Deux phénomènes pointés du doigt
Ces pays européens pourraient voir tous leurs glaciers disparaître

Après une nouvelle année de fonte record en Suisse, Blick fait le point avec le glaciologue Leo Hösli sur l’état des glaciers européens et les régions les plus menacées.
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Les températures estivales élevées et les faibles chutes de neige en hiver mettent à mal les glaciers alpins, comme le glacier de Gries, non loin de la frontière entre l'Italie et la Suisse.
Photo: U. Meier, M. Huss, VAW-ETHZ
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Sandra Marschner

De nouvelles mesures effectuées début octobre ont révélé une situation préoccupante: plus de 5% du volume de glace des glaciers suisses a disparu cette année. Sur les cinq dernières années, la perte atteint près de 20%.

Mais qu’en est-il ailleurs en Europe? Quels glaciers sont les plus menacés? Blick s’est entretenu avec Leo Hösli, doctorant au sein du groupe de recherche en glaciologie de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).

Leo Hösli, quels pays européens possèdent encore des glaciers? Certains risquent-ils de ne plus en avoir du tout?

On trouve des glaciers dans tous les pays alpins, à savoir la Suisse, la France, l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne et la Slovénie. Il en existe aussi de petits dans les Pyrénées espagnoles. La Norvège, la Suède et l’Islande en comptent également beaucoup, dont certains sont nettement plus grands que ceux des Alpes.

Parmi ces pays, la Slovénie, l’Allemagne et l’Espagne sont particulièrement menacées de perdre leurs derniers glaciers. En Slovénie, par exemple, des images montrant les derniers vestiges du glacier du Triglav circulent depuis quelques jours.

Quels glaciers sont les plus vulnérables?

Ce sont surtout les petits glaciers situés à basse altitude. Ils reçoivent souvent peu de neige en hiver et sont davantage exposés aux fortes températures estivales. Le glacier du Pizol, en Suisse, situé à seulement 2700 mètres d’altitude, en est un bon exemple. Il a quasiment disparu ces dernières années.

Les glaciers plus importants, dont les zones d’accumulation se trouvent au-dessus de 3500, voire 4000 mètres, résistent mieux. Une certaine quantité de glace peut encore s’y former et compenser une partie de la fonte. Mais eux aussi reculent, notamment après un été comme celui-ci, marqué par une très faible couverture neigeuse héritée de l’hiver. Dans ces conditions, la formation de nouvelle glace devient très limitée.

Quels sont les principaux facteurs qui influencent l’évolution des glaciers européens?

Dans les Alpes, leur évolution dépend surtout des températures estivales et des précipitations hivernales. Lorsqu’une région reçoit beaucoup de neige en hiver, des glaciers peuvent se maintenir à plus basse altitude, car cette accumulation supplémentaire compense en partie la fonte estivale.

C’est aussi ce qui explique les grandes différences d’altitude entre les glaciers européens. En Norvège et en Islande, ils se trouvent beaucoup plus bas. Ces régions étant situées plus au nord, elles reçoivent moins de rayonnement solaire et connaissent des températures estivales plus fraîches.

Dans les Alpes, la hausse des températures liée au changement climatique accentue fortement la fonte estivale. La quantité de glace qui se forme en hiver ne suffit plus à compenser les pertes. Les faibles chutes de neige de ces dernières années aggravent encore le phénomène. Avec moins de neige, les glaciers se découvrent plus tôt au printemps et en été, ce qui expose plus rapidement la glace à la fonte.

La diminution de la concentration d’aérosols dans l’atmosphère depuis les années 1980 joue également un rôle. Avec moins de particules dans l’air, une plus grande part du rayonnement solaire atteint la surface terrestre, ce qui accentue le réchauffement. Pendant plusieurs décennies, la pollution atmosphérique avait en quelque sorte masqué une partie du réchauffement réel.

Comment les glaciers suisses se portent-ils par rapport à ceux des autres pays européens?

Je ne dirais pas que la situation en Suisse est nettement pire que dans les autres pays alpins. Il existe déjà de fortes différences à l’intérieur même du pays, et on retrouve les mêmes contrastes dans l’ensemble de l’arc alpin. Les glaciers de basse altitude, notamment dans les régions plus sèches comme l’Engadine, fondent très rapidement. C’est aussi le cas des glaciers voisins en Autriche et en Italie.

Dans les Alpes valaisannes, ainsi que dans les régions italiennes et françaises voisines, la fonte est légèrement moins rapide. Les glaciers y sont souvent plus vastes et disposent encore d’importantes zones d’accumulation au-dessus de 3500 mètres. De la glace continue donc à s’y former.

A l’échelle alpine, la Suisse abrite certains des plus grands glaciers et conserve donc d’importantes réserves de glace. Comparés aux glaciers autrichiens, souvent plus petits, ces grands glaciers suisses mettent davantage de temps à disparaître.

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