La guerre des drones russes contre l'Ukraine connaît une évolution rapide. Alors que les modèles déjà utilisés sont bien documentés, de nouvelles variantes de Geran suscitent désormais de vives inquiétudes. Plus rapides, plus grandes, elles visent de plus en plus directement les avions et les hélicoptères. Blick a déjà consacré de nombreux articles aux drones Geran-2 et Geran-3.
Mais revenons brièvement en arrière. Le Geran-2 est dérivé du Shahed-136 iranien et constitue depuis longtemps un élément phare de l'armada de drones russes. Propulsé par une hélice, il transporte une ogive pouvant atteindre 90 kilos. Avec une vitesse d'environ 180 kilomètres par heure, il reste toutefois relativement lent.
Depuis des hélicoptères, les forces ukrainiennes peuvent l'abattre à l'aide de mitrailleuses ou de canons, comme le montre une vidéo diffusée sur X. Le Geran-3 a marqué un premier saut technologique: propulsion à réaction, vitesse accrue et portée élargie.
Un produit de masse dangereux
Le recours à ses drones revet un objectif limpide: la Russie les déploie en grand nombre, souvent en essaims, afin de saturer la défense aérienne ukrainienne et de contraindre l'utilisation de missiles d'interception coûteux contre des drones bon marché. Par leurs attaques coordonnées, les Geran-2 et Geran-3 obligent les systèmes de défense antiaérienne ukrainiens, tels que les S-300 ou les Osa, à rester opérationnels en permanence – un effet stratégique qui dépasse largement leur seule puissance explosive.
Plusieurs indices suggèrent en outre que la Russie aurait déjà expérimenté un armement supplémentaire sur le Geran-2. Des photographies circulant sur les réseaux sociaux montrent des drones Geran-2 apparemment équipés de missiles air-air de type R-60 et de projecteurs infrarouges. Aucune confirmation officielle n'a toutefois été apportée à ce stade. Des observateurs estiment que ces systèmes pourraient servir à menacer les hélicoptères ukrainiens lors des phases de lancement ou d'interception des drones.
Geran-4: le drone de chasse armé
Le Geran-4 marque cependant une nouvelle étape dans le programme russe de drones. Doté d'une propulsion à réaction, il atteint des vitesses comprises entre 350 et 500 kilomètres par heure et est considéré comme le premier drone à jet connu utilisé de manière ciblée avec des missiles air-air de type R-60. (Les missiles air-air sont des armes guidées destinées au combat aérien: ils sont tirés depuis des aéronefs et conçus pour atteindre d'autres cibles aériennes.) Un tel drone a récemment été abattu par l'Ukraine. Des clichés diffusés montrent clairement l'entrée d'air du moteur ainsi que la fixation du missile sous le fuselage.
Le R-60 est un missile à courte portée doté d'un autodirecteur infrarouge, avec une portée de sept à huit kilomètres. L'opérateur doit identifier la cible à l'aide d'une caméra et déclencher le tir de manière ciblée. Hélicoptères, avions de transport et même avions de combat se retrouvent ainsi menacés, soit précisément les plateformes jusqu'ici utilisées pour contrer les drones. Le Geran-4 exploite sa vitesse pour s'approcher activement des hélicoptères, les éviter et les frapper depuis une position favorable.
Geran-5: plus grand, plus large, plus polyvalent
Le Geran-5 représente la plus grande variante connue à ce jour. D'une longueur d'environ six mètres et équipé d'un puissant turboréacteur, il peut parcourir jusqu'à 1000 kilomètres. Il est ainsi capable d'être lancé à basse altitude depuis l'arrière-pays russe et d'atteindre presque n'importe quel point du territoire ukrainien.
Les spécialistes ne considèrent plus le Geran-5 comme un simple drone kamikaze, mais comme une plateforme polyvalente: davantage de carburant, une charge utile accrue et de l'espace pour des capteurs ou des armements supplémentaires. Les scénarios d'emploi vont d'attaques ciblées contre des infrastructures critiques à des frappes sur des objectifs militaires mobiles. En raison de sa portée élevée, il devient en outre difficile pour la défense aérienne ukrainienne d'anticiper les zones de lancement ou de réagir à temps.
Drones en réseau: l'escalade silencieuse
Indépendamment des modèles, la Russie poursuit la mise en réseau de ses drones. Des débris retrouvés indiquent que les drones Geran sont équipés de modems maillés. Chaque appareil peut ainsi relayer des ordres de commande et des flux vidéo, formant une véritable chaîne radio volante.
Cette architecture permet aux drones d'opérer même en cas de brouillage des liaisons radio, de patrouiller au-dessus des zones ciblées et de frapper des objectifs mobiles. Face à de telles capacités, il devient particulièrement difficile pour la défense aérienne ukrainienne de détecter les attaques suffisamment tôt ou de les neutraliser de manière fiable.
Alors que les Geran-2 et Geran-3 étaient longtemps perçus comme des armes de masse désormais connues, de nouveaux indices laissent penser que la Russie avait déjà commencé à tester un armement supplémentaire sur ces modèles. Avec l'apparition des Geran-4 et Geran-5, cette évolution franchit toutefois un nouveau seuil: plus rapides, armés, interconnectés – et de plus en plus orientés contre les hélicoptères et les avions ukrainiens.