé par les Etats-Unis, le 4 mars au large du Sri Lanka.
Une longue liste de dirigeants visés
Au premier jour de la guerre le 28 février, les frappes israélo-américaines avaient déjà tué plusieurs personnalités de l'appareil militaire et politique iranien, dont le guide suprême Ali Khamenei, depuis remplacé par son fils Mojtaba. Mais ce dernier, décrit comme blessé, n'est toujours pas apparu en public et la télévision iranienne s'est contentée de lire un texte qui lui a été attribué. «On ne sait pas (...) s'il est mort ou pas», a estimé Donald Trump lundi.
Lui aussi abattu, le général Soleimani dirigeait pour sa part le Bassidj, une milice qui recrute essentiellement dans la jeunesse et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société iranienne. Un responsable militaire israélien a par ailleurs affirmé que l'armée avait visé l'un des principaux chefs du Jihad islamique palestinien, Akram Al-Ajouri, qui séjournait selon lui en Iran. L'efficacité de la frappe n'a pas encore été établie.
Une nouvelle fois, le Premier ministre israélien a exhorté les Iraniens à renverser la République islamique, un de ses objectifs dans la guerre. «Nous ébranlons ce régime dans l'espoir de donner au peuple iranien une chance de s'en débarrasser [...] Si nous persévérons, nous leur donnerons l'occasion de prendre leur destin en main», a déclaré Benjamin Netanyahu.
L'Irak aspiré à son tour
Dans le même temps, le conflit s'est poursuivi aux quatre coins du Moyen-Orient. A Bagdad, quatre personnes ont été tuées dans un quartier huppé qui, selon une source issue des groupes armés pro-Téhéran, hébergeait des conseillers iraniens. L'ambassade des Etats-Unis a été attaquée deux fois.
L'Irak est ainsi aspiré par un conflit qu'il voulait éviter à tout prix: les groupes pro-iraniens revendiquent quotidiennement des attaques de drone contre des intérêts américains ou des sites pétroliers, et sont visés en retour par des frappes américaines ou israéliennes. La guerre «menace de réduire à néant deux décennies d'efforts (...) pour établir un Irak pleinement souverain, politiquement uni, économiquement sûr et réintégré au sein du monde arabe», note le Soufan Center à New York, spécialiste des questions de sécurité.
Les frappes se sont aussi poursuivies dans le Golfe. Depuis Abou Dhabi, où une personne a été tuée par des débris de missile, jusqu'aux Emirats arabes unis, dont la zone industrielle pétrolière de Fujaïrah (est) a été une nouvelle fois visée.
L'Iran a tiré au total plus de 1900 missiles et drones sur les Emirats, plus que tout autre pays ciblé par Téhéran. La République islamique prend notamment pour cible des infrastructures civiles - monuments, aéroports, ports et installations pétrolières, afin de rendre insupportable le coût de la guerre. Elle contrôle de facto le détroit d'Ormuz, par lequel circule quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.
Quant au Liban, des avions israéliens ont bombardé des quartiers de la banlieue sud de la capitale, selon l'agence officielle Ani. Le Hezbollah pro-iranien a affirmé en retour avoir attaqué des soldats et des chars israéliens dans le sud du pays, près de la frontière avec Israël. L'armée libanaise a fait état d'un soldat tué et quatre autres blessés.
Trump surpris par l'Iran
A Washington, Donald Trump ne cache pas sa frustration face aux réticences de ses alliés à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz. «Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous (...) avec beaucoup d'enthousiasme», a-t-il déclaré. Il a admis être surpris par la réponse militaire iranienne. «Nous avons été choqués», a-t-il affirmé. «Personne ne pensait qu'ils allaient frapper» dans le Golfe.
Le président américain espère notamment l'aide des pays de l'Otan. Mais l'Allemagne et la Grande-Bretagne excluent une opération de l'Alliance atlantique dans le détroit, tandis que Japon et Australie, alliés historiques des Etats-Unis, ont écarté l'envoi de navires de guerre. Mardi, Pékin s'est gardé de revenir sur le sujet, mais a annoncé l'envoi d'aide humanitaire à l'Iran, la Jordanie, le Liban et l'Irak, regrettant que la guerre ait «entraîné une grave catastrophe humanitaire pour les populations».