Abîmés par le frottement porte-bonheur de milliers de passants, les testicules du taureau en mosaïque de Milan ont dû être remplacés par un artisan. Le taureau beige se cabre dans l'octogone du fameux passage Victor-Emmanuel II, devant le Dôme de Milan, depuis sa construction au XIXe siècle. Et il se dit que faire un (ou trois) tours le talon posé sur ses parties porte fortune et garantit un retour prochain à Milan.
«En raison des continuelles pirouettes sur le talon des touristes qui visitent Milan, les tesselles roses qui composent ses testicules s'usent, formant un petit cratère», a expliqué la mairie de la capitale lombarde dans un communiqué.
Jeudi midi, agenouillé dans le passage, entre les touristes et les vitrines de Prada, le restaurateur du patrimoine Gianluca Galli s'attaquait à la partie la plus sensible du taureau. Le restaurateur a pris une empreinte des tesselles abimées avant de les retirer et d'en poser de nouvelles, pour une semaine de travail au total.
«C'est un geste probablement sympathique, mais aussi assez dommageable pour une oeuvre d'art», a déclaré à l'AFP l'artisan de Belluno (Nord), qui a déjà travaillé sur le Dôme. «J'utilise les pierres que nous avons trouvées dans les archives relatives au taureau et je les taille à la main selon les dessins de l'époque, avant un polissage final (...) Je n'utiliserai pas un mortier de chaux et de sable (comme à l'époque, ndlr) mais plutôt des résines époxy, parce qu'elles doivent supporter le poids du lavage (de la galerie) et des touristes», a expliqué Gianluca Galli.
Le taureau beige sur fond bleu représente Turin, capitale de l'Italie en 1865, à l'époque de la réalisation de la galerie marchande. Jeudi, faute de taureau, des touristes écrasaient la louve voisine, symbole de Rome.
La dernière restauration remonte à 2017
«Des milliers de personnes par jour ont accompli le fameux geste de la pirouette sur le talon» au cours des dix dernières années, ont souligné deux adjoints à la mairie de Milan dans le communiqué. La dernière restauration remonte à 2017 et «le point porte-bonheur de la galerie s'est usé avec le temps».
«Le moment est donc venu de rendre à la mosaïque de la galerie son aspect originel, grâce à une intervention artisanale», ont ajouté Emmanuel Conte (adjoint au Domaine public) et Marco Granelli (Travaux publics). «La galerie est un patrimoine vivant, qui peut s'user précisément parce qu'il est aimé et fréquenté».
Le restaurateur Gianluca Galli est fier de son oeuvre et voudrait «encourager les jeunes à pratiquer ce métier, parce que l'Italie a un grand besoin de restaurateurs et restauratrices». «Je sais que c'est un métier exigeant, parce qu'il faut se déplacer sur les chantiers, se loger avec les collègues, mais c'est aussi un travail considéré en Italie comme un privilège», a souligné l'artisan.