Le 30 janvier dernier, le ministère américain de la Justice a frappé fort en rendant publics plus de trois millions de documents liés au financier new-yorkais. Un volume colossal, dont l’analyse prendra des mois. Depuis, les révélations émergent au compte-gouttes et mettent en lumière les liens qu’entretenait Jeffrey Epstein avec des figures parmi les plus puissantes de la planète.
La présence d’un nom dans ces fichiers ne constitue, dans la majorité des cas, ni une preuve de crime ni une accusation formelle. Elle suffit toutefois à écorner l’image de personnalités qui affirmaient vouloir tenir leurs distances avec Jeffrey Epstein, délinquant sexuel condamné en 2008 et mort en prison en 2019, ainsi qu’avec sa compagne Ghislaine Maxwell, aujourd’hui condamnée.
Faire toute la lumière sur l’ampleur de ce réseau prendra du temps. En attendant, pour y voir plus clair, Blick fait le point sur plusieurs figures ultrariches et influentes citées dans les documents.
Bill Gates, le roi de la tech
Le cofondateur de Microsoft apparaît dans les dossiers Epstein, notamment sur des photos le montrant tout sourire en compagnie de jeunes femmes. Les documents évoquent également des relations extraconjugales. Dans un brouillon de courriel jamais envoyé attribué à Jeffrey Epstein, le financier se vantait d’avoir aidé Bill Gates à se procurer des médicaments pour «remédier aux conséquences de relations sexuelles avec des filles russes».
Bill Gates a fermement démenti ces allégations et dit regretter d’avoir fréquenté Epstein. «Ce courrier électronique n’a jamais été envoyé et il était faux, je ne sais pas ce qu’il comptait en faire», a-t-il déclaré à la chaîne australienne 9 News. Son ex-épouse Melinda Gates a aussi réagi: «Ces photos ravivent des souvenirs de périodes très, très douloureuses dans mon mariage.» Elle dit aujourd’hui avoir «tourné la page» et être «heureuse d’avoir laissé toute cette saleté derrière elle».
Mette-Marit, la princesse de Norvège
La princesse héritière Mette-Marit apparaît à plusieurs reprises dans les documents, qui révèlent une proximité jusqu’ici peu connue avec Jeffrey Epstein. Parmi les échanges cités par la presse norvégienne figure un message de 2012 dans lequel Jeffrey Epstein se dit à Paris «en quête d’une épouse». La princesse lui répond alors que la capitale française est «bien pour l’adultère», ajoutant que «les Scandinaves font de meilleures femmes».
Après les révélations, le Premier ministre norvégien a appelé la princesse héritière à s’expliquer. Le 8 février, via un communiqué du palais royal, elle a exprimé ses regrets: «Je tiens à exprimer mes profonds regrets pour mon amitié avec Jeffrey Epstein.» Le palais précise qu’elle souhaite s’exprimer plus en détail ultérieurement, mais n'est pour l'instant pas en mesure de le faire.
Jack Lang, l'ex-ministre français
Ancien ministre socialiste de la Culture et président de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang est cité 673 fois dans les dossiers Epstein. Des échanges révèlent des contacts réguliers entre les deux hommes. En 2017, Jack Lang aurait personnellement insisté pour qu’Epstein assiste à son anniversaire. «C’est pour le cercle intime uniquement», écrit alors le mécène de l'IMA Etienne Binant au financier américain.
Sous pression, Jack Lang a proposé sa démission de la présidence de l’IMA, acceptée ce 7 février par le gouvernement français. Si aucune charge pénale n’est à ce stade retenue contre lui, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire. Jack Lang et sa fille Caroline sont visés pour des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée, notamment en lien avec une société «offshore» fondée avec Epstein. L’ancien ministre dénonce des «accusations inexactes» et assure avoir ignoré le passé criminel d’Epstein.
Peter Mandelson, l'ex-ambassadeur
Ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux Etats-Unis, Peter Mandelson fait l’objet d’une enquête de police. Il est soupçonné d’avoir transmis à Jeffrey Epstein des informations susceptibles d’influencer les marchés financiers lorsqu’il était ministre, entre 2009 et 2010. Des relevés bancaires feraient également état de transferts pouvant atteindre 75’000 dollars.
Déjà fragilisé par de précédentes révélations, Peter Mandelson avait quitté son poste d’ambassadeur, puis le Parti travailliste. Il a récemment renoncé à son siège à la Chambre des Lords. Il affirme regretter «jusqu’à son dernier souffle» d’avoir cru Epstein et assure n’avoir découvert la vérité qu’après sa mort, en 2019.
