A la suite de l'épidémie d'hantavirus sur un bateau de croisière, plusieurs Européens, dont un Suisse, sont hospitalisés. Cette vague d'infections, encore limitée à ce stade, intrigue car les personnes touchées ont été contaminées par la variante Andes, présente principalement en Amérique du Sud. Elle fait partie des rares souches d'hantavirus pour lesquelles une transmission interhumaine a été démontrée.
Pour certains, la pandémie de coronavirus ravivera de mauvais souvenirs. Mais dans quelle mesure ces deux agents pathogènes sont-ils comparables?
Quels sont les points communs entre le Covid et l'hantavirus?
Les deux virus peuvent provoquer des maladies respiratoires graves, voire mortelles. Dans les deux cas, l'infection débute par des symptômes proches de ceux de la grippe, comme la fièvre, la fatigue, les maux de tête ou les douleurs musculaires. Tous deux ont également été transmis à l'humain par des animaux.
Quelle est la différence dans la contagion?
«On contracte généralement l'infection en respirant des aérosols contaminés par l'urine et les excréments de rats», explique l'épidémiologiste Paul Hunter dans un entretien accordé à Blick au sujet de l'hantavirus. «Le scénario typique survient lors du nettoyage d'endroits fréquentés par des rats. Les excréments séchés et l'urine sont alors projetés dans l'air et peuvent être inhalés», ajoute-t-il. Autrement dit, la transmission des deux virus passe principalement par des aérosols.
Mais le coronavirus se transmet très efficacement d'humain à humain, alors que ce type de contamination reste rare pour l'hantavirus, qui se propage surtout de l'animal à l'humain.
Le coronavirus présente aussi une forte contagiosité avant l'apparition des symptômes et durant les cinq premiers jours de maladie. Concernant le virus andin, aucun consensus scientifique n'existe encore sur la période de transmission.
Quelles sont les différences de traitement?
Pour l'hantavirus, il n'existe aucun traitement spécifique, seulement des soins de soutien, explique l'expert Paul Hunter. En cas d'insuffisance rénale, une dialyse peut être nécessaire, tandis qu'une assistance respiratoire peut être mise en place lors de complications pulmonaires. La situation diffère en partie pour le coronavirus.
En cas d'infection légère, le paracétamol et le sirop contre la toux suffisent généralement. Mais chez les patients à risque, des médicaments comme le Paxlovid ou le Remdesivir, qui freinent la multiplication du Sars-CoV-2, peuvent être administrés. Contrairement à l'hantavirus, un vaccin existe également contre le coronavirus.
Quel est le virus le plus dangereux?
Le taux de mortalité atteint 30 à 40% dans les formes graves de l'hantavirus, souvent associées à des complications pulmonaires, rénales ou cardiaques, explique le médecin tropical allemand Jonas Schmidt-Chanasit dans un podcast de Deutschlandfunk. Ce taux reste nettement supérieur à celui du coronavirus. Selon les données de l'OMS, la mortalité du Sars-CoV-2 s'élève à 0,9% des cas confirmés.
L'épidémiologiste Paul Hunter évoque aussi un facteur qui pourrait avoir joué un rôle dans les décès survenus sur le bateau de croisière: «Les croisières accueillent souvent une majorité de personnes âgées, davantage exposées aux formes graves.»
Pour se protéger, il est essentiel de redoubler de prudence lors d'activités impliquant de possibles traces d'urine ou d'excréments de rongeurs. «Il est aussi recommandé de porter un masque, par exemple un FFP2 comme à l'époque du Covid», explique l'infectiologue autrichien Robert Krause à SRF. Il recommande également de bien aérer les pièces et de se laver soigneusement les mains, surtout dans les espaces fermés.
Quelle est la probabilité d'une pandémie d'hantavirus?
Les experts se montrent très clairs sur ce point: une pandémie d'hantavirus est jugée hautement improbable. «Le virus peut être facilement maîtrisé si les bonnes mesures sont prises. Nous connaissons ce virus et savons comment réagir», rassure par exemple la virologue Chantal Reusken, de l'Institut néerlandais de la santé publique et de l'environnement (RIVM), auprès de la chaîne NOS.
L'expert allemand Jörg Latus, spécialiste de l'hantavirus, se veut lui aussi rassurant dans un entretien accordé à «Bild». Il répond «clairement non» au scénario d'une pandémie et estime qu'il ne faut «absolument pas s'inquiéter».