«J’ai une annonce à faire. La vérité, c’est que mon père est un type malsain, un tyran et un menteur. Il surveille de près le moindre centimètre carré de son empire. Je pense qu’aujourd’hui, son règne doit prendre fin.» Ces mots sont ceux de Kendall Roy, l’un des enfants qui, dans la série «Succession», disponible sur HBO Max, tente de faire tomber coûte que coûte la tête de son patriarche, source à la fois de sa richesse – ledit patriarche est à la tête d’un empire industriel et médiatique qui a fait de lui et sa descendance des milliardaires – et de son malheur – ledit patriarche est aussi, objectivement, un sale type. Mais depuis lundi, de nombreux internautes facétieux font un parallèle entre cette scène, la dernière de la saison 2, et l’attitude de Brooklyn Beckham.
Le fils aîné de Victoria et David Beckham, qui n’a pas encore 27 ans, a en effet tenu des propos similaires dans une story Instagram. Si ce n’est que lui vise bien ses deux parents, on y retrouve le même lavage de linge sale en public et le même contexte: un «fils de» qui se rebelle contre une ascendance à laquelle il doit tout, mais dont le comportement devient de toute évidence très pesant.
Un scandale qui rappelle le schisme au sein de la famille royale britannique après le départ du prince Harry, et dont la presse people ne peut que raffoler tant il vient égratigner l’image d’une famille unie devenue, au-delà des liens du sang, une véritable marque. Plus qu’un foyer, c’est bel et bien un business que Brooklyn Beckham vient d’écorner.
«J’ai été contrôlé par mes parents»
Ce sont six publications sur fond noir qui ont mis le feu aux poudres. Brooklyn Beckham y explique prendre la parole à contre-coeur. «Je suis resté silencieux pendant des années et j’ai fait tout mon possible pour garder ces sujets privés. Malheureusement, mes parents et leur équipe ont continué à parler à la presse, ne me laissant pas d’autre choix.»
Le jeune homme, marié depuis 2022 à Nicola Peltz, une actrice et riche héritière américaine, accuse son père et sa mère d’avoir «contrôlé le récit de [leur] famille». Une pression devenue insupportable. «Les publications 'performatives' sur les réseaux sociaux, les événements familiaux et les relations superficielles ont fait partie intégrante de ma vie», écrit-il. «J’ai été contrôlé par mes parents.» Brooklyn Beckham explique souffrir d’anxiété à cause de cela.
L’héritier du clan Beckham s’épanche également sur son mariage, expliquant que sa relation avec Nicola Peltz a toujours été mise en danger par une famille qui méprise et ne respecte pas son épouse, et que sa mère s’est comportée de façon gênante lors de la cérémonie, notamment lors d’une danse «inappropriée». «Je ne veux pas me réconcilier avec ma famille», assène-t-il. «Ma femme et moi ne voulons pas d’une vie façonnée par l’image, la presse ou la manipulation.»
Un nom de marque
Ces révélations fracassantes ont immédiatement entraîné un torrent de réactions dans les médias, et une appropriation humoristique rapide des réseaux sociaux, les uns essayant d’imaginer la fameuse danse de Victoria Beckham – qui aurait été «rigide mais pas si gênante», selon un témoin au «Mirror» – les autres tentant de faire des schémas explicatifs de l’ensemble des tensions familiales sur TikTok.
Mais une phrase est peut-être plus importante pour tenter de comprendre, au-delà du potin people croustillant, ce qui se joue dans cette affaire. «Des semaines avant mon mariage, mes parents ont fait pression sur moi à plusieurs reprises et ont tenté de me soudoyer pour me faire renoncer aux droits de mon propre nom», écrit Brooklyn Beckham. C’est là que se niche le cœur du problème: Beckham n’est pas qu’une famille, c’est une marque. Et une marque très lucrative.
Photos et carbonara carbonisée
Lorsqu’il naît le 4 mars 1999, Brooklyn Beckham est l’un des bébés britanniques les plus célèbres de sa génération. Ses parents sont alors au sommet. David Beckham s’apprête, quelques mois plus tard, à remporter la Ligue des Champions avec Manchester United. Victoria Beckham surfe encore sur le succès des Spice Girls, même si le groupe se dirige lentement vers la fin – il se sépare définitivement en 2001. Avec une enfance entre Madrid et Los Angeles au rythme des transferts du papa, il grandit de villas luxueuses en soirées mondaines. Sur le papier, pas vraiment de quoi se plaindre.
À y regarder d’un peu plus près, il est «l’enfant test», comme l’explique le «Daily Telegraph». Les trois autres enfants du couple, Romeo, Cruz et Harper Seven, auront droit à un peu plus d’intimité. À seulement quatre mois, Brooklyn Beckham est, lui, exhibé sur les photos de mariage de ses parents, vêtu dans des couleurs assorties aux leurs. Or, il n’est jamais facile de grandir sous le regard persistant des caméras, d’autant moins lorsqu’on se cherche.
