Tournant dans la guerre?
Zelensky face à un cruel dilemme avec deux soldats nord-coréens

Le sort de deux prisonniers de guerre nord-coréens pourrait avoir une incidence sur la guerre en Ukraine. Zelensky est confronté à l'un des dilemmes les plus difficiles depuis le début de la guerre.
Kim Jong Un ne verrait pas d'un très bon œil que ses soldats soient livrés à son ennemi juré.
Photo: AFP
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Samuel Schumacher

Le destin a été clément avec le soldat Ri et son camarade. A ce jour, ils sont les deux seuls parmi les plus de 14'000 Nord-Coréens au service de Poutine à avoir été capturés par l’Ukraine. Plus de 7000 de leurs camarades ont trouvé la mort au combat. Beaucoup se seraient suicidés – comme on le leur avait martelé pendant leur entraînement – pour ne pas tomber vivants entre les mains de l'ennemi.

Ri et son ami peuvent désormais espérer ce qui ressemble, pour deux Nord-Coréens, au meilleur scénario possible: rejoindre la Corée du Sud. Les ministres des Affaires étrangères ukrainien et sud-coréen se réunissent ce mercredi à Séoul pour discuter de leur sort. La Corée du Sud souhaite les accueillir, ce qui place Volodymyr Zelensky face à un délicat dilemme.

«Nous aimerions aller en Corée du Sud»

Peu après leur capture, Ri et son camarade ont indiqué dans une lettre qu’ils craignaient de retourner sous le régime de Kim Jong-un. Les experts de la Corée du Nord estiment eux aussi qu’ils risquent d’être torturés. En Corée du Nord, toute personne capturée vivante en temps de guerre est considérée comme un traître.

La Corée du Sud, en revanche, stipule dans sa Constitution que tous les habitants de la péninsule coréenne, y compris les quelque 27 millions de Nord-Coréens, font partie de la nation coréenne. C’est également l’avis de Ri et de son camarade d’armes: «Nous considérerons les Sud-Coréens comme nos parents et nos frères. Nous aimerions aller en Corée du Sud», écrivent-ils.

Même Zelensky a de la compassion

Séoul les accueillerait volontiers, notamment parce qu’ils pourraient détenir des informations précieuses sur l’armée nord-coréenne. Pour Kim Jong-un, l’idée que deux compatriotes fassent défection de leur plein gré chez le voisin du Sud serait un camouflet.

Vladimir Poutine veut épargner cette humiliation à son compagnon d’armes Kim Jong-un – notamment parce qu’il continue d’espérer obtenir des soldats nord-coréens et des conteneurs de munitions. C’est pourquoi la Russie insiste pour que les deux Nord-Coréens soient transférés à Moscou dans le cadre d’un échange de prisonniers. De là, leur voyage se poursuivrait probablement directement vers Pyongyang.

La Convention de Genève interdit toutefois l’extradition de prisonniers de guerre vers des Etats où ils risquent d’être torturés. Zelensky le sait. Et il s’est exprimé à plusieurs reprises, presque avec compassion, au sujet des combattants nord-coréens. «Il nous est difficile de les capturer, car leurs propres compatriotes les exécutent avant que nous ne puissions le faire. Les Russes les envoient en missions suicides avec un équipement minimal», avait-il déjà déclaré en décembre 2024.

En procédant à un transfert vers la Corée du Sud, Zelensky pourrait faire un geste envers son partenaire de Séoul – et peut-être même renforcer la volonté de ce dernier de livrer enfin directement des armes à Kiev. Jusqu’à présent, la Corée du Sud ne l’a pas fait. Dans le même temps, Zelensky céderait une «monnaie d’échange» précieuse: en échange de Ri et de ses camarades, Poutine libérerait des prisonniers de guerre ukrainiens. Récemment, de tels accords ont même permis la libération de combattants de la brigade Azov, vénérée en Ukraine, qui avait défendu Marioupol et dont certains avaient enduré plus de quatre ans de captivité en Russie.

Le grand dilemme

Zelensky est donc confronté à un dilemme moral: doit-il laisser les Nord-Coréens se rendre à Séoul, les protéger de Kim-Jong Un et faire un geste politique envers la Corée du Sud? Ou doit-il les remettre à Poutine et ainsi ramener des prisonniers ukrainiens chez eux?

D’un point de vue stratégique, la réponse est relativement claire: l’objectif de l’Ukraine est de semer la discorde entre le dirigeant nord-coréen et Poutine. Si le principal allié des Russes sur le champ de bataille hésite à répondre à la prochaine demande du Kremlin visant à envoyer davantage de soldats, c’est une bonne chose pour Kiev. En remettant les deux Nord-Coréens à la Corée du Sud, Zelensky pourrait atteindre précisément cet objectif.

Mais ce choix aurait un coût: des prisonniers de guerre ukrainiens, que Kiev aurait pu échanger contre ces deux Nord-Coréens, risquent de rester dans les prisons russes. C’est le calcul douloureux auquel le président ukrainien se retrouve confronté.

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