Certains héros disparaissent dans l’ombre. D’autres s’imposent lorsque les projecteurs s’éteignent. L’Ukraine appartient à cette seconde catégorie. Dans les deux mois qui ont suivi le début de la guerre en Iran, elle a inversé la dynamique dans sa lutte pour la survie face à l’agression russe, malgré un contexte relégué à l’arrière-plan.
La prétendue deuxième armée la plus puissante du monde n’est pas vaincue. Mais pour la première fois depuis des années, l’Ukraine semble mettre ses bourreaux en réelle difficulté. Ce basculement ne tient pas seulement à la nouvelle stratégie de Kiev. Il s’explique aussi par des révélations récentes sur l’état des forces armées de Vladimir Poutine, qui inquiètent jusque parmi les patriotes russes les plus endurcis.
Le défilé militaire redouté
Dans l’empire de Poutine, ce ne sont plus seulement les observateurs qui tremblent, mais aussi les infrastructures pétrolières et gazières vitales. Rien qu’en mars, l’Ukraine a frappé plus de 7300 cibles en Russie à l’aide de missiles et de drones. Cela représente près de 1500 attaques réussies de plus que celles menées par Moscou contre l’Ukraine.
Il n’est donc pas surprenant que, comme le dit l’experte Alexandra Prokopenko, Moscou redoute le défilé militaire du 9 mai, Jour de la Victoire. Sur X, elle affirme que la parade se déroulera sans véhicules militaires et ne durera qu’une heure. Un revers humiliant pour Poutine.
L'ex-chef de la CIA ose un pronostic optimiste
Les frappes à longue distance compliquent de plus en plus les exportations de pétrole russe et le financement de la guerre. Le budget affiche un déficit de 47 milliards de francs sur les trois premiers mois de l’année, selon les chiffres officiels russes. Une situation complexe pour Moscou.
Parallèlement, de nouveaux équipements issus des laboratoires militaires ukrainiens arrivent progressivement sur le terrain. Cette année, le président Volodymyr Zelensky prévoit d’envoyer au front 50'000 véhicules sans pilote terrestre (UGV), allant de simples transports à des systèmes autonomes de défense. L’Ukraine a déjà investi 330 millions de dollars dans leur développement.
Récemment, la troisième brigade d’assaut a pris une position russe en utilisant uniquement des UGV et des drones. Des robots ont encerclé la zone. Un drone équipé d’un haut-parleur a ordonné aux soldats russes de se rendre. Un véhicule les a ensuite évacués. Aucun soldat ukrainien n’a été exposé. «La Russie n’a plus l’avantage dans cette guerre», a estimé l’ex-chef de la CIA David Petraeus, évoquant la montée en puissance de la guerre robotisée côté ukrainien.
L’objectif de cette stratégie est clair: préserver des vies humaines. L’Ukraine, comme la Russie, fait face à un manque de recrues. Près de 200'000 déserteurs ont quitté les rangs, tandis que deux millions d’hommes échapperaient à la mobilisation. L’usage croissant des robots pourrait réduire d’un tiers les besoins en soldats au front.
1180 Russes ont été tués ou blessés lundi
La Russie dispose aussi de robots, mais continue d’exposer massivement ses troupes. Selon Kiev, plus de 1,3 million de soldats russes ont été tués ou blessés depuis le début de la guerre il y a quatre ans. Rien que lundi, 1180 pertes humaines ont été enregistrées. Des conversations interceptées entre des soldats et leurs proches suggèrent que les blessés sont souvent laissés sans soins dans les tranchées, contraints de «tenir la position».
Faute d’effectifs, Poutine envoie désormais des spécialistes de chars combattre comme fantassins, avec des chances de survie très limitées. Dans le même temps, l’Ukraine enregistre un nombre record d’appels sur sa hotline «Je veux vivre», destinée aux soldats russes souhaitant se rendre. Environ 90 d’entre eux y recoureraient chaque semaine.
Pour dissimuler la situation sur le front, Moscou a restreint l’accès à la plateforme Telegram. Elle est progressivement remplacée par «MAX», un outil contrôlé par l’Etat, symbole d’un retour à des pratiques de censure post-soviétique.
Un ex-allié de Poutine dans les bras de Kiev
Sur le plan diplomatique aussi, le Kremlin s’isole. Alors qu’il reçoit le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghtchi, Poutine envoie son ministre de la Défense Andreï Belooussov en Corée du Nord. Des alliances loin des puissances influentes.
A l’inverse, l’Ukraine renforce ses partenariats, malgré des relations plus distantes avec les Etats-Unis. De nouveaux accords de production d’armes ont été conclus: Volodymyr Zelensky a récemment signé des contrats avec l’Arabie saoudite, la Pologne, la Norvège et l’Allemagne. Même Ilham Aliyev, président de la république d'Azerbaïdjan et ancien allié de Poutine, souhaite désormais coopérer avec Kiev dans l’armement. Un signal fort.
Mais la situation n'est pas un long fleuve tranquille. Dans le Donbass, les combats restent intenses. Dans le sud, les attaques russes ont augmenté de 60% la semaine dernière. Les frappes continuent de faire des victimes civiles chaque jour. Mais l’idée d’un effondrement de Kiev n’est plus d’actualité. A l’approche de la saison des offensives en Europe de l’Est, certains espèrent que Poutine finisse par céder et accepter les conditions ukrainiennes pour une paix provisoire.