Le patron de Starbucks en Corée du Sud a été limogé après une campagne publicitaire évoquant la répression sanglante d'un soulèvement prodémocratie en 1980, au cours duquel des centaines de personnes ont été tuées par les forces militaires. La polémique est née d'une promotion lancée lundi par la chaîne de cafés, qui présentait le 18 mai comme le «Tank Day» afin de faire la publicité de l'un de ses gobelets réutilisables.
Cet intitulé a suscité une vive indignation dans le pays, car il évoque les véhicules militaires utilisés contre les manifestants à Gwangju, et ce le jour même du 46e anniversaire du soulèvement. Son Jung-hyun, directeur de Starbucks Corée, a été démis de ses fonctions en raison de cette controverse, a confirmé mardi un représentant de l'entreprise à l'AFP.
Une révolution réprimée dans le sang
Les manifestations de 1980, un moment charnière dans la lutte de la Corée du Sud pour la démocratie, ont vu étudiants et citoyens se soulever contre le régime militaire, avant que l'armée n'écrase violemment le mouvement en l'espace de dix jours. Les chiffres officiels font état de 165 civils tués lors de la répression, 65 personnes portées disparues et 376 autres décédées ultérieurement de leurs blessures, mais le bilan réel pourrait être plus élevé.
Le président sud-coréen Lee Jae Myung, qui a assisté lundi à une cérémonie commémorant le soulèvement, a condamné cette opération marketing de Starbucks, estimant qu'elle «tournait en dérision» les victimes. «Je suis révolté par cette conduite inhumaine et honteuse, une manoeuvre lucrative qui bafoue les valeurs de la communauté sud-coréenne, les droits humains fondamentaux et la démocratie», a-t-il écrit sur la plateforme X.
Starbucks Corée a présenté des excuses officielles dans la foulée: «Nous nous inclinons sincèrement en signe d'excuses devant les âmes du 18 mai», a déclaré l'entreprise. «Nous avons reconnu que le libellé associé à notre promotion de vente en ligne de gobelets avait été utilisé de manière extrêmement inappropriée», a-t-elle ajouté.