«Je ne le supporte plus»
Des Iraniens boycottent les funérailles d'Ali Khamenei à Téhéran

Alors que l’Iran prépare les funérailles d’Ali Khamenei samedi, de nombreux habitants de Téhéran quittent la ville. Entre inflation galopante et méfiance envers les autorités, la cérémonie divise profondément.
Des responsables locaux et étrangers devant les cercueils d'Ali Khamenei, à la Grande Mosquée de Téhéran, le 3 juillet 2026.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Ils craignent pour leur sécurité, ne veulent pas participer à des cérémonies en grande pompe alors que l'économie est à terre ou ne se sentent pas concernés: des Iraniens expliquent pourquoi ils ne participeront pas aux obsèques d'Ali Khamenei.

Si les autorités disent attendre de 15 à 20 millions de personnes au cours des prochains jours décrétés fériés à Téhéran, de nombreux habitants préfèrent quitter la capitale dans un contexte tendu de fragile cessez-le-feu irano-américain, et six mois après une vague de contestation réprimée dans le sang.

Voici des témoignages recueillis par l'AFP depuis Paris, au moment où l'Iran se prépare aux funérailles samedi de l'ex-guide suprême, quatre mois après sa mort dans une frappe au début de la guerre.

Azadeh voit Téhéran se vider

«Beaucoup de Téhéranais fuient pour échapper à la foule et aux cérémonies. La ville est inhabituellement calme», raconte Azadeh, 43 ans, traductrice à Téhéran, alors que les routes sont très chargées au départ de la capitale.

«Je ne sais pas qui est censé composer les '15 millions' de participants dont ils parlent. Les gens disent que des fonctionnaires et même des écoliers arriveront par bus samedi. Les enfants m'inquiètent le plus, j'espère qu'ils ne seront pas écrasés dans la foule».

Saied étouffé par l'ambiance

«Je m'en vais aussi, car rester en ville est devenu vraiment difficile. L'atmosphère est tendue», témoigne Saeid, 29 ans, qui travaille dans les nouvelles technologies.

«Beaucoup de rues sont fermées, les postes de contrôle nocturnes sont de retour et la capitale est remplie de forces de sécurité et de personnes en tenue religieuse conservatrice. C'est déconcertant, je ne le supporte plus», ajoute-t-il, doutant des chiffres avancés par le pouvoir. «A mon avis, ils arriveront peut-être à rassembler quatre ou cinq millions de partisans, puis les médias d'Etat prétendront qu'il y en avait 20 millions».

Ali: «D'où vient cet argent?»

«Le gouvernement affirme avoir prévu nourriture, boissons, hébergement et d'autres services pour 15 millions de participants», souligne Ali, 49 ans, qui vit à Tonekabon, sur les bords de la mer Caspienne. «Mais d'où vient cet argent? Rien que ces derniers jours, le prix du pain et certains produits de base a visiblement encore augmenté d'environ 30%», ajoute-t-il, dans un pays frappé par une inflation galopante.

«L'argent consacré à ce spectacle provient des poches de celles et ceux qui n'ont pas les moyens de se payer du pain, des médicaments, un loyer ou des soins médicaux», a comme en écho fustigé sur ses réseaux sociaux Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003. «La République islamique prétend manquer de ressources pour améliorer la vie des gens, mais semble toujours trouver un budget» pour ce type de cérémonies, a ajouté cette avocate iranienne qui vit en exil.

Pour Kaveh, de la propagande pour un «dictateur»

Kaveh, artiste visuel de 38 ans, déplore lui aussi les sommes dépensées pour une «cérémonie qui n'apporte rien aux gens lambda, si ce n'est de la frustration».

«Aucune de ces prétendues infrastructures – tentes temporaires, toilettes mobiles, internet d'urgence, nourriture ... – n'a jamais été correctement mise à disposition des Iraniens lors de crises comme des séismes ou inondations. Et là, dans une économie dévastée, post-guerre, ils dépensent l'argent de ces mêmes gens pour une cérémonie extravagante et coûteuse en l'honneur d'un dictateur. C'est rien d'autre qu'un vol d'argent public et de la propagande», dit-il.

«Des vies en danger»: Effat inquiète

D'autres, comme Effat, femme au foyer de 67 ans à Machhad (nord-est), redoutent qu'une «mauvaise organisation puisse mettre des vies en danger». «Je crains aussi des violences ou une attaque terroriste destinée à attirer l'attention internationale. Quand ce genre de tragédie survient, les autorités s'empressent de rejeter la faute sur des acteurs étrangers comme Israël ou l'opposition avant même que les faits soient clairement établis», poursuit-elle.

Elnaz dans la «bulle» des pas concernés

Elnaz, peintre de 32 ans à Téhéran, ne se sent lui «pas concerné»: «Pour des gens comme nous (...) pas religieux, sans lien avec le gouvernement, le fait que Khamenei soit en vie ou non ne change rien à notre quotidien», dit-il.

«Depuis des années, on a l'impression que les gens ordinaires et les pro-gouvernement vivent dans deux bulles distinctes dans le même pays. Cette cérémonie n'est pas différente des autres événements étatiques ou religieux qui ne mobilisent qu'une minorité de la société iranienne», ajoute-t-il.


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