Changement au sommet de l'Iran
Trump annonce (à nouveau) une victoire à Ormuz… l'Iran passe à la vitesse supérieure

«Les mines ont été déminées, les Etats-Unis contrôlent tout», affirme le président américain. C'est loin d'être la réalité. Avec la nomination de son nouveau chef de la sécurité, l'Iran passe à la vitesse supérieure.
Les compagnies maritimes et les assureurs continuent d'éviter le détroit d'Ormuz. Seuls 7 cargos et pétroliers ont osé emprunter ce passage dangereux au cours des dernières 24 heures.
Photo: AFP
RMS_Portrait_AUTOR_823.JPG
Samuel Schumacher

Le détroit d’Ormuz est enfin rouvert, les mines ont toutes été balayées, les mollahs s’apprêtent à indemniser la terre entière et les prix du pétrole repartent à la baisse. Voilà le monde parfait tel que se le représente Donald Trump. Le président américain l’a encore martelé dans la nuit de lundi à mardi depuis la Maison Blanche.

Seulement, cette vision idyllique n’a pas grand-chose à voir avec la réalité sur le terrain. Au lieu d’un apaisement, la situation dans et autour du détroit d’Ormuz continue au contraire de s’enfoncer dans la crise. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Iran vient de procéder à un changement de personnel au sommet qui a de quoi donner de véritables sueurs froides au locataire de la Maison Blanche.

Faisons un bref tour d’horizon de la situation dans le détroit d’Ormuz: selon Trump, le détroit serait «à 100%» sous le contrôle de la marine américaine. Les Etats-Unis auraient retiré toutes les mines, et toute nouvelle mine serait immédiatement neutralisée. Le détroit d’Ormuz serait donc ouvert. Seulement voilà: les armateurs et les entreprises de transport ne semblent pas en être tout à fait aussi sûrs.

Selon le «Hormuz Strait Monitor», une plateforme de données indépendante, le détroit reste bloqué. Au cours des dernières 24 heures, seuls sept navires ont franchi le détroit, soit une fraction des quelque 130 navires qui y passaient en moyenne chaque jour avant l’attaque américaine contre l’Iran. 298 pétroliers et navires de transport attendent toujours un feu vert.

Un partisan de la ligne dure prend les commandes en Iran

Les grandes compagnies de fret telles que Hapag-Lloyd ou Maersk soulignent que, pour des raisons de sécurité, le passage par le détroit d’Ormuz reste hors de question. Les assureurs exigent jusqu’à 500'000 dollars de prime par jour et par navire pour les polices d’assurance relatives au détroit d’Ormuz. C'est environ 30 fois plus cher qu'avant la guerre.

Certes, l’Iran semble avoir négocié un nouvel accord avec son voisin Oman, qui ouvrirait de nouvelles routes sûres à travers le détroit. Cependant, les mollahs subordonnent la signature de cet accord au versement de réparations par les Etats-Unis et à la levée des sanctions.

Trump a clairement fait savoir qu’il ne verserait pas un centime aux mollahs. D’une manière presque puérile, il a exhorté les Iraniens sur sa plateforme Truth Social à de verser eux-mêmes, dans un premier temps, des indemnités aux victimes de la guerre, aux familles des manifestants pro-démocratie tués dans le pays, ainsi qu’à toute une série de pays qui auraient souffert sous le joug de l’Iran au cours des 25 dernières années.

Tout laisse présager une confrontation. Le blocus est et reste, pour l’instant, la norme dans le golfe Persique. Et le régime de Téhéran – apparemment peu impressionné par toutes les frappes militaires américaines des 164 derniers jours – passe désormais à la vitesse supérieure.

Depuis le début de la semaine, c’est en effet Mohsen Rezai, ancien général des Gardiens de la Révolution et anti-américain déclaré, qui occupe le poste de chef suprême de la sécurité. Ce diplômé en économie a déjà commandé les tristement célèbres Gardiens de la Révolution à l’âge de 27 ans et s’est forgé une réputation d’intransigeant sanguinaire.

Donald Trump caché dans un conteneur par crainte des mollahs

En avril encore, Mohsen Rezai déclarait qu’il ne souhaitait rien de plus qu’une offensive terrestre américaine. «Nous pourrons alors tous les prendre en otages et exiger un milliard de dollars de rançon pour chacun d’entre eux.» Mohsen Rezai s’est à plusieurs reprises clairement prononcé contre les négociations et en faveur de campagnes militaires contre les Etats-Unis.

Une nouvelle révélation du «Washington Post» montre à quel point Trump semble craindre les représailles iraniennes. Lors de son retour du sommet de l'OTAN en Turquie le mois dernier, il a été transféré, caché dans un fourgon de restauration, de son avion présidentiel vers un avion militaire, à bord duquel il s'est envolé pour la Grande-Bretagne – par crainte d'une attaque des mollahs contre Air Force One.

Les chances de Trump de redresser la barre à Ormuz, à un peu moins de trois mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, s’amenuisent. Les prix du pétrole grimpent, ce que nous ressentirons tous à la pompe dans les semaines à venir. Le moral, quant à lui, est en baisse. Un pourcentage record de 58% de ses concitoyens sont mécontents de la présidence de Trump.

On peut comprendre qu’il se réfugie dans son propre monde imaginaire face à ces circonstances sombres. Mais la réalité, c’est que le pays de cocagne de Trump, poussé par le pétrole, ne deviendra réalité qu’au prix de concessions dures et douloureuses.

Articles les plus lus