L’adolescent se lance brièvement dans le mannequinat à seulement 15 ans, du haut de son 1,78 mètre – bien trop petit pour attribuer sa carrière à autre chose que son nom. Il teste le football, sans grand succès, puis démarre des études en photographie qui se soldent par la publication d’un livre ridicule, «What I See», en 2017. Les photos sont si lambda et les légendes si pathétiques que tout Twitter en rit.
En 2021, Brooklyn Beckham change encore de voie pour s’orienter vers celle de la cuisine. Sans formation mais sans doutes non plus, il produit pour des sommes astronomiques une série en ligne, «Cookin’ with Brooklyn», qui nécessite une soixantaine de personnes pour faire un seul épisode. Aujourd’hui encore, sa recette de carbonara au guanciale carbonisé émeut tout Instagram.
La recette d’un patronyme
Bref, que serait le jeune homme «si le nom Beckham ne lui avait pas ouvert toutes les portes», s’interroge le «Daily Telegraph» dans un commentaire sans pitié. Sa mère est la première à avoir compris qu’il fallait capitaliser sur ce patronyme. Car rien n’est plus difficile, lorsqu’on est au pic de sa gloire, que d’y rester.
Dans les années 2010, David et Victoria sont bien placés pour le savoir: le premier approche de la retraite et la seconde, qui a trouvé sa reconversion professionnelle en devenant styliste, apprend à ses dépens que la mode coûte souvent plus d’argent qu’elle n’en rapporte. En 2016, elle est à deux doigts de faire couler son entreprise, notamment car elle approuve des dépenses à hauteur de 70’000 livres par an (plus de 74’500 francs suisses) pour acheter des plantes, et 15’000 de plus (16’000 francs suisses) pour les faire arroser.
Coïncidence? La même année, selon le «Daily Mail», Victoria Beckham dépose officiellement au Royaume-Uni la marque Brooklyn Beckham. Elle fera de même pour ses trois autres enfants. «Cela couvre toute une série de produits comme les cosmétiques et les parfums, les vêtements, les chaussures, les habits de sport, les chapeaux, les jouets, les émissions et séries télé et la musique», détaille le tabloïd. Le phénomène est analysé par Leanne Hall, avocate spécialisée, auprès de «USA Today»: «Comme les contrats de merchandising et de sponsoring sont devenus plus populaires, les célébrités ont entrepris de protéger leurs noms via ces marques déposées. L’avantage, c’est que cela leur donne le contrôle sur comment leur nom peut être utilisé.»
Une nouvelle sorte de pouvoir familial
En déballant ses griefs contre ses parents, Brooklyn Beckham ne donne donc pas seulement du grain à moudre aux amateurs de drames familiaux et aux médias qui s’empressent d’interroger des psys en tous genres pour savoir comment faire face à des géniteurs toxiques ou une progéniture ingrate. Il met un coup de pied dans l’édifice élaboré par ses parents qui, depuis leur retraite respective, n’ont que leur nom et l’aura et l’argent qui vont avec pour faire perdurer leur célébrité. Celle-ci s’entretient, notamment à coups de documentaires Netflix parfaitement huilés qui viennent servir leur story-telling. Après celui consacré à David en 2024, Victoria a sorti le sien à l’automne dernier.
Car le succès de cette entreprise repose sur la perfection de l’image de la marque. «Pendant plus d’un quart de siècle, la famille a bâti une forteresse réputationnelle, capable de parer toutes les attaques, d’étouffer les rumeurs, de réduire au silence les connaissances trop bavardes et de présenter au monde exactement l’image qu’elle souhaitait renvoyer», résume le «Daily Telegraph». À trop craindre une menace extérieure, les parents en ont oublié qu’on n’est jamais trahi que par les siens. «D’un coup, ils sont affaiblis comme jamais depuis deux décennies.»
Cette histoire, qui n’est pas surnommée le «Becksit» pour rien, en rappelle une autre: l’échappée sauvage du prince Harry, excédé par sa famille royale. Dans les deux cas, il y a une épouse américaine jugée méprisée, des aïeux control-freak et une rupture nette du fils autrefois adoré. Le pouvoir de la royauté repose par définition sur les liens du sang et ce, depuis toujours. La maîtrise de l’image est nécessaire à la dignité de la fonction, fût-elle purement honorifique. Les Beckham, eux, incarnent une nouvelle sorte de pouvoir familial, savamment construit. Préserver l’unité n’est plus une question de dignité, mais de puissance économique et médiatique. C’est aujourd’hui cette puissance que Brooklyn Beckham vient remettre en cause en quelques stories Instagram.