La Sagrada Família, chef-d’œuvre architectural d’Antoni Gaudí, est au cœur d’une polémique. La célèbre église, dont la tour centrale, la tour de Jésus-Christ, culmine à 172,5 mètres au centre de Barcelone, est officiellement la plus haute église du monde. Mais ce record n’a rien de réjouissant pour certains habitants, qui, malgré la récente bénédiction du pape Léon XIV, craignent plutôt sa malédiction...
La récente inauguration de la tour centrale de la basilique par le pape marquait un tournant important pour la Sagrada Família. En construction depuis 144 ans, «l’église sans fin» entrevoit peut-être enfin le bout du chantier. Pourtant, c’est la peur, et non le soulagement, qui gagne certains résidents, d’après des informations du «New York Times» publiées mercredi 10 juin.
Malédiction et surtourisme
Au cœur de ces préoccupations, s'enracinent des polémiques politiques et sociales, mais aussi des superstitions. Car le 10 juin 2026 n’est pas une date anodine pour la ville catalane. Exactement 100 ans plus tôt, le 10 juin 1926, l’architecte espagnol Antoni Gaudí mourait après avoir été percuté par un tramway. Un siècle plus tard, les architectes de son œuvre inachevée craignent toujours de subir un sort similaire, cette fois au milieu du ballet des vélos de livraison qui sillonnent la ville.
Mais cette supposée malédiction renvoie aussi à des problèmes bien plus concrets. Barcelone, comme d’autres grandes destinations européennes, étouffe sous le poids du surtourisme. Et l’imposante Sagrada Família y contribue largement. Devenue une attraction touristique majeure, l’église – malgré son chantier permanent – attire chaque année des millions de visiteurs. Certains habitants lui attribuent donc une partie des maux de la ville, entre congestion, crise du logement et forte hausse des prix.
Des locaux menacés
Symbole de fierté pour Barcelone, l’immense basilique n’a pas fini de faire parler d’elle. Si sa plus haute tour a atteint son sommet, les travaux de construction des tours surplombant la façade devraient encore durer environ dix ans. Cette nouvelle étape inquiète aussi les riverains, dont certains pourraient être forcés de quitter leur logement. Le «New York Times» mentionne notamment des baux dans lesquels une clause prévoit que des habitants des immeubles situés en face du chantier puissent être expulsés avec un préavis de quatre mois en raison des travaux de l’église.
La fondation de la Sagrada Família affirme que Gaudí avait prévu une passerelle entre la future façade principale et la rue située en contrebas. Ce projet pourrait entraîner la démolition de plusieurs pâtés de maisons et le déplacement de centaines de familles.
Pour certains résidents, les plus de cinq millions de visiteurs annuels, les musiciens de rue et les boutiques touristiques ont déjà profondément transformé le quartier. Et leur imposante voisine pourrait encore devenir plus envahissante.