La police indienne a eu recours à une force excessive contre le mouvement de contestation étudiante qui a conduit, le mois dernier, à la démission du ministre de l'Education, a affirmé lundi Amnesty International. Ce rapport de l'organisation de défense des droits humains conteste la version de la police, qui assure n'avoir eu recours à la force qu'après des violences commises par les manifestants.
Le document est publié après la décision, jeudi, de la Cour suprême de créer une commission d'enquête sur les violences imputées à la fois aux forces de l'ordre et aux protestataires. Le 20 juillet, une manifestation dans la capitale a dégénéré lorsque des milliers d'étudiants ont tenté de marcher vers le Parlement.
La fronde, menée par le «Parti du peuple des cafards» (CJP), le plus important mouvement de contestation depuis la réélection de Narendra Modi en 2024, réclamait la démission du ministre de l'Education, Dharmendra Pradhan, à la suite de fuites lors d'examens avant de s'élargir à d'autres revendications, dont le manque de perspectives d'avenir pour les jeunes, même diplômés.
Des tirs de plombs dans le viseur
Selon Amnesty International, des témoignages et des preuves visuelles authentifiés confirment l'usage de «fusils à pompe avec des plombs, de lanceurs de gaz lacrymogènes, de grenades, de matraques et de dispositifs à décharge électrique» à Delhi et dans l'Etat du Bihar, dans l'est de l'Inde. L'organisation affirme avoir vérifié deux cas, dans l'Etat du Bihar, où un policier a eu recours à un «usage illégal de la force létale contre la foule». Aucun décès n'a toutefois été signalé.
«Les armes ont été utilisées d'une manière contraire au droit international, aux normes internationales et aux directives». Si Amnesty relève que des manifestants se sont livrés à des actes isolés de jets de pierres, elle estime que la «réponse brutale» des autorités relevait d'une «violence d'Etat dissimulée sous couvert de maintien de l'ordre».
La police de Delhi a assuré au contraire, la semaine dernière devant la Cour suprême, n'avoir eu recours à la force qu'en réponse à des «actes de violence» commis par des manifestants. Des éléments antisociaux «se faisant passer pour des étudiants lésés» ont infligé de «graves blessures» aux forces de sécurité, selon elle.
Vendredi, le chef de l'opposition Rahul Gandhi a organisé un sit-in devant un commissariat de Delhi aux côtés d'un manifestant de 19 ans qui dit avoir été blessé par des plombs lors de la manifestation du 20 juillet. Rahul Gandhi a exigé l'ouverture d'une enquête policière sur les tirs et une plainte a été enregistrée.