L’ayatollah Ali Khamenei vit peut-être ses dernières heures. A 86 ans, le Guide suprême de la République islamique d’Iran a été à plusieurs reprises prévenu par Donald Trump: le pire peut lui arriver si son régime continue de refuser de céder aux demandes des Etats-Unis.
Ce vendredi 6 février, à Oman, un pays ami de l’Iran, et un point de passage crucial pour les échanges économiques du pays, d’ultimes pourparlers vont avoir lieu. Des émissaires américains discuteront directement avec leurs homologues iraniens, sans passer par la Suisse, qui représente de longue date les intérêts des Etats-Unis en Iran.
Le rapport de forces est évidemment inégal. L’armada aéronavale déployée par les Etats-Unis dans le Golfe arabo-persique peut, à tout moment, lancer des frappes de grande envergure contre le territoire iranien et contre les bastions du régime des mollahs. Et après ? La réalité est que Donald Trump n’a pas toutes les cartes en main, même avec l’appui de son allié israélien Benjamin Netanyahu, dont les services de renseignement connaissent de l’intérieur les méandres du pouvoir en Iran.
Quatre cibles des Etats-Unis
La première faiblesse de Trump, sur le dossier iranien, est la confusion de ses objectifs. Une guerre est plus simple à gagner lorsque celui qui attaque a une seule cible. Or, dans le cas de l’Iran, les Etats-Unis en ont quatre:
1. Démanteler pour de bon le programme nucléaire civil et militaire iranien.
2. Démanteler son programme balistique, qui permet à l’Iran de disposer d’un arsenal de missiles de longue portée capables de frapper Israël, voire l’Europe.
3. Couper le cordon ombilical entre l’Iran et ses alliés régionaux comme les Houthis chiites du Yémen, ou le Hezbollah chiite libanais.
4. Libérer les 90 millions d’Iraniens de la tyrannie de la République islamique, alors que ses forces de sécurité viennent de réprimer dans le sang le dernier mouvement de contestation, faisant plus de 30'000 morts selon les organisations de défense des droits de l’homme.
Quatre ouvertures pour les ayatollahs
Cette confusion des cibles ouvre au moins quatre fenêtres pour les ayatollahs, dont la diplomatie est une des meilleures du Moyen-Orient:
1. L’Iran peut proposer un «deal» sur le nucléaire qui inclurait la Russie, son alliée, en proposant à celle-ci d’héberger son uranium déjà enrichi au niveau militaire (on parle de 400 kilos). Cela enclencherait un long processus de prise en charge de cet uranium, et ouvrirait donc une nouvelle parenthèse diplomatique.
2. Téhéran peut proposer une inspection de ses sites nucléaires non détruits par les frappes israéliennes et américaines de juin 2025, durant la guerre des douze jours. Ce qui, là aussi, redémarrerait un cycle de négociations.
3. Les mollahs au pouvoir depuis 1979 peuvent entamer des discussions sur leur programme balistique, en liant leur éventuel renoncement à un desserrement de l’étreinte militaire américaine actuelle.
4. Le régime iranien peut proclamer une amnistie pour les manifestants arrêtés, sachant que ses forces de sécurité ont les moyens d’intervenir à nouveau.
Frapper qui et quoi?
L’autre scénario est celui de la force. Donald Trump pourrait passer à l’acte en frappant l’Iran dès ce vendredi, à l’issue des pourparlers à Oman. Mais pour frapper quoi? Le régime iranien, aussi déstabilisé soit-il par les manifestations de masse, s’est préparé à des frappes. L’histoire passée a montré que l’élimination physique de ses principaux commandants n’a pas entraîné un quelconque basculement. Plus grave. Trois ripostes pourraient vite avoir lieu:
1. L’utilisation de boucliers humains pour protéger les sites sensibles en Iran, en déployant des civils autour des casernes ou autres bunkers utilisés par le régime.
2. La reprise d’attentats-suicides, notamment en Irak et dans le Golfe Persique, où les Américains ont d’importantes bases militaires.
3. La destruction de plusieurs pétroliers dans le Golfe persique pour le fermer au trafic maritime, provoquant une nouvelle crise pétrolière.
Trois menaces
A cet arsenal s’ajoutent trois autres menaces que Trump ne peut pas dissiper, sauf si une partie du régime décide de conclure un «deal» avec les Etats-Unis. Ce qui reviendrait à un coup d’Etat, sous la pression militaire américaine. Ces trois menaces sont de taille.
1. La préparation, par les Gardiens de la révolution (colonne vertébrale sécuritaire et économique du régime), d’une résistance armée en Iran, qui plongerait le pays dans une guerre civile comparable à celle qu’ont connue l’Irak ou la Libye après les interventions occidentales de 2003 et 2011. Or Trump paierait politiquement très cher le prix de ce chaos, car son opinion publique n’en veut pas.
2. Une attaque massive de drones sur les navires américains, avec le risque de voir l’un d’entre eux couler, ce qui serait une humiliation publique pour Trump.
3. Une attaque ciblée sur deux des plus importantes ambassades américaines dans le monde, en termes d’effectifs: celle de Bagdad (Irak) et celle de Beyrouth (Liban).
Le scénario d’une attaque surprise qui décapiterait le régime des mollahs est, bien sûr, celui que préférerait le président américain. Mais aucune des options militaires disponibles ne permet aujourd’hui d’aboutir à cela. Les alliés arabes des Etats-Unis dans la région redoutent une onde de choc en cas de frappes. Israël est aussi en état d’alerte maximale. Résultat: les pourparlers avec les ayatollahs continuent…