Après le début des frappes contre l'Iran
Rafah fermé, espoirs brisés: à Gaza, la population replonge dans l'impasse

La fermeture du passage de Rafah a brisé les espoirs de nombreux Gazaouis. Etudier, se soigner ou retrouver ses proches à l’étranger redevient impossible pour une population déjà éprouvée par la guerre.
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Des milliers de familles déplacées continuent de vivre sous des tentes, sous le blocus et les restrictions israéliens persistants, cinq mois après la signature d'un accord de cessez-le-feu.
Photo: IMAGO/APAimages
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ATS Agence télégraphique suisse

Fadi Emad espérait partir étudier à l'étranger lorsque Israël a annoncé la fermeture du passage de Rafah, entre l'Egypte et Gaza, au début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. En un instant, son espoir s'est évanoui: la «construction de son avenir» devra encore attendre.

Le passage de Rafah est pour les Gazaouis la seule porte d'accès au monde extérieur qui ne passe pas par Israël. Sa réouverture très partielle, début février, aux habitants du territoire, avait suscité l'espoir, près de deux ans après que les forces israéliennes en ont pris le contrôle durant la guerre contre le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Mais le 28 février, Israël a annoncé la fermeture de tous les passages frontaliers vers la bande de Gaza, y compris celui de Rafah, invoquant des impératifs de sécurité après le début des frappes contre l'Iran. En quelques heures, les projets de départ, les espoirs de soins ou de retrouvailles familiales se sont envolés.

Un passage étroitement surveillé depuis des années

«J'étais très heureux» lorsque Rafah a rouvert, «car je voulais voyager pour poursuivre mes études à l'étranger. Je pensais que mon rêve et le début de la construction de mon avenir étaient enfin à portée de main», confie à l'AFP Fadi Emad, 19 ans, originaire de la ville de Gaza.

Sa fermeture «m'a dévasté psychologiquement». «Nous vivons toujours dans la peur et l'angoisse d'un éventuel retour de la guerre», confie-t-il.

La bande de Gaza était déjà soumise à un blocus israélien bien avant l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre. Depuis des années, Israël contrôle étroitement l'entrée des marchandises dans le territoire. Malgré le cessez-le-feu d'octobre 2025, les conditions humanitaires restent extrêmement difficiles.

Retour à la «case départ»

Dans le sud, près de Khan Younès, Ali Al-Chanti partage ce sentiment de fatigue collective. Déplacé à Al-Mawasi avec sa famille, cet homme de 40 ans raconte l'attente interminable qui a précédé la brève réouverture du passage.

«Nous avons pensé que les choses pourraient s'améliorer progressivement. Mais ensuite, la guerre avec l'Iran a éclaté et a tout détruit, ramenant la situation à la case départ», déplore-t-il.

Selon lui, la fermeture des points de passage a immédiatement eu des répercussions sur la vie quotidienne. Les prix ont recommencé à grimper et certaines marchandises se sont raréfiées.

Mardi, Israël a rouvert le passage de Kerem Shalom afin de permettre «l'entrée progressive de l'aide humanitaire». D'après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), 500'000 litres de carburant ainsi que de l'aide humanitaire ont pu entrer à Gaza via Israël et l'Egypte.

Mais pour de nombreux habitants, cette aide reste insuffisante. Pour les malades et les blessés, la réouverture de Rafah représentait surtout la possibilité d'aller se faire soigner à l'étranger.

«Mon seul espoir est que le passage rouvre»

«Je vivais dans l'angoisse, attendant l'ouverture de Rafah pour pouvoir me rendre en Egypte afin d'y être soigné», explique Mohammed Chamiya, un Palestinien de 33 ans disant souffrir d'une maladie rénale nécessitant une dialyse.

«Chaque jour qui passe m'enlève un peu de ma vie, et ma maladie s'aggrave, d'autant plus que les services médicaux disponibles pour les patients dialysés ici à Gaza sont limités», ajoute-t-il. «L'ouverture du passage est devenue une question de vie ou de mort pour nous.»

La brève réouverture du passage avait aussi ravivé l'espoir de retrouvailles pour des familles séparées par la guerre. «Mes enfants et moi étions très heureux (...) car nous pouvions rejoindre mon mari à l'extérieur de Gaza», témoigne Tahani Abou Charbi, une Palestinienne déplacée de 34 ans dont l'époux reçoit des soins médicaux à l'étranger.

Mais cet espoir s'est vite évanoui: «Nous avons eu l'impression que notre rêve s'était éloigné», souffle-t-elle. «Mon seul espoir est que le passage rouvre bientôt afin que nous puissions nous réunir en famille.»

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