La crédibilité de la superpuissance militaire des Etats-Unis est sérieusement ébranlée. Des sources internes affirment que la quasi-totalité des missiles de précision et la moitié des missiles Patriot en stock ont été utilisés lors de la guerre en Iran. L'armée américaine se retrouverait ainsi à court d’armes essentielles.
Cette situation provoque non seulement des tensions internes entre Donald Trump et son ministre de la Défense Pete Hegseth, mais elle engendre également des conséquences dramatiques pour les foyers de crise à travers le monde. Les adversaires des Etats-Unis et de l'Occident pourraient en tirer un avantage.
Le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) a été le premier à tirer la sonnette d’alarme. Fin juillet, il a indiqué que depuis le début de la guerre avec l’Iran, le stock de missiles de défense Patriot était passé de 2330 à 830 et celui des missiles de défense THAAD, à plus longue portée, de 452 à 278.
En début de semaine, CNN et l’agence de presse Reuters ont confirmé ces informations. Selon des sources bien informées, les stocks de missiles offensifs ATACMS et de «Precision Strike Missiles» seraient en grande partie épuisés. Les missiles Tomahawk, tirés depuis des navires et des sous-marins, auraient également été utilisés pour moitié. Des commandants américains de haut rang ont averti CNN que les stocks de munitions étaient «dangereusement bas».
Hegseth a-t-il peur de Trump?
Publiquement, Trump et Hegseth minimisent conjointement la pénurie de munitions, affirmant que tout cela est «fake». Le président américain menace ceux qui diffusent de telles informations de lourdes peines de prison. Les Etats-Unis disposeraient de «quantités énormes de munitions, en particulier de certains types».
Mais selon le «Washington Post», les tensions internes sont vives. Donald Trump reprocherait à Pete Hegseth d’avoir déclaré que la question des munitions était «réglée» et de ne pas l’avoir informé des problèmes réels.
Pete Hegseth espérait-il pouvoir résoudre lui-même le problème au sein du Pentagone? C’est possible. Le fait que Pete Hegseth ait dissimulé des informations pourrait également s’expliquer par d’autres raisons. Philipp Adorf, expert des Etats-Unis à l’université de Bonn déclare à Blick: «Au sein du gouvernement Trump, il existe une tendance à filtrer les mauvaises nouvelles. Car celui qui met en évidence les limites de la puissance américaine contredit l’image du président comme un dirigeant doté d’une capacité d’action illimitée.»
S’il s’avère que Pete Hegseth a délibérément trompé Trump et qu’il ne maîtrise pas sa situation, les jours du «ministre de la Guerre» pourraient bien être comptés. Une pénurie au sein du département des munitions serait dévastatrice pour la superpuissance et l'Occident. Elle pourrait aussi avoir un impact considérable sur les foyers de crise actuels.
Revirement en Iran
Il y a peu, Trump annonçait la «plus grande frappe depuis la Seconde Guerre mondiale». A présent, il fait marche arrière et parle à nouveau de négociations, soi-disant parce qu'il «ne veut pas tuer de gens». Les mollahs ont perçu cette faiblesse: ils se sont mis d’accord avec Oman sur une route maritime traversant le détroit d’Ormuz – sans impliquer les Etats-Unis.
Téhéran spécule probablement sur le fait que les Etats-Unis pourraient être contraints, d'ici quelques semaines, de réduire considérablement leurs attaques. Misant peut-être même sur un arrêt complet des bombardements.
Le bouclier de Kiev est en feu
Alors que les combats terrestres en Ukraine sont au point mort, la bataille aérienne s'intensifie. Après des frappes ukrainiennes réussies en territoire russe, les Russes ont repris la supériorité aérienne. Ces derniers jours, ils ont tiré des centaines de missiles et ont fait de nombreux morts. La défense antiaérienne ukrainienne est inefficace: les Ukrainiens n'ont pas réussi à intercepter un seul missile russe lancé sur Kiev mercredi soir.
Le fait que les Ukrainiens ne puissent guère compter sur un soutien américain dans un avenir proche renforce la position de Moscou. Philipp Adorf met en garde: «L'hiver qui s'annonce pourrait notamment s'avérer dévastateur pour l'Ukraine.»
Une opportunité historique pour Pékin
Pékin observe de près la faiblesse des Américains. Le risque de provocations militaires autour de Taïwan ou en mer de Chine méridionale augmente. Cette fenêtre stratégique pour des frappes militaires représente une opportunité historique. En commençant avec des provocations mineures, Pékin pourrait tester jusqu'où Washington serait prêt à défendre ses alliés.
L'Europe aussi peut trembler. En matière de défense, le Vieux Continent dépend de l'OTAN, et, par conséquent, de son plus puissant membre. Philipp Adorf poursuit: «Si Washington devait réserver ses effectifs principalement à la région indo-pacifique et à sa propre protection, l’Europe ne pourrait guère combler le vide ainsi créé à court terme.»
Une superpuissance désenchantée
L’attaque inconsidérée et improvisée contre l’Iran a terni l'image de la superpuissance américaine. Les Etats-Unis ne peuvent plus produire à court terme les armes manquantes, extrêmement complexes et coûteuses.
Le réapprovisionnement des stocks prendra probablement entre deux et trois ans. Philipp Adorf conclut: «Depuis 1949, l'OTAN part du principe fondamental que les capacités américaines sont pratiquement illimitées. Ce principe est aujourd'hui sur le point de s'effondrer.»