Des appels radio
Taïwan s'agace après le contrôle d'un navire par les Chinois

Un cargo singapourien a obéi aux garde-côtes chinois en juin, révélant des informations malgré l'interdiction taïwanaise. Taipei dénonce une tentative de Pékin d'affirmer sa juridiction dans le détroit de Taïwan.
Un cargo battant pavillon singapourien a obéi aux contrôles de la marine chinoise près de Taïwan.
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Un cargo battant pavillon singapourien s'est conformé aux exigences des garde-côtes chinois concernant les détails de son équipage et de sa destination lors d'une opération au large de Taïwan le mois dernier, a déclaré vendredi à l'AFP un responsable des garde-côtes taïwanais. Les garde-côtes taïwanais avaient précédemment indiqué que des navires des garde-côtes chinois avaient demandé des informations à trois navires commerciaux de passage, mais n'avaient pas précisé, à l'époque, si ces derniers y avaient répondu.

Taïwan avait ordonné aux navires d'ignorer les messages radio chinois et de contacter les garde-côtes taïwanais s'ils avaient besoin d'aide, a précisé le haut responsable, dans le cadre des efforts visant à faire «comprendre» à la communauté internationale «que la Chine n'a aucune juridiction ici».

Le navire battant pavillon singapourien, exploité par le géant taïwanais du transport maritime Evergreen, se trouvait à 39 milles marins (72 kilomètres) au sud-ouest de la pointe sud de Taïwan le 7 juin lorsqu'un navire des garde-côtes chinois l'a contacté pour lui demander le nombre de personnes à bord et son port de destination.

Des appels radio

Un membre d'équipage chinois a coopéré et accédé à cette demande, a déclaré le responsable à l'AFP sous couvert d'anonymat. Ce responsable a indiqué que c'était la première fois que les garde-côtes taïwanais entendaient un navire des garde-côtes chinois demander des informations à un navire commercial étranger dans les eaux entourant Taïwan.

«Ce jour-là, nous avons diffusé un message radio simultané à tous les cargos pour leur dire de ne pas répondre aux questions des navires du gouvernement chinois», a expliqué le responsable. «Nous avons entendu des appels radio adressés à trois cargos, mais seul celui-ci a répondu, en indiquant vers quel port il se dirigeait. Nous avons appris par la suite que la personne qui avait répondu à la radio était un membre d'équipage chinois.»

Le responsable a souligné que le ressortissant chinois – l'un des 15 Chinois parmi les 21 membres d'équipage – avait peut-être pu se sentir obligé de répondre par «peur» du gouvernement chinois, ou qu'il était possible «qu'ils se soient coordonnés à l'avance» avec les garde-côtes. Les deux autres navires – opérant sous pavillon libérien et béninois – se trouvaient au large de la côte est de Taïwan lorsqu'ils ont été contactés par les garde-côtes chinois le 9 juin, mais ils n'ont pas obtempéré.

«Guerre cognitive»

Les médias d'État chinois avaient précédemment déclaré que «l'opération d'application de la loi» du mois dernier impliquant des navires chinois près de Taïwan était une réponse aux pourparlers entre le Japon et les Philippines visant à tracer une frontière dans les eaux situées à l'est de l'île.

La Chine, qui affirme que Taïwan fait partie de son territoire, a qualifié ces pourparlers d'«illégaux» et a revendiqué le contrôle exclusif de ces eaux. Taïwan a qualifié l'opération chinoise de «provocatrice» et d'"expansionnisme déguisé». Les représentations britannique, allemande et française à Taipei ont également exprimé leur préoccupation concernant cette «nouvelle activité chinoise». Le responsable taïwanais a indiqué que Taïwan avait déployé huit navires de la garde côtière pour suivre de près huit navires des garde-côtes chinois et d'autres navires gouvernementaux lors de l'opération.

«Guerre cognitive typique»

La Chine a intensifié sa pression militaire sur Taïwan ces dernières années et a mené de multiples exercices à grande échelle. Bien que le risque d'une invasion ou d'un blocus de Taïwan constitue une menace constante, les analystes ont également averti que la Chine pourrait utiliser une mise en quarantaine imposée par les forces de l'ordre pour contrôler la navigation commerciale autour de l'île.

Toutefois, le responsable a balayé les inquiétudes selon lesquelles la Chine pourrait imposer un contrôle total sur les eaux à l'est de Taïwan. «De notre point de vue actuel, cela n'ira pas jusque-là. La zone maritime orientale est tout simplement trop vaste», a estimé le responsable. «En réalité, ils utilisent ces actions pour affirmer au monde extérieur qu'ils exercent une juridiction sur les eaux situées à l'est de la côte orientale de Taïwan. Il s'agit d'une guerre cognitive typique.»

Le responsable a précisé que les activités chinoises antérieures dans ces eaux avaient été «sporadiques», mais qu'elles étaient désormais «plus fréquentes et intensifiées».

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