Andrew Mountbatten Windsor, l'ex-prince
Les liens entre Jeffrey Epstein et le prince Andrew sont documentés depuis plus d’une décennie. Une photo le montrant aux côtés de Virginia Giuffre, principale accusatrice de Jeffrey Epstein, a durablement marqué les esprits. Face à la controverse, le roi Charles III lui a retiré ses titres et fonctions royales.
La pression s’est intensifiée ces derniers jours avec la publication de nouveaux courriels et de photos compromettantes le montrant à quatre pattes au-dessus d'une femme allongée. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a appelé Andrew à témoigner devant le Congrès américain. Le 7 février, une seconde victime de Jeffrey Epstein a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec l'ancien prince en 2010 à Windsor.
Sarah Ferguson, l'ex-épouse d'Andrew
Les nouveaux documents révèlent des liens étroits entre Sarah Ferguson et Jeffrey Epstein. Dans des courriels de 2010, elle lui écrit: «Je n’ai pas les mots pour décrire mon amour et ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse» ou encore «Epouse-moi», après lui avoir demandé 20’000 livres pour payer son loyer.
A la suite de ces révélations, son association caritative Sarah’s Trust a annoncé sa fermeture. Ce n’est pas la première fois que son nom apparaît: dès 2011, elle qualifiait Epstein d’«ami fidèle, généreux et exceptionnel».
Elon Musk, l'homme le plus riche du monde
En juin 2025, Elon Musk avait accusé Donald Trump sur X d’apparaître dans les dossiers Epstein, avant de supprimer son message. Mais les documents montrent qu'Elon Musk lui-même entretenait une correspondance avec le criminel sexuel. En 2012, il envisageait même une visite sur son île avec son épouse de l’époque, Talulah Riley.
«Quel jour serait le plus fou sur ton île?», écrit Elon Musk. La rencontre n’a finalement pas lieu, l'ambiance ne lui convenant apparemment pas: «Je vous remercie beaucoup pour l’invitation, mais une expérience paisible sur une île est tout le contraire de ce que je recherche.» En 2013, Elon Musk organise néanmoins une visite d’entreprise pour Jeffrey Epstein.
Ce dernier l’invite ensuite en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Elon Musk décline, arguant ne pas être intéressé à voir des diplomates ne rien faire. Ce n'était apparemment pas le but de Jeffrey Epstein: «Tu penses que je suis débile? Je plaisante, il n’y a personne au-dessus de 25 ans et toutes très jolies.» Le 31 janvier, Elon Musk a affirmé n’avoir jamais participé à une soirée organisée par Epstein.
Xenia Tchoumitcheva, vice-Miss Suisse
L’entrepreneure et mannequin suisso-russe est citée 81 fois dans les dossiers. En 2011, alors âgée de 23 ans, elle sollicite Jeffrey Epstein pour des conseils financiers. «Montre-moi comment gagner de l’argent», lui écrit-elle. Il se propose de lui donner des cours par Skype. D'autres emails montrent que le délinquant sexuel a joué un rôle de mentor.
Les échanges montrent qu’il l’aide à formuler ses messages et organise des déplacements à New York. A ce stade, rien n’indique s’ils se sont rencontrés en personne. Xenia Tchoumitcheva n’a pas répondu aux sollicitations de Blick.
Donald Trump, le président américain
Le dernier lot de documents contient plus de 38’000 références à Donald Trump, à son épouse et à son club de Mar-a-Lago. Il s’agit essentiellement d’articles de presse et de documents publics conservés par Epstein. Aucune communication directe entre les deux hommes n’apparaît. Une piste est que les documents ne portent pas sur le début des années 2000, période à laquelle les deux hommes étaient proches.
Les documents fraîchement diffusés contiennent une liste établie par le FBI, la police fédérale américaine, d'allégations d'agressions sexuelles liées au président Donald Trump, dont beaucoup provenaient d'appels anonymes et d'informations non vérifiées. Ces allégations, obtenues pour certaines via des sources indirectes, ont été transmises par téléphone ou bien par voie électronique au Centre national de gestion des menaces du FBI. Le Département de la justice affirme n’avoir trouvé «aucune information crédible justifiant une enquête approfondie».
Børge Brende, le président du WEF
En novembre dernier, Børge Brende affirmait n’avoir aucun lien avec Epstein. Les nouveaux documents montrent pourtant au moins 27 échanges entre 2018 et 2019, ainsi que trois dîners en tête-à-tête au domicile new-yorkais du financier. Le président du WEF l'aurait qualifié d'«ami» et d'«hôte exceptionnel».
Le Norvégien reconnaît aujourd’hui que son récit était erroné, expliquant qu'il avait alors «compris la question différemment». «J’aurais dû examiner plus attentivement le passé d’Epstein», admet-il. Il assure en outre qu'il n'était alors pas au courant des crimes commis par ce dernier. Le World Economic Forum a ouvert une enquête indépendante.