«1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire»
Les dirigeants de l'AfD réélus dans un climat de manifestations antifascistes

A Erfurt, en Allemagne, 20'000 manifestants ont tenté samedi de bloquer le congrès du parti d'extrême droite AfD. Contestations pacifiques et échauffourées légères ont marqué la journée.
L'alliance des contre-manifestants baptisée «Résistance» a bloqué les accès à l'agglomération.
Photo: AFP
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ATS Agence télégraphique suisse

Les dirigeants du parti d'extrême droite allemand AfD ont été réélus samedi à Erfurt (est), malgré les dizaines de milliers de manifestants antifascistes venu de tout le pays pour bloquer l'accès au congrès du parti.

Les délégués du parti ont réélu les deux coprésidents de l'AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, qui ont fait de ce parti anti-immigration et prorusse la première force d'opposition du pays lors des législatives de 2025.

«Nous sommes le nouveau parti populaire en Allemagne», a revendiqué Alice Weidel lors de son discours, alors que le parti est aux portes du pouvoir dans l'est du pays d'après les sondages, où des élections régionales ont lieu en septembre.

Le congrès a lieu dans le Land de Thuringe, bastion d'une branche radicale de la formation politique menée par Björn Höcke, connu pour ses propos controversés notamment sur le passé nazi du pays.

Contrairement aux attentes, le congrès a débuté à l'heure, malgré les tentatives de dizaines de milliers de manifestants antifascistes d'en empêcher l'accès, bloquant les principaux axes routiers et perturbant les transports publics.

Environ 31'000 personnes ont convergé vers cette ville dans d'énormes convois de bus, selon la police, au moins 50'000 selon les organisateurs.

L'alliance des contre-manifestants baptisée «Résistance« a bloqué les accès à l'agglomération, certains manifestants ayant procédé à une descente en rappel depuis un pont d'autoroute, tandis que plusieurs groupes se rassemblaient dans les principales rues et places du centre-ville, selon des journalistes de l'AFP.

«1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire»

«Il est important d'envoyer un signal contre la dérive vers la droite», a déclaré à l'AFP la manifestante Lene Krug, 19 ans, originaire de Gera, à l'est d'Erfurt.

«L'AfD est un parti antidémocratique qui diffuse la haine», a ajouté la jeune femme en formation pour devenir infirmière, qui se rend à sa toute première manifestation.

Une autre protestataire, Ella, faisait partie d'un groupe qui s'était collé aux rails du tramway sur une place de la ville. «1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire», a déclaré cette femme de 44 ans, en référence à la période où les nazis étaient au pouvoir dans le pays.

Les premières heures des manifestations se sont déroulées pacifiquement. Seules de légères échauffourées ont été signalées, des milliers de policiers étant déployés pour protéger le congrès.

«Exprimer des opinions est légitime (...) la violence et la casse ne le sont pas», a insisté vendredi dans un message vidéo le maire CDU (droite) d'Erfurt, Andreas Horn.

Réélection à l'ordre du jour

A l'ordre du jour, la réélection des coprésidents de l'AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, qui ont fait de ce parti anti-immigration la première force d'opposition du pays lors des législatives de 2025.

Pour les détracteurs de l'AfD, combattre ce parti est un devoir, du fait du poids du passé nazi et des efforts, selon eux, de mettre fin à la politique de mémoire et de contrition de l'Allemagne.

Certains voient dans la tenue du congrès de l'AfD à Erfurt le jour du 100e anniversaire d'un congrès nazi tristement célèbre à Weimar, tout près de là, une provocation délibérée, ce que la formation dément, évoquant un hasard du calendrier.

A l'ouverture du congrès, Tino Chrupalla, s'en est pris aux manifestants, estimant qu'ils avaient été «amenés ici depuis tout le pays par les partis de l'establishment dans des camions».

«Ils protestent contre la prise de décision démocratique. Ils pensent être les seuls à détenir la démocratie», a-t-il déclaré dans son discours.

Certains membres de l'AfD semblaient presque se réjouir de la perspective d'une confrontation.

«Le compte à rebours vers la guerre civile à Erfurt est lancé», a écrit cette semaine sur X la députée AfD Beatrix von Storch, lançant à ses adversaires : «Vous n'avez que la violence. Nous avons les arguments».

Le pays a longuement résisté à l'essor électoral de la droite

Le parti vise le pouvoir pour la première fois, alors que des élections régionales approchent dans l'est ex-communiste de l'Allemagne, son bastion électoral. Les sondages indiquent qu'il pourrait remporter la majorité absolue aux élections de septembre dans l'Etat de Saxe-Anhalt.

L'Allemagne, marquée par son passé nazi, a longtemps résisté à l'essor électoral de l'extrême droite. Mais la crise migratoire de 2015, des attaques islamistes, des crimes commis par des étrangers et une profonde crise du modèle économique allemand ont alimenté sa popularité, en particulier dans l'Est du pays.

«Je n'aurais jamais pensé qu'un parti de la droite radicale deviendrait le plus fort en Allemagne de mon vivant», confie à l'AFP Manfred Guellner, directeur de l'institut de sondage Forsa.

Les critiques pointent du doigt des responsables de l'AfD qui minimisent les crimes nazis et entretiennent des liens avec des groupes extrémistes de droite interdits.

Björn Höcke – considéré comme l'une des figures les plus radicales de l'AfD – défendait une motion controversée lors du congrès de ce week-end visant à réviser la «liste d'incompatibilité» du parti. Cette liste définit les groupes extrémistes dont les membres de l'AfD ne peuvent pas faire partie.

Mais, apparemment sous la pression de la direction du parti, il a retiré la motion. Alice Weidel a toutefois promis que le parti réviserait la liste dans l'année